Libre Ere : librairie communale et communarde

- 09.05.2013

Reportage - librairie de quartier - immigration - Paris


ActuaLitté poursuit son tour d'horizon des librairies du XIe arrondissement. L'aventure démarre en  2000.  À l'époque, l'Est parisien ne connaît pas autant de librairies qu'aujourd'hui. Libre ère, la boutique est nichée à deux pas de la République sur le boulevard Ménilmontant. « Un quartier de mémoire », rappelle Hafid, le libraire, entre mur des Fédérés du Père Lachaise, la colline rouge et le souvenir de la dernière barricade des Communards. Forcément, la librairie vert pomme a pris l'odeur des environs, rouge et libertaire et cultive une identité engagée. « Une librairie de quartier » à l'image de ses habitants des « contestataires ».

 

Gamin, Hafid, le gérant, se souvient avoir dû se rendre dans le quartier latin pour assouvir sa passion de la lecture. Aujourd'hui, il se fait un point d'honneur de faire entrer les gens dans sa boutique. 45m² tapissés de posters en lien avec les artistes et les penseurs invités pour des rencontres. « Pas souvent », selon lui, mais les évènements ont tout de même lieu « une fois par semaine ou tous les quinze jours ». Un goût pour l'échange comme en témoigne la porte maintenue ouverte sur une jolie éclaircie, nous sommes le 8 mai.

 

« Mais pas le 1er mai, c'est la fête du Travail ». Les difficultés économiques sont bien là, le libraire n'a baissé le rideau que pour le symbole. Fermer plus était inenvisageable. À la première ouverture, Hafid reprend un vieux fonds, « une maison de la presse en bout de course », explique-t-il. À l'instar des librairies peu nombreuses à l'époque, les marchands de journaux ne font rares dans les environs. Quand les choses ne s'améliorent pas en 2010, il franchit le cap et fait évoluer son stock. « J'ai installé dès les débuts un rayon de livres », il suffira de l'agrandir au fur et à mesure pour arriver désormais au nombre de 5.000.

 

 

 
 
 8 mai, jour de Librairté
 

Le fonds n'est pas vaste mais il compte outre les succès de gondoles de belles sélections éditoriales. Une BD sur Thoreau, père de la désobéissance civile et des titres engagés et marqués par la « littérature du réel » : il cite Eric Reinhardt, Laurent Gaudé, Mathias Enard. Et prend plaisir à conter les péripéties d'un garçon de Tanger qui « vit les révolutions arabes puis le fascisme islamique qui guette », avant de rencontrer les Indignés, parvenu en Espagne.

 

Les livres d'évasion ont bien leur place et on échappe pas aux best-sellers « pour répondre aux besoins de tous les habitants du quartier », mais dans son métier de libraire, Hafid répète souvent qu'il faut « donner des outils » adultes comme pour les enfants qui profitent de son petit salon coloré. Comprendre, un bagage culturel et littéraire pour mieux appréhender le monde, « s'approprier la langue ».

 

Plus qu'une simple phrase, apporter une « littérature d'émancipation » dans ce creuset qui a connu tant de vagues d'immigrations des Polonais aux nouveaux exodes chinois. Sa sensibilité contestataire, le militant d'une « libre ère » la laisse éclater lorsqu'il vilipende le passage d' « un monde du travail à un monde de rentier » et fait appel à ses auteurs « qui proposent des alternatives »,  « d'autres façon de vivre  pour lutter contre les aberrations du système ».

 

 

{CARROUSEL}

 

 

Et des personnalités aussi. Médiatiques comme Charb, Wozniak, José Bové où les reporters Roméo Langlois, enlevé par les Farc, et Edith Bouvier, bloquée dans l'enfer de Homs en Syrie. Des auteurs également avec des partis pris tout aussi politiques mais d'une autre teneur : la poésie. Le propriétaire de la boutique invitera le 18 mai Stan Rodnitz, poète polonais d'expression française.    

 

Librairtaire

 

Implanté dans la vie de quartier, l'immatérielle littérature numérique ne l'effraie pas, au contraire. « Complémentaire » au papier, elle apporte de nouvelles approches. Redécouvrir des œuvres oubliées à moindre frais, faire de l'édition au coup par coup. La victime de cette révolution façon imprimerie de Gutenberg est à trouver ailleurs que dans la pièce. « Le numérique va tuer les librairies traditionnelles seulement. Pas celles qui présentent des spécificités, une animation particulière ».

 

Le voeux pourrait être pieux, mais le cadre de la boutique un brin libertaire donne déjà une saveur toute particulière au magasin. Par contre; la réponse aux gros comme Amazon est plus acide. Cela passe par d'autres offensives. Par exemple lalibrairie.com, réseau en ligne d'indépendants qui permet de récupérer en 24 à 48h son livre dans la librairie de son choix, sans toucher perturber le tissu économique local.  « Il faut s'outiller pour leur faire face  ».

 

Librairie Libre Ere, 111 boulevard Ménilmontant

 

 Retrouver la première escale de ce tour des libraires spécialisés :

Violette & Co : librairie féministe et homo