Un appartement pour écrivain : l'architecture croise les lettres

Clément Solym - 09.08.2009

Reportage - appartement - ecrivain - architecture


Les élèves de l'école LISAA de Rennes dédiée aux arts appliqués propose plusieurs formations, dont architecture d'intérieur et design d'environnement. Dans ce cadre, un atelier a été monté durant quatre semaines pour familiariser les étudiants avec les matériaux, tout en imposant une contrainte : celle de réaliser un appartement qui entrerait en adéquation avec un auteur. Cet espace était le même pour tous, un appartement de 90 m² avenue Kennedy à Paris, front de Seine. Alexandre Levy a pris pour cible Maurice Dantec, et nous raconte son expérience. Il tient un blog sur lequel il publie ses réalisations, à découvrir.

« L'homme est un stratagème de dieu
pour tromper le diable. » (M. G. Dantec)
 
« Le but ici était d'acquérir le maximum de compétence dans les matériaux puisque c'était le sujet ( pas de volume, mais que du texturage, de l'habillage c'était la première contrainte) et d'en réunir un maximum, de créer une palette comme celle que je vous ai envoyée (mais avec de vrais échantillons en réalité) et d'avoir une sensibilité sur eux. » L'expérience était loin d'être gagnée d'avance : il fallait tester les matériaux à la lumière, de les toucher, les déformer « pour créer nos propres matériaux, mais d'être cohérent avec l'auteur qu'on a choisi », nous précise-t-il.

Le Bureau, presque le lieu du crime...

Des écrivains qui nous inspirent, il s'en compte plus que de jours dans une année, comment s'est alors fait ce choix de Dantec ?

« Dantec ne m’est pas venu tout de suite, c’est d’abord le thème de la science-fiction qui m’intéressait en terme de possibilité d’association de matières, de référence. Je me suis d’abord intéressé à Phillip K. Dick et la traduction qu’en on fait certain cinéaste (blade runner, minority ripport, paycheck…) en terme d’ambiance, luminosité, rythme. Certains leitmotivs ont marqué mon attention : la corrosion du métal symbole d’une industrialisation décadente, thème du miroir (et du monde derrière celui-ci), thème de l’inter-monde, du temps. »

La Chambre (essuyez-vous les pieds sur les méta-données...)
 
« J’ai choisi Dantec parce qu’il représente bien la science-fiction par sa folie et son engagement dans le monde moderne. Pour tenter de cerner le personnage, j’avais plusieurs champs d’action. Premièrement ces apparitions audiovisuelles qui m’ont permis de dégager quelques idées sur le personnage, surtout des contradictions : noirceurs, pessimisme, ou ultra réalisme / homme de foi, chrétien ; sérénité apparente / coup de gueule, colère. J’ai compris que Dantec fait partie des inclassables, il fallait donc travailler sur des associations inattendues.

Le Salon, premier aperçu

À ça quelques extraits de
Black box m’ont interpellé : “Au cœur de la nuit j’entends le marteau lourd des derniers battements du monde”. Dans cette phrase, je devine toute l’attitude de l’écrivain qui écoute le monde, et toujours le thème de la nuit, de l’obscurité, qui m’ont beaucoup influencé dans mon travail. Je me suis aussi plongé dans le roman Les racines du mal pour avoir une idée d’une ambiance de ses livres et encore ici des leitmotivs ont attiré mon attention : la destruction, la folie, la solitude, le chaos, thème du monde latent. »
 
Le Salon, second aperçu
 
En complément d'information, Alexandre nous a fourni une planche des matières (PDF) sur lesquelles il a commencé à réfléchir, et surtout qui auront servi de prémisses à sa réalisation. Ces bases posées, il a ensuite déterminé trois grands axes mis en place pour élaborer l'appartement de l'auteur, tel qu'il l'imaginait :
  • La luminosité, j’ai voulu créer une obscurité ambiante en privilégiant des matériaux qui accrochent la lumière par leurs rugosités, leurs stries ; combiné avec des spots lumineux installé ponctuellement dans l’appartement (surtout dans le salon). En résulte une pièce, un contexte obscur lourd, en contradiction avec des sources lumineuses contemplatives, discrète.
  • Des matières donc lourdes, exutoires (cuivre, métal rouillé, ardoises) prédominantes en contraste avec des matières plus douce, épurées (polycarbonate, vinyle, verre sablé) qui sont mis en valeur avec des spots lumineux.
  • Un espace entre les espaces, j’ai voulu ici concentrer l’attention au sol ; faire de la ligne de sol le centre de la pièce j’ai donc installé un vinyle au sol pour que la pièce se reflètent en symétrie horizontale.
Et nous y voilà : chambre, salon, bureau - et même cuisine, car si l'on y pense rarement, l'écrivain est un être humain qui se nourrit comme les autres. Enfin, qui a besoin de se nourrir comme les autres. Mange-t-il les mêmes choses, cela reste à déterminer. Mais peut-être la prochaine aventure sera-t-elle de faire intervenir des étudiants en cuisine et de leur proposer d'accommoder tout un repas en fonction d'un auteur, et de l'univers qu'ils imaginent ?

La Cuisine, encore à équiper, probablement

Voyons, pour Dantec, qu'est-ce que cela pourrait-il bien être ?

Pour plus d'éléments sur cet appartement des fronts de Seine, 90 m², à Paris, on pourra retrouver le binder de présentation d'Alexandre Levy.