Presse et Internet, pour le meilleur ou pour le pire ?

Clément Solym - 25.03.2011

Reportage - presse - internet - plenel


Conférence durant le Salon du livre de Paris, avec Corinne Denis (Lexpress.fr), Pierre Haski (Rue89.com), Philippe Jannet (Lemonde.fr), Edwy Plenel (Mediapart.fr). Animé par Nicolas Gary (Actualitte.com).

NG : Alors, internet, pour la presse, est-on dans le pire ou le meilleur ?
P.H. : Il ne faut pas négliger en introduction un problème de fond, le fait que les gens ne croient plus aux médias. Les médias sont souvent assimilés à la sphère du pouvoir et les lecteurs ont parfois une meilleure expertise que le journaliste.
La valeur ajoutée d'Internet est sans équivalent. Nous sommes, à Rue89, le seul journal déclinant le web en version papier. Le Web garde cette qualité extraordinaire qu'il donne au lecteur la possibilité de contredire un article en ligne en quelques minutes.
P.H. : La question est indiscutablement celle de la couverture en direct instantané, et le décalage occasionné sur la sortie papier. Dès lors que l'on a connaissance d'une information quasiment au moment où elle se produit sur Internet, pourquoi se tourner ensuite vers le papier qui donnera nécessairement une information refroidie ?
E.P. : Je suis d'accord avec tout ce qui a été dit. S'agissant de l'information quotidienne, le numérique n'est pas en aval ou une déclinaison du papier : il est au cœur de nos entreprises et de nos contenus. Actuellement une transition reste nécessaire pour nombre de médias comme le savent bien Corinne et Philippe, mais le numérique est déjà au cœur de la production et de la diffusion de l'information. Il permet une plus grande fidélité et un lien direct avec le lecteur. Il supprime le papier, il supprime l'impression et il supprime la distribution : c'est une révolution industrielle qui supprime 3 coûts présents lorsqu'on achète un quotidien.


Ce n'est pas "Presse et Internet". L'Internet est la vitrine d'une révolution industrielle qui s'appelle le numérique et qui est au cœur de nos métiers. Et nos métiers doivent se redéfinir pour le  meilleur ou pour le pire quelque soit le support. Ce n'est pas la technique ou le tuyau, c'est le contenu, ce qu'on fait dedans, qui répond. C'est une question de métier, de compétence. Ce que l'on découvre avec le numérique, c'est que loin de nous tirer vers le bas comme une vulgate, il nous rend meilleurs, plus précis, avec des lecteurs qui nous discutent et nous rectifient.
C.D. : Internet est avant tout une conversation. Il est aussi la diffusion en continu au quotidien de tout ce que les journalistes peuvent faire. Nous avons tous ici commencé  dans un média papier et nous nous retrouvons tous, pour des raisons diverses, sur Internet. C'est un média qui permet de remettre en cause le métier de journaliste, ce qui est bon. C'est un média de proximité, un métier de réaction à chaud, mais qui permet surtout d'en apprendre toujours plus car il n'a pas de limite quant au nombre de signes.

NG: Il y a une limitation de fait, quand même.
P.H. : Les sujets sont variés. Parfois l'article sera extrêmement long, retrouvant un format de presse écrite et ses lecteurs, quand un sujet le mérite. Il serait faux de penser que le format long sur Internet est une erreur, sans aller jusqu'à ne faire que des papiers de dix feuillets sur le site. Mais le tempo n'est pas celui lecteur. Le choix de la longueur dépend du sujet, comme une palette à disposition, à l'image de tous les outils que permet Internet (son, image, etc.). On ne s'interdit absolument pas les papiers longs, on voit même au contraire que les gens sont en demande de substance, de rigueur et de sérieux. Donc quand la longueur permet d'aller au fond des choses et d'approfondir, le succès est au rendez-vous parce que c'est ce que les gens viennent chercher sur notre site.
Quant à ce qu'Edwy dit, « qu'Internet nous tire vers le haut », je considère qu'Internet ne doit pas influencer le contenu. C'est un choix humain et notamment de rédacteur en chef.