Manga numérique : croisade des éditeurs japonais contre le scantrad

Clément Solym - 23.05.2011

Reportage - manga - numerique - japon


Le marché du manga numérique semble en plein boum au Japon, ce qui est une bonne chose parce que dans le secteur papier la crise s'est installée. C'est donc naturellement que les éditeurs se tournent vers la solution numérique avec un premier objectif : éliminer une hydre à plusieurs centaines de milliers de têtes, le piratage.

Un phénomène qui selon les éditeurs n'est pas étranger à la crise du papier.


Entre 2007 et 2009, les ventes de manga auraient chuté d'un tiers en Amérique. Selon Yukari Shiina de World-Manga.com, les ventes de manga au Japon ont chuté de 6,6 % en 2009 et les ventes de magazines ont sombré de 9,4 %. Le contexte économique et la sursaturation du marché y seraient pour quelque chose, tout comme le piratage.


La chute des ventes des manga papier


On notera aussi qu'en 2009/2010 Shueisha a annoncé sa 1ere année fiscale dans le rouge. En effet, l'éditeur avait perdu 4,18 milliards de yens (environ 38,8 millions d'euros). Cela dit si on regarde les chiffres de plus près, on s'aperçoit que les ventes de manga en tomes reliés et les ventes de magazines ont augmenté de 2,8 % avec 105,2 milliards de yens (environ 977,3 millions d'euros). Ce sont les revenus concernant d'autres activités de l'éditeur qui ont tiré ses recettes par le bas.

On peut donc se demander si le piratage lui a réellement porté préjudice? A moins que ce ne soit justement la politique anti-piratage menée avec d'autres éditeurs qui porte ses fruits ?

C'est en 2010 que les éditeurs japonais et américains avaient décidé que le scantrad était un problème qui ne pouvait plus être ignoré, et qu'il fallait en finir avec cette pratique. Ainsi, 36 éditeurs américains et japonais s'étaient associés (parmi eux des poids lourds comme Kodansha, Shogakukan et Shueisha, mais aussi Square Enix, Vertical Inc, ou encore Yen Press filiale de Hachette Book Group) pour couper les têtes de l'hydre. Le premier objectif de cette association était de faire fermer les 30 plus gros sites de scantrad.


Scantrad : les éditeurs passent à l'attaque

Et afin de montrer leur détermination les éditeurs avaient déclaré : « On ne nous laisse aucune autre alternative que de prendre des mesures énergiques. Nous espérons sincèrement que les sites contrevenants prendront d'eux-mêmes les mesures nécessaires pour cesser immédiatement leur activité. Si ce n'est pas le cas, nous demanderons une injonction à la Justice et des dommages-intérêts ».

Dans le même temps la Kodansha qui venait de débarquer aux États-Unis en tant qu'éditeur a clairement affiché son intention de voir les copies pirates de ses oeuvres disparaître. La maison d'édition faisant un exemple a donc ordonné à MangaHelpers de faire disparaître de son site tous les titres qu'elle édite. Le site qui est l'un des plus importants sites agrégateurs de scantrad n'a pu qu'obtempérer.

De son côté, Shueisha jouait la carte pédagogique au Japon, s'adressant à ses lecteurs avec un encart dans son Weekly Shonen Jump. Elle y expliquait qu'elle comprenait que les copies numériques étaient probablement faites à partir de bonnes intentions mais qu'elles étaient illégales. Et après avoir brossé les lecteurs dans le sens du poil, sortait le bâton en affirmant qu'elle n'hésiterait pas à punir les contrevenants : « Les copies internet illégales blessent profondément la culture manga, les droits des mangaka et même le coeur des mangaka. s'il vous plaît, comprenez une fois encore que tout cela est contre la loi. Ainsi, les mangaka et Shueisha traiteront sévèrement toute copie illégale trouvée sur le net. Nous demandons à nos lecteurs de continuer à nous supporter ».


Quelque temps après, l'association des 36 éditeurs remportait ses premières grandes batailles sans même aller en justice. Il lui a suffi de mettre en garde certains des plus gros sites agrégateurs de scantrad pour que ceux-ci décident de fermer les portes. On a ainsi vu disparaître One Manga et MangaHelpers malgré leur proposition de transformer leur offre illégale en offre légale. Ces victoires de l'association des éditeurs sont importantes car ces sites étaient de grosses plaques tournantes qui permettaient aux scantraducteurs du monde entier de trouver du matériel de base facilement traduisible (il est plus aisé de traduire l'anglais que le japonais tout de même). Les deux sites envisagent tout de même de renaître mais sous une forme différente et légale.

Des lecteurs irrespectueux, des mangaka en colère

Dans cette guerre des éditeurs contre les pirates, certains ne s'étaient pas encore fait entendre et pourtant ils étaient les premiers concernés, il s'agit des auteurs. Ils seraient peut-être restés en retrait si des fans ne s'étaient pas vantés devant eux de lire ou regarder des copies piratées de leurs oeuvres. Une attitude des plus irrespectueuse envers les mangaka. C'est ainsi que Yana Toboso (Black Buttler) a exprimé son désarroi face à ce qui est comme du « vol à l'étalage » indiquant que si ça continuait elle ne pourrait plus faire de manga. Elle a été vite suivie par Tagro (Hen Zemi) face à la même attitude irrespectueuse des fans. Enfin, ce sont Rei Hiroe (Black Lagoon), Kouta Hirano (Hellsing) et Kazuki Kotobuki qui ont laissé exploser ensemble leur colère, en discutant avec beaucoup d'humour noir sur tout le mal qu'ils souhaitaient aux pirates...


Si le scantrad a été longtemps ignoré par les éditeurs, ce n'est plus le cas et la guerre du scantrad fait feu sur tous les fronts. La crise (autant la baisse des revenus dans le secteur du papier que le besoin de migrer vers le numérique pour dégager de nouveaux revenus) a poussé les éditeurs à prendre les armes. Les pirates se retranchent derrière de bonnes intentions affirmant qu'ils font la promotion des manga qu'ils traduisent.

Un argument qui ne tient pas quand on voit que des séries à succès comme Naruto ou One Piece sont les têtes d'affiche des sites agrégateurs de scantrad. Les habitués de ces sites ne se cachent plus et vont même jusqu'à s'en vanter auprès des auteurs. En conséquence, ces derniers en colère affirment tout leur soutien aux éditeurs. Éditeurs, auteurs et fans de manga auraient pu laisser les armes de côté pour trouver une solution légale profitable pour tous, dommage...


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