Paul Fournel, Le prix du texte

Clément Solym - 11.09.2008

Reportage - Paul - Fournel - prix


Si vous avez le goût des livres, vous connaissez la valeur des textes que vous lisez. Ceux qui ont le plus de valeur sont ceux qui vous procurent les plus grands plaisirs de lecture. Vous vous épuisez à convaincre votre entourage des charmes de Modiano et des ruses de Roubaud. Vous relisez vos classiques, vous étalonnez vos modernes, vous montez la gamme de tous les plaisirs que peut procurer la lecture, mais avez-vous la moindre idée du prix du texte que vous lisez le soir avant de vous endormir ? Quel est le prix de vos bonheurs ?

Si vous donnez au libraire les vingt euros qu’il vous demande pour le premier livre sur la table en entrant et qui vient tout juste de sortir, l’auteur touchera dix pour cent du prix hors taxe soit un peu moins de deux euros.

Avec un peu de chance, vous devriez pouvoir trouver le même livre à moitié prix chez le bouquiniste qui revend les services de presse des critiques submergés (dans ce cas, l’auteur ne touchera rien).

Si vous pouvez patienter quelques jours, vous le trouverez d’occasion chez Gibert ou chez votre Amazon électronique préféré qui pratique désormais le bouquinisme à l’échelle planétaire. L’auteur ne touchera pas davantage.

Dans quelques mois, le livre sera en promotion dans votre club favori. Là, l'auteur partagera un petit quelque chose avec son éditeur ; et, quelques semaines plus tard, vous le trouverez soldé au quart de son prix chez Maxilivres, là, l’auteur ne touchera plus rien du tout.

Si votre livre chéri a connu le succès qu’il mérite, il paraîtra bien vite en format de poche. Il ne vous coûtera plus que 6 ou 7 euros et l’auteur n’en touchera plus que cinq pour cent, soit un peu plus de cinquante centimes.

Bien entendu, si votre impatience a été trop grande, vous l’avez déjà emprunté pour rien à la bibliothèque. Là l’auteur devrait toucher un petit quelque chose, mais très peu (quelques petits centimes) et dans longtemps.

Vous connaissant, je sais que vous l’avez déjà piqué à votre amie Mireille qui est la seule de vos copines à ne pas trouver que les livres sont chers. Elle ne parvient pourtant toujours pas à comprendre pourquoi les textes les plus fragiles, les plus jeunes, les plus fugaces coûtent cinq fois plus cher que les plus solides et les plus classiques. Elle ne comprend pas pourquoi elle peut trouver son Calvino préféré pour six euros alors qu’il lui en faut débourser vingt pour découvrir le premier roman d’un jeune homme dont elle a déjà oublié le nom et le prénom. Ce qu’elle comprendrait encore moins si on tentait de lui expliquer, c’est que si elle n’achète pas ce malheureux livre à vingt euros, elle n’a aucune chance de le trouver un jour en poche à six, puisque seuls les livres qui se sont correctement vendus dans la première édition « passent » en poche !

Heureusement que dans notre pays le livre est très sérieusement encadré par une loi qui fixe très sévèrement son « prix unique » sinon, vers quelle complexité irions-nous ?

Imaginez qu'en Angleterre où le prix du livre est « libre », on vous en donne un gratuit chaque fois que vous en achetez deux
. Imaginez l'angoisse de l'auteur anglais qui se demande chaque fois qu’il entre dans une librairie si le gratuit est le sien...


Paul Fournel s'est déjà distingué dans nos colonnes pour deux livres que l'on ne peut rater : Les mains dans le ventre et Les animaux d'amour. En plus d'avoir beaucoup d'humour, au point de vivre en Angleterre, il est très sympathique et écrit fort bien.