Produire en France : quid du monde du livre ?

Clément Solym - 03.04.2012

Reportage - produire en France - économie du livre - publications


Chose amusante que cette idée de Produire en France. Et qui entre en relation avec la création d'un Club éponyme, qui a décidé de se réunir justement ce soir. « Des parlementaires de droite et de gauche réunissent les candidats à l'élection présidentielle pour débattre sur le ‘Produire en France' avec des entreprises attachées à ce sujet », explique un communiqué. 

 

Ce sera donc l'occasion de retrouver « des candidats, des représentants des candidats à l'élection présidentielle et des entreprises, autour des initiatives, des atouts de la production française et des difficultés auxquelles les entreprises françaises sont confrontées ». Mais le Produire en France, dans l'édition qu'est-ce que cela signifie ? Prenons pour exemple le rapport Economie du livre, présentant les chiffres-clés entre 2010 et 2011.

 

Ont été produits 70.109 titres et 64.347 commercialisés en 2011, avec un tirage moyen de 7937 exemplaires. En outre, la liste des 10 meilleures ventes affiche clairement la couleur : que des auteurs français dans le top 10 des ventes, à l'exception de l'Américaine Kathryn Stockett.

 

Autre chiffre intéressant : les exportations de livres (en prix de cession des intermédiaires) s'élèvent à 704,7 millions € pour DOM-TOM et feuillets, et 593,8 millions € hors DOM-TOM. En parallèle, les cessions de droits à l'exportation représentent 9478 titres, pour l'année 2010, l'un comme l'autre. 

 

 

 

Mais cette idée de ‘Produire en France', lancée par François Bayrou, est intéressante. Devenue une priorité dans le programme du candidat centriste, elle serait d'ailleurs l'unique méthode pour « rendre l'emploi et le pouvoir d'achat aux Français ». Cité par Le Monde, en décembre 2011, le président du MoDem expliquait : « Les chiffres du chômage sont effrayants pour tout le monde. Une certitude s'impose : ça ne peut pas durer comme ça ! Il faut un changement stratégique pour la France, qui oblige toutes les forces du pays à placer en priorité l'objectif du produire-en-France. »

 

Revenons donc un instant à cette production éditoriale française. Les chiffres avancés dans le rapport montrent que la part de traductions en France augmente sensiblement depuis 2009, avec tout de même une forte hausse en 2011.  

  • 2009 : 14,3 % (9.088 nouveautés et nouvelles éditions)
  • 2010: 14,9 % (9.406 nouveautés et nouvelles éditions)
  • 2011 : 15,9 %  (10.226 nouveautés et nouvelles éditions)

 

Intéressant, et à plus d'un titre

 

Une autre chose est à prendre en compte : en avril 2010, le MOTif faisait valoir une étude intitulée Paris - New York, comparant le marché mondial de l'édition, et analysant « les flux de traduction entre langues ». 

 

Soulignant l'importance de l'anglais dans la traduction, l'étude montrait combien la France avait du mal à exporter ses titres : ainsi, on compte 37.000 oeuvres traduites toutes langues confondues à Paris, contre 640 à New York. Cependant, si les best-sellers et les titres commerciaux représentent la majorité des traductions, le français voit plutôt traduite sa littérature ‘haut de gamme'. 

Dans l'aire francophone, le taux de concentration de la littérature traduite de l'anglais à Paris atteint le record de 83,4 % : plus de 8 titres sur 10 paraissent à Paris. Or le nombre d'ouvrages de littérature traduits de l'anglais en français entre 1990 et 2003 avoisine les 45 000 : plus de 37 000 ont donc été publiés à Paris, contre environ 640 traductions littéraires français > anglais parues à New York pendant la même période.

 

En outre, il faut noter l'importance des classiques dans le marché de la traduction : 

Les classiques représentent un peu plus de 1/4 des traductions du français en anglais pendant la période étudiée. Un tiers des livres traduits relèvent de la littérature moderne – œuvres du xxe siècle d'auteurs décédés devenues ou en train de devenir des classiques (elles proviennent pour 1/3 de Gallimard).

La production d'écrivains contemporains occupe près de 40% du marché de la traduction du français aux États-Unis. Ce sont les éditeurs à but non lucratif qui traduisent le plus de littérature contemporaine, quand les maisons commerciales préfèrent rééditer des classiques ou traduire des œuvres libres de droit.

 

Enfin, le phénomène typiquement français de la rentrée littéraire mérite d'être passé au crible. Pour celle de janvier 2012, on comptait 480 nouveaux titres, dont 311 français. Mais seulement 55 nouveautés. Pour ce qui est de la rentrée de septembre 2011, la plus importante, c'est une certaine frilosité qui s'imposait : 654 nouveaux romans, contre 701 qui étaient sortis en septembre 2010. Et c'étaient majoritairement des romans français qui écopaient de cette coupure, puisqu'ils seront 435 à sortir contre 497 l'an passé.

 

De même, entre septembre 2009 et septembre 2011, les premiers romans sont en berne avec respectivement 87, 85 et 74... Évidemment, la production diminuant, celles des traductions chutent de même. 

 

Et la bibliodiversité ?

 

À l'occasion d'une réunion entre représentants des candidats à la présidentielle, organisée par Livres Hebdo, François Bayrou était venu défendre lui-même son bout de gras. 

 

Les librairies, donc. « C'est du côté des libraires que se porte ma principale inquiétude », dira François Bayrou, après une grande déclaration d'amour au livre, se reprochant même d'être « peut-être un idéaliste régressif », considérant que « l'objet livre ne sera pas durablement mis en cause par le numérique ». (voir notre actualitté)

 

Un secteur de l'édition, « qui n'est pas une activité économique comme les autres ». Mais qui ne saurait se contenter de cette approche. Produire en France, certes, mais cela implique-t-il de favoriser les nouveaux auteurs et de diminuer la production de traduction ?

 

Inapplicable, évidemment : quid de la diversité éditoriale, de la bibliodiversité, avec une telle idée ?