Une journée de la femme préhistorique

Clément Solym - 11.03.2011

Reportage - journee - femme - prehistoire


A l’occasion de la sortie très attendue du sixième et dernier tome de la Saga Les enfants de la terre, de Jean M. Auel, les éditions des Presses de la Cité nous ont concocté une petite journée de détente aux couleurs de la préhistoire.

Les enfants de la Terre raconte les aventures d’Ayla, une jeune Cro-Magnon orpheline et adoptée par une tribu néanderthalienne. Les livres sont tous extrêmement documentés et selon les spécialistes qui étaient présents, il s’agit de LA référence en matière de fiction préhistorique. Les Presses de la Cité ont donc profité de la journée de la femme pour célébrer Ayla. Les hommes étaient tolérés durant l’excursion, ce qui n'a cependant pas suffi à me pourir la journée, bien essayé...


Lundi, 11h : embarquement dans un bus.
Mode colonie de vacances.
Le trajet est court, le conducteur est ivre - ou Auvergnat.
Déposés à Auneau (en Eure-et-Loir), direction le site de fouilles archéologiques ainsi qu’un village d’époque entièrement reconstitué.

Le soleil est éblouissant... et là, suprise : deux journalistes font une attaque. Une meute de sauvages, vêtus de peaux de bêtes et s’exprimant par gestes et quelques grognements, nous approche. Heureusement, ils connaissent les moeurs de la presse : pas besoin de parler, plutôt un vin chaud. Pas besoin de parler quand on connaît ce langage. « C'est fantastique que ces primitifs aient si bon goût : ce vin chaud, aux herbes et épices variées, est un lien incroyable », me glisse un confrère.


Comme il se doit, on fait un rapide tour du propriétaire : surtout ne pas froisser les néanderthaliens locaux, ils pourraient s'énerver.

Derrière une vaste maison ovale, au toit assez bas de chaume brun, un campement. Peaux de bêtes tendues sur des arceaux de bois pour maintenir le foyer à l’abri du vent. « Futé », me souffle le même confrère... S'il me drague, il va se faire appeler Lucy, lui.

MANGER !

Soudain, j'ai les narines qui palpitent : un mijoté de légumes dans des récipients de terre cuite et des poissons suspendus cuisent sur les braises. A deux pas de là, avait été bâti un four à pain en torchis.

C'est malin, j'ai la dalle.


Et quoi de mieux pour aiguiser l'appétit d'un concours de propulseurs ? Le propulseur étant, pour les novices, un outil de bois qui permettait d’augmenter la puissance et la vitesse des sagaies lors de la chasse. Vraisemblablement toujours aussi efficace : après avoir tué un confrère - travaillant pour le service public - on se décide enfin à passer à table...

Au menu :

Fumaison de poisson en entrée
Carré de côte de bison cuit au four enterré
: c'est-à-dire, dans un trou creusé dans la terre où l’on a installé des braises et des pierres chaudes.
Le bison, en provenance du Périgord nous a-t-on dit, a été découpé et chaque morceau, enroulé dans des feuilles de bananier, avait été placé sur les braises et recouvert de pierres chaudes puis de terre. Le four ainsi rebouché avait cuit la viande pendant une dizaine d’heures. Bon, je m'interroge sur les feuilles de bananier en France. Mais soit.

La viande est délicieuse, tendre. Ma voisine tarde à commencer son assiette, alors je pique dedans. Le tout est accompagné d’une purée de légumes : pois, lentilles, fèves et épeautre et de galettes de pain aux céréales, aux fruits secs et aux herbes. En dessert nous avons eu droit à un verre - enfin, à une corne - de lait fermenté au miel et au romarin (le Yop de la préhistoire, peu ou prou !). Le tout accompagné de boissons fermentées, cervoise et hydromel. Bravo au chef Christian Saulnier pour ses prouesses culinaires autant qu'historiques.

To meat, or not to meat, that is Ze question

Pour digérer, visite du jardin botanique, situé derrière le village. Ici, ce sont les vertus des plantes et leur utilisation qu'on détaille. Entre autre, que la résine du saule servait d’aspirine - bon à savoir -, qu’une variété de pissenlit soulageait de la toux, que les glands de chêne faisait de la farine et que la flagellation avec des branches d’orties permettait d’améliorer considérablement la circulation sanguine (bien que cette pratique avait cours au moyen-âge plus qu’au néolithique).

Mais, pour achever notre formation, une épreuve demeurait : faire du feu. Mon premier réflexe est de sortir un briquet, l'air perplexe. Mais on me colle deux silex dans les mains. Et cogne, et cogne, et cogne. Ça ne marche pas pour moi. Mais pas plus pour les confrères. Je m'énerve. Je tente de frapper un silex sur un crâne : le résultat n'est pas plus probant, le silex reste fiché... Car, la vérité est ailleurs. 

Le mythe des deux silex frappés est complètement faux. Ah, ah, ah, je me disais bien aussi ! Alors, pour allumer le feu, comme le chanterait notre Jojo, il faut en réalité utiliser un seul silex et le frapper contre une pierre - et pas contre son doigt. Une pierre du joli nom de marcassite, qui, contenant du sulfure de fer, permet la création d’étincelles suffisamment puissantes pour faire naître une petite braise.


Le feu allumé, les silex taillés, les sagaies affutées et les esprits échauffés... notre régression était complète. Véritable tribu de néanderthaliens, grognante, gesticulante, mains et visage noircis de cendre et de poussière, bien loin des préoccupations germinopratines... Assis autour du feu, nous avons trinqué à l’avenir du passé, avant de quitter la préhistoire pour rentrer, en larmes, à Paris. Sauf moi, j'avais envie d'un bain...

Pour ceux qui seraient tentés par l’aventure, les jardins de la préhistoire sont ouverts aux visiteurs de mai à octobre et accueillent touristes, amateurs, scientifiques ou groupes scolaires sur réservation. Plus d’informations sont disponibles sur le site Préhistoire et Histoire du pays d’Auneau.

Quant au sixième tome des Enfants de la Terre, intitulé Le pays des grottes sacrées, il sera disponible dans les librairies française à partir du 24 mars, bien que la sortie mondiale soit annoncée pour le 29 mars.