Librairie : Riad Sattouf, Houellebecq, stars des marchés parisiens

Nicolas Gary - 07.11.2020

Reportage - librairies marché Paris - Anne Hidalgo librairies - clients lecteurs librairies


REPORTAGE – « Mettez m’en un kilo, si elles ont de belles feuilles. » Un maraîcher, un poissonnier, quelques fromages alléchants, cet enfant qui pleure dans les bras de son père, sans plus vraiment se souvenir pourquoi… et un libraire. Sur les marchés parisiens, on en attendait des dizaines, pour ce week-end des 7 et 8 novembre. Ils ne seront que cinq à prendre part à l’initiative de la mairie de Paris.

Paris : des librairies au marché
 

97 stands, répartis sur 38 marchés, mis gratuitement en place pour communiquer sur la non-fermeture, le click & collect – adoptons donc le Clique et rapplique, délicieusement clinquant ! – le projet de la mairie de Paris n’a pas été particulièrement suivi. La capitale compte en effet près de 700 librairies.  

« Personne n’a le temps : nous sommes actuellement submergés, changés en entrepôts logistiques. Pour arriver à près de 50 % de notre chiffre d’affaires, il nous faut 100 % du personnel. Prendre une matinée sur un marché, sans faire de vente : aucun intérêt », clame le plus virulent des libraires sollicités par la rédaction.
 

5 librairies sur le week-end


Pour ces samedi et dimanche, ils ne sont que cinq à avoir profité de cette espace gracieux de la mairie : Le Merle moqueur, La Toute Petite librairie et Bulles de salon pour ce 7 novembre. Le 8, on découvrira La Petite boucherie (associée à la librairie portugaise et brésilienne), Un Livre, une tasse de thé et… Bulles de salon qui revient. Premier point : la mairie a amplement communiqué sur son projet d'inviter des librairies sur les marchés, très peu sur sa concrétisation. On comprend que cinq librairies sur 38 marchés cela ne vende pas du rêve. Mais pour modéré que soit l’enthousiasme, informer les Parisiens ne coûtait rien. 

Ainsi, pour ce 8 novembre, on retrouvera au marché Monge (75005, sur la place), au marché Alibert (75010, au 22-24 de la rue éponyme) et au marché Brune (75014, au 71 du boulevard éponyme) les libraires engagés. 

Paris : des librairies au marché

 
Pour autant, ce 7 novembre, ActuaLitté s’est rendu dans ce triangle d’or des XIe, XXe et XIIe arrondissements, boulevard de Charonne et cours de Vincennes, pour rencontrer les libraires qui ont tenté l’aventure. La librairie Bulles de salon, qui a décidé de faire un doublé, occupait un espace au marché Edgard Quinet, dans le XIVe, trop éloigné pour notre modeste deux roues. 

Ainsi, sur le marché de Charonne, Yannick Burtin, propriétaire du Merle moqueur accueille les clients, enthousiaste. « On a l’occasion de faire de la pédagogie auprès de gens que l’on espère devenir de nouveaux clients. Je ne pensais pas faire de ventesmais nous avons trouvé un moyen pour y parvenir — la librairie n’est pas loin. » 

Evidemment, il regrette « un manque de lisibilité de l’action. La mairie a clairement manqué de temps pour référencer où trouver qui, et finalement, il y a assez peu de participants ». Mais, à l’occasion du passage d’Olivia Polski, adjointe à la Mairie au commerce et l’artisanat, il a pu glisser l’idée de prolonger la formule pour les prochains week-ends. « Avec une meilleure organisation », sourit-il, derrière le masque.
 
 

“Impromptu, incongru”


Mais Le Merle profite aussi de cette occasion pour mettre en avant un petit éditeur : La grange batelière (découvrez donc la correspondance de Léo Malet et François Guerif, un bijou !). Arnaud Frossard, son fondateur, s’amuse de ce moment insolite. Éditeur depuis 2015, avec quelques livres par an, il a été sollicité par Le Merle pour l’aider à présenter des livres auprès des lecteurs. 

« C’est impromptu, incongru, mais ça agrémente le temps, avec un côté plus naturel et plus simple, parce que l’on n’a pas la barrière du magasin. Le rapport se simplifie et le public manifeste une envie de livres et de découvertes. Chacun prend plus le temps. » Comme d’autres, la maison s’interroge : « Des rencontres comme celles de ce matin, ça réconforte, après des mois d’interrogations sur le sens de nos métiers. »

Comble, Marc Roger, écrivain itinérant et lecteur public, voisin de la librairie et du marché, se retrouve embarqué pour une séance de dédicace, totalement improvisée – d’ailleurs, ActuaLitté avait couvert l’une de ses plus belles aventures, la Méridienne partant de Saint-Malo à Bamako.

Paris : des librairies au marché
 
 

“Tout le monde aime les marchés”


Rendez-vous, quelques centaines de mètres plus loin, cours de Vincennes : là s’est installée La Petite librairie, librairie généraliste qui revendique un rayon sciences humaines « auquel nous prêtons une grande attention ». Hervé Béligné l’a fondée voilà deux ans. « Nous avons tout de suite saisi l’opportunité de cette présence sur les marchés : l’information nous est parvenue tardivement, mais on s’est lancé sans hésitation. »

Une opération de communication, sur la non-fermeture des librairies, sur son propre établissement, et l'occasion de « demander le soutien de tous ceux qui s’intéressent au sort de la librairie. Et la mairie nous a vraiment facilité la vie pour tout ce qui touche à la logistique ».

Paris : des librairies au marché

 
Selon lui, pour avoir évoqué le sujet avec la chargée de mission Librairie et chaîne du livre à la Mairie, Rozenn Bartra, « ça prendrait plus de sens encore, hors Covid, de mettre cela en place durant les beaux jours de ces rendez-vous : venir sur les marchés, proposer des livres… personnellement je n’ai aucun problème à me situer entre les escargots et la boucherie ».

Sur place, près de 150 personnes se sont arrêtées pour échanger, estime-t-il, depuis 8 h qu’il a ouvert son stand. À 11 h 30, il avait enregistré une dizaine de commandes, avec lesquelles les curieux se rendront ensuite à La petite librairie pour retirer leur livre. La star de ce matin ? « Riad Sattouf : c’est un phénomène incroyable ! »

Certes, cette première souffre de ratés, « mais elle nous permet d’aller où les gens vont. Et tout le monde aime le marché : on s’y rend avec un autre état d’esprit. De quoi vraiment profiter à la librairie. »


Crédit photos : ActuaLitté, CC BY SA 2.0. Même celle avec les poissons !


Commentaires
Les ventes de livres sur place étant interdites cela signifiait détacher 1 ou 2 libraires + de la manutention et de la signalétique (avec seulement 1 jours ou 2 pour s'organiser et solliciter des collaborateurs qui ne travaillent pas le dimanche) pour une opération de communication parfois trop loin de sa zone de chalandise (rien dans le 17e par exemple).

L'idée était cependant bonne et plutôt bienvenue.
Génial, ce "clique et rapplique"!



Bien mieux que "la clique des appliques" ou tous ces autres articles de quincaillerie linguistique qui nous bombardèrent récemment.



Par contre "click and collecte" est vraiment coquet et les libraires pourraient les mettre à la boutonnière . A condition qu'ils soient Anglais ou anglophones.

De toute façon, merci pour la proposition. C'est gentil.



Les Français, un jour lointain, n'ont-ils pas traduit la célèbre "réplique "d'untel par "m..."? T'as vu, il n'ont pas transformé "nuts" en "noix", les coquins! Ont trouvé un mot plus impactant dans leur langue maternelle...et les mères, selon elles-mêmes, n'ont-elles pas toujours raison? Vrai ou pas vrai?
Cette remarquable initiative pourrait-elle aussi se faire dans la belle capitale du Grand Est ?
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