Looking for Mr Castang , Ze critique of ze spectacle

Clément Solym - 18.12.2008

Reportage - looking - castang - Edouard


Très cher Édouard (Baer, je précise pour que personne ne confonde),

Tu l'ignores, mon canard, mais il y avait hier soir dans ce théâtre Marigny bien plus important à rencontrer pour ce Luigi, campé par tes soins durant près de 2 h 30, que ce M. Castan qu'on ne verra finalement jamais (une sorte de Godot en plus glamour, vu qu'il bosse à Hollywood), puisque j'étais dans la salle.

Oui, mais voilà, des obligations, une certaine modestie et une pudeur naturelle m'ont empêché de monter sur scène pour lui dire, à ce Luigi, que partir à Hollywood, dans une jungle vraisemblablement d'Amérique du Sud, vu qu'on y croise la fille d'Indiana Jones (Indiana Monique, de son petit nom), ou encore dans une sorte de monde zombie qui doit s'apparenter au triangle des Bermudes, tout ça pour rencontrer « un morceau de papier A4 », c'est un brin futile...

Oui, je suis comme ça, je reste modeste. Et humble.

Et pourtant, au cours du patchwork burlesque de saynètes improbables (ça, c'est la phrase-choc pour la revue de presse que Xavier - merci beaucoup au fait - ne manquera pas de faire), je dois avouer que vos galipettes, vos courses, ou spectacle de chien presque savant, phrases de sagesse africaine (à quoi sert donc d'inventer la montre si l'on n'a pas le temps...), interludes musicaux franchement bigarrés, clins d'oeil divers et variés dont ceux à Fernandel ou Cyrano de Bergerac, version Edmond Rostand... toute cette agrégation de séquences farfelues, vraiment, m'a laissé sans voix.


C'est pas compliqué, Édouard, tes copains et toi, vous m'avez littéralement fermé le clapet : en sortant de la pièce, alors qu'on m'a demandé : « Alors, c'était comment ? », j'ai bredouillé : « Ben, euh... Y'avait Édouard Baer... j'étais assis... il était debout, mais pas tout le temps. Y'avait de la lumière et des étoiles... et un chien qui sait mourir de peur. » Mais qu’y avais-je vu, ça, impossible à dire. D'ailleurs, c'est un peu ce qui plaît et ennuie avec toi : quand on te sait dans un spectacle, on sait que tu feras du Baer. Et si l'on aime, on n'est pas déçu. Dans le cas contraire, autant ne pas aller te voir. Mais moi, je t'aime. Et depuis ce soir, j'ai même une raison de plus, car tu sais mettre en valeur le talent des autres et pour cette représentation, on touchait au superbe.


Car pour le coup, tu es très bien entouré, et n'eut été la femme dont je partage le chat et la vie (et oui, les genres sont les bons), je te demanderai volontiers les coordonnées de cette charmante personne que tu as sacrée « centre du monde ». Et toute la troupe ayant quelque chose de farfelu et de dingue, à tous niveaux, ça nous fait une belle équipe de grands malades qui traversent comme des flèches la scène. On a une artiste du fouet, un dresseur de chien démentiel, un vieux loup de mer... une distribution excellente.

Ce spectacle, le vôtre, c'est du n'importe quoi : il faut que les gens en soient avertis. Mais c'est du n'importe quoi grand-guignolesque et touchant, drôle et qui jamais n'osera se prendre au sérieux, si ce n'est en apprenant que vous avez un sérieux succès. Mais ça, ce n'est pas moi qui vous l'apprendrai. Les Monty Python avaient inventé le n'importe quoi, vous l'avez décliné... pour le meilleur et pour le pire. Superbe et invraisemblable, c'est clair, un spectacle comme ça, ça n'existe pas. Et comme ça continuera de ne pas exister jusqu'au 10 janvier, il faut en profiter !