“Un livre, c'est une expérience corporelle, tête et chair"

Association Effervescence - 13.01.2015

Reportage - effervescence association - parrain prix - david Foenkinos


Chaque semaine, ActuaLitté, en partenariat avec l'association Effervescence, réunissant les étudiants et anciens élèves du master Édition et Audiovisuel de Paris-Sorbonne, vous donne rendez-vous : retrouvez dans les colonnes de notre magazine une chronique, réalisée par les étudiants de la formation, racontant la vie du master et de l'association.

 

Cette semaine, nous nous intéressons au Prix Littéraire des Grandes Écoles, avec lequel Effervescence a conclu un partenariat. Un prix littéraire ? Encore un ? Il y en aurait plus de deux mille actuellement, dont certains décriés pour leurs systèmes de sélection. Présentation d'un prix pas comme les autres...

 

Initié en 2009 à HEC, le prix est né d'un constat : l'absence de place laissée à la littérature dans les écoles de commerce. Le prix est dès le début envisagé comme interdisciplinaire par la réunion, au sein de son jury et de son comité de lecture, d'étudiants de grandes écoles différentes. Il a pu se développer en partie grâce au nom grandes écoles, image de marque auprès des sponsors et des partenaires. Mais afin de ne pas travailler en vase clos, son jury s'est ouvert d'année en année à d'autres types de formations.

 

Ainsi, des étudiants de la Sorbonne, et notamment du master 2 Métiers de l'édition et de l'audiovisuel (MEA), l'ont rejoint en octobre 2014 pour travailler à l'attribution du prix 2015. Et il est question de l'ouvrir à de nouvelles universités et écoles pour les éditions à venir. Par la diversité des profils des membres du jury, le but est, à terme, que le prix devienne le médiateur entre le monde littéraire et le monde étudiant.

 

Le prix est également parrainé chaque année par une figure de la littérature contemporaine. En 2015, c'est le romancier David Foenkinos qui accepté ce rôle de parrain.

 



La sélection des textes se fait avec la même volonté de diversité et d'ouverture. Chaque maison d'édition propose un unique roman afin de permettre aux plus petites d'entre elles de défendre équitablement leurs couleurs. On trouve ainsi dans la première liste les éditions Gaïa, les éditions du Tripode ou encore du Nouvel Attila. L'auteur ne doit pas non plus avoir été primé afin de pouvoir faire découvrir de nouveaux talents. La soixantaine de romans initiale est décortiquée par le comité de lecture qui en sélectionne douze pour le jury.

 

Ses seize membres les lisent puis les romans font l'objet d'autres comités à l'issue desquels le lauréat est désigné.

 

Voici donc les ouvrages encore en lice :

– Incident voyageurs, Dalibor Frioux (Seuil)

– Un jeune homme prometteur, Gautier Battistella (Grasset)

– Les Révolutions de Jacques Koskas, Olivier Guez (Belfond)

– Debout-payé, Gauz (Le Nouvel Attila)

– La Malédiction du bandit moustachu, Irina Teodorescu (Gaia)

– L'Homme qui s'aime, Robert Alexis (Le Tripode)

 

Lorsque l'on interroge les jurés sur leurs critères de sélection, on trouve des préoccupations à la fois communes et différentes qui promettent des débats foisonnants. « L'équilibre entre le fond et la forme, entre l'histoire et le message » priment pour Pierre-Marie Bonnaud (CELSA) qui espère voter pour un livre captivant, exigeant et qui lui laissera comme « un goût de trop peu ». « Un livre qui présente une voix inédite » ou « une histoire qui s'attaque avec pertinence à un sujet de notre société actuelle » pourront également séduire Gabrielle Stemmer (ENS Ulm).

 

Outre le plaisir du livre, le prix cherche aussi à ouvrir un questionnement sur l'avenir et le quotidien d'un secteur passionnant : l'édition. En effet, il est également conçu comme une opportunité de lancer une réflexion sur l'économie du livre. Profitant de la diversité des profils des membres du jury, ainsi que de l'adjonction de plusieurs étudiants du master 2 Édition de Paris-Sorbonne, le prix, en collaboration avec les éditions Eyrolles, met en place un think tank sur les pratiques de lecture aujourd'hui. L'objectif est, selon Adrien Cools, actuel président du jury du Prix, de « formuler des propositions parce qu'on est, en tant que jeunes, aux prises avec des réalités, des pratiques de lecture et des pratiques culturelles différentes. »

 

C'est dans cette optique que le prix et l'association Effervescence ont initié un partenariat. Au programme, des interviews des auteurs et de professionnels du monde du livre, qui seront diffusées en ligne, ainsi qu'une table ronde autour des prix littéraires : celle-ci aura lieu en Sorbonne le jeudi 5 février, à partir de 18h30 (Voir ici pour plus d'informations). Selon Antoine Logerais, président d'Effervescence, « un livre, c'est une expérience corporelle, tête et chair. Mais cette expérience intime n'est rendue possible que par l'existence d'autres enjeux, ceux du monde du livre : contrat d'auteur, éditeurs prenant le risque financier, prix littéraires et leurs coulisses. Cela peut être nébuleux. Avec le prix, nous avons un objectif : démystifier et proposer de nouvelles alternatives. »

 

Un partenariat entre un prix littéraire et une association comportant de futurs éditeurs pourrait laisser perplexe, quand l'univers des lettres est régulièrement accusé de consanguinité depuis de nombreuses années. Antoine Logerais s'en explique : « Je suis président d'Effervescence en même temps que membre du jury du prix des grandes écoles. C'est un partenariat qui nous permet, à nous étudiants, de comprendre de l'intérieur comment un prix fonctionne. C'est formateur. Mélange des secteurs ? Pour quelques mois encore, nous ne sommes affiliés à aucune maison d'édition. Nous n'avons pas d'intérêt financier dans le prix. Après, ce sera une autre histoire, mais les jurés ne seront plus les mêmes, et nous ne serons plus aux commandes d'Effervescence. Ce sera à ceux qui nous suivent d'écrire une nouvelle page de ce partenariat. »



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À mardi prochain !