Services financiers : se réformer ou mourir

Clément Solym - 12.05.2011

Reportage - argent - ethique - gouvernance


Le Fonds monétaire international vient de juger la reprise économique européenne solide. Mais le FMI a nuancé sa position en appelant, par la voix de son directeur du département Europe, Antonio Borges,  à « prendre garde à la contagion de la crise de la dette souveraine ». L’occasion pour nous de revenir sur le IXe forum international de la CIFA qui a réuni, il y a deux semaines, une impressionnante brochette d’experts sur les questions d’éthique et gouvernance des marchés financiers.

Les différents intervenants, pour la plupart auteurs d’ouvrages, tous économistes de renom, se sont déclarés unanimes sur le caractère sensible de la période en cours. Soit un temps où trop peu de conséquences ont été tirées des vicissitudes de ces dernières années, quant au fonctionnement des marchés. Et donc le risque, sur une place mondiale affaiblie, au pire d’une faillite généralisée des Etats, au mieux d’un enfoncement dans la crise, l’un n’excluant pas l’autre.

Symboliquement, Pierre Chistodoulidis, Directeur et Président exécutif de la CIFA, a ouvert le forum en annonçant le passage de la réserve fédérale des Etats-Unis comme premier détenteur des bons du trésors américains en lieu et place de la Chine. Avant de donner le ton, en évoquant l’espoir d’un « Prométhée qui remette la sagesse au centre des actes humains, alors que les financiers américains restent fiers de leur modèle malgré la crise. Les comportements, a-t-il insisté, mettent en danger les fondements démocratiques de nos institutions, alors que la fraude est au coeur de nos systèmes financiers ».


Patrice Robineau, conseiller principal auprès du secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Europe des Nations-Unis, a également estimé que « l’éthique au sein des marchés financiers est cruciale pour promouvoir le développement économique à l'échelle de la planète ». Et, a-t-il expliqué, « l’ouverture des NU au secteur privé se fonde sur la reconnaissance du rôle crucial de l'entreprise dans le développement et de la place de l'éthique dans sa gouvernance, tout en se conformant à l’économie réelle ». Sans oublier les  « gouvernements [qui] doivent assurer une gestion saine de la dette souveraine ».

Qu’il s’agisse du professeur William K. Black, enseignant à l’Université du Missouri (Kansas City), qui estime que la croyance populaire en vertu de laquelle « un PDG ne pourrait pas causer de tort à sa société sans se causer de mal à lui-même » a non seulement conduit à la faillite de l’Islande, mais demeure ancrée dans les mentalités, ou de Daniel Mitchel, intervenant à la Cato Institute de Washington, qui pointe la corruption des gouvernements qui « s’appliquent à sauvegarder les apparences, mais camouflent des abysses de mauvaise gestion par des augmentations d’impôts sans que les gens s’y opposent », chaque expert a appelé à sa façon à un changement des mentalités.


Convention des conseillers financiers indépendant (the Convention of Independant Financial Advisors), la CIFA est une véritable plateforme dynamique de discussion et de coopération sur tous les aspects de la profession (régulation, harmonisation, standards, certification et communication) face à l’accroissement des règles de régulation et des procédures qui constituent une menace pour les droits et la vie privée du consommateur.

Elle représente plus de 300 000 conseillers financiers au travers de 40 associations et vise, entre autres objectifs, à l’adoption d’un code de conduite international pour réglementer les pratiques non-éthiques et le blanchiment d’argent. Et la CIFA est la première organisation non gouvernementale à s’être vue reconnaître un Statut de Consultante Spéciale auprès du Conseil Economique et Social des Nations Unis.
Basée à Genève, en Suisse, l’organisation a été créée en 2001 avec un but non lucratif, à l’initiative d’un groupe de conseillers financiers afin de protéger et défendre les intérêts des conseilles financiers indépendants à un niveau national et international.


Près de 4 ans après le début de la crise, chacun s’est accordé lors du congrès sur la persistance de ses effets et de sa vivacité. Et que, si la plupart des grandes entreprises ont renoué avec la croissance, rien n’a été résolu pour les sociétés de taille plus modeste et pour la population.

Pour plus d’informations :

http://www.cifango.org

http://www.unece.org/publications/oes/welcome.html

Et quelques ouvrages des intervenants :

François Rachline, D’où vient l’argent, Editions Hermann
Daniel J. Mitchell & Chris Edwards : Global Tax Revolution, Cato Institute
Jacques Potdevin : Les normes IPSAS et le secteur public, Dunod
Georges Ugeux : La trahison de la finance, douze réformes pour rétablir la confiance, Odile Jacob
William K Black : Best way to rob a bank is to own one
Gilles Duteil (préface) : Lutte contre le blanchiment d’argent, Editions de la performance

Distinct mais également intéressant : Une nouvelle conscience pour un monde en crise, de Jeremy Rifkin aux Editions LLL.