Manga Numérique : Les supports de lecture au Japon

Clément Solym - 11.07.2011

Reportage - manga - numerique - supports


Une dernière initiative d'éditeur nous portera à nous pencher sur les différents appareils utilisés pour lire des manga au Japon. C'est celle de la petite maison d'édition BookLoud qui a lancé une anthologie de manga numérique (sur le modèle des magazines de prépublication), ComicLoud, sur Kindle.

ComicLoud a été lancé en septembre 2010 et propose de découvrir plusieurs histoires de plusieurs auteurs différents dans un magazine de 80 pages (en fait 160 mais en bilingue anglais/japonais) pour 4,99 $ (environ 3,5 €).On pourra s'en faire une idée en consultant les extraits des numéros 1 et 2 sur iPad-Zine (en cliquant sur l'onglet Google Docs en bas à droite).


Sans aller plus loin dans la critique du contenu on notera qu'il s'agit de titres et de mangaka peu connus. On conviendra tout de même avec le critique manga américain Jason Thompson que le prix est relativement élevé pour un magazine de 80 pages dans lequel on ne va pas forcement apprécier tous les titres. À l'heure du numérique ce modèle semble un peu dépassé. De plus, selon Jason Thompson la résolution des images est de moins bonne qualité que celle que l'on trouve sur un site de scantrad classique.

Les lecteurs d'ebooks complétement délaissés par les Japonais

On l'a vu les téléphones portables et les tablettes sont au centre des préoccupations des éditeurs mais qu'en est-il des appareils dédiés à la lecture, le Kindle en tête ? Il semblerait qu'ils soient relativement délaissés pour l'instant même si deux constructeurs poids lourds, Sharp et Sony, ont fait leur entrée récemment sur le marché. Les lecteurs d'ebooks apportent pourtant un confort de lecture plus grand (ils permettent par exemple de lire dehors même en plein soleil, ils fatiguent moins les yeux) que les téléphones ou les tablettes.


Pourtant, selon Yoshitoshi Abe (le charac-designer de Serial Experiment Lain et auteur du titre Dojinshi* I am an Alian, I have a question publié par lui-même sur le Kindle store), la qualité de lecture serait meilleure sur iPad que sur le Kindle. Cela dit il est probable que la véritable raison de ce désintérêt soit le fait que les lecteurs d'ebooks sont justement trop spécialisés. La tendance semble plutôt être à la convergence des médias dans un seul appareil d'où le succès des smartphones et des tablettes.

Apple, l'iPad et la censure

Cela dit, ces appareils ne sont pas l'eldorado que l'on pourrait espérer. Tout d'abord parce qu'évidemment ils ne permettent pas de lire en toutes circonstances et peuvent fatiguer les yeux (rétroéclairage) mais aussi parce que sur beaucoup d'entre eux le contenu est limité. Et particulièrement chez les stars iPhone et iPad. On le sait Steve Jobs ne veut pas d'érotisme sur ses appareils. Ce point a poussé Ken Akamatsu à s'interroger sur l'avenir des manga érotiques et des boys love. On pourrait même aller plus loin et se demander si le fan service qui parsème une grande partie de la production manga sera toléré par Apple.


Voilà qui nous ramène finalement à la polémique qui a secoué (et qui secoue toujours) le monde du manga quand le gouvernement de Tokyo a promulgué une loi visant à réguler le sexe dans les bandes dessinées nippones. Les éditeurs se sont ligués contre cette loi mais pourront-ils en faire autant face à Apple ?D'un autre côté, les smartphones sous Android ne présentent pas encore de telles restrictions mais ils restent moins populaires que les appareils de la marque à la pomme.

Doujinshi* : titre qui n'est pas publié par un éditeur (et qui n'est donc pas non plus prépublié dans un des grands magazines manga appartenant aux éditeurs).


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