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Une passion dans le désert, l’histoire de l’homme et de la panthère

Elodie Pinguet - 27.01.2017

Reportage - maison de Balzac - roman Une passion dans le désert - exposition Balzac


Dès ce 27 janvier, la maison de Balzac, située à Passy dans le 16e arrondissement parisien, accueille une nouvelle exposition temporaire. Elle s’oriente autour de peintures créées à partir de la nouvelle Une Passion dans le désert. Les visiteurs sont attendus pour découvrir l’interprétation de ce récit jusqu’au 21 mai 2017. Visite et explications avec Yves Gagneux, directeur de la maison de Balzac.

 

Gilles Aillaud, Eduardo Arroyo et Antonio Recalcati

 

 

Après une quinzaine de jours de fermeture, la maison de Balzac se découvre au grand public avec un intérieur repensé pour accueillir l’exposition Une passion dans le désert. Bien qu’en son temps, Honoré de Balzac n'ait vécu qu’au premier étage, le musée a pris place dans toute la bâtisse depuis déjà quelques années. Pour découvrir l'exposition, il faudra explorer les deux étages supérieurs.

 

Une passion dans le désert est un roman très court (une quinzaine de pages) publié en 1830 dans La Revue de Paris et par la suite intégré à la Comédie Humaine. Le récit raconte l’histoire d’un soldat de l’armée napoléonienne qui, perdu dans le désert, va s’abriter dans une grotte et se prendre d’affection pour la panthère qui y vit. Il la surnommera Mignonne, en souvenir d’une femme qu’il a connue à Paris.

 

Des faits incroyables dans un climat historique

 

L’intrigue est basée sur un fait historique. En effet en 1828 à Paris, un dompteur nommé Henri Martin va « être le premier dompteur à rentrer dans la cage aux fauves ». D’après des explications plutôt scabreuses, « Martin va la nuit au chevet de ces animaux et il va tromper leurs instincts. Ainsi on épuise les bêtes pendant la nuit pour qu’au petit matin elles soient apaisées et qu’elles ne bronchent pas quand Martin descend dans la cage ». Mensonge ou vérité, rien n’est sûr, toujours est-il que Balzac se serait directement inspiré de cette histoire pour écrire Une passion dans le désert.

 

Le récit se fait sur un flash-back. La scène d’ouverture montre la rencontre entre un homme, sa femme et un soldat invalide dans la ménagerie d’un certain M. Martin. Le vieux soldat va raconter l’histoire à l’homme qui va la retranscrire pour sa femme.

 

Il faut savoir qu’à l’époque, en 1830, on « passe de l’horreur des guerres napoléoniennes à l’épopée napoléonienne et Une passion dans le désert est un texte fondateur de cette épopée avec cette idée du soldat héroïque de la grande armée ». Dans les illustrations en rapport avec l’époque, un soldat sera forcément représenté en invalide.

 

Des œuvres de la figuration narrative

 

Le roman a inspiré plusieurs artistes notamment Paul Jouve. Plusieurs de ses œuvres en possession de la maison de Balzac ont été ressorties pour l’occasion, des gravures et des dessins par exemple. Mais le cœur de l’exposition, ce sont les treize peintures de Gilles Aillaud, Eduardo Arroyo et Antonio Recalcati, datées de 1964. 

 

Véritables œuvres collectives, elles sont un manifeste au mouvement de la figuration narrative. Ce mouvement artistique s’oppose principalement au pop-art et met ainsi en avant le fait que « l’art peut raconter une histoire, la peinture n’exprime pas seulement la récupération d’images extérieures ».

 

Ces peintures à trois mains n’ont pas été signées, pour lutter contre une certaine conception de l’artiste et faire valoir le « il vaut mieux travailler sans signer que signer sans travailler ». Ils s’opposent par exemple à Marcel Duchamp.

 

Elles ont malgré tout rapidement disparu en France. Elles font scandale à Paris en 1965, sont montrées à Nice en 1968, refont furtivement surface en 1990 à Marseille avant de s’évaporer. Yves Gagneux les retrouve en la possession d’Eduardo Arroyo qui comptait les restaurer pour une exposition à Madrid il y a deux ans. Elles ont ensuite pris le chemin de Paris pour cette exposition.

 

Les trois peintres ont travaillé selon des règles précises : « Chacun va commencer à faire un panneau et si les autres ne sont pas d’accord ils vont corriger. Et tant qu’ils ne seront pas d’accord, ce ne sera pas fini. »

 

Partir de Balzac pour créer autre chose

 

Attention, il ne faut pas lire à travers ses peintures une simple illustration du récit de Balzac. C’est justement tout le contraire qu’il faut comprendre, certains détails représentés ne sont même pas présents dans le texte original. Les trois peintres se sont approprié le texte et ont créé quelque chose de nouveau à partir de Balzac.

 

Ainsi ils ont pris le parti de présenter « l’acte charnel entre l’homme et la panthère qui est représenté dans le texte par trois points de suspension », ainsi que le tourment du soldat lorsqu'il découvre la panthère dans la grotte.

 

 

 

Les salles elles-mêmes ont été repeintes pour accueillir l’exposition. Dans la quatrième salle traversée, on se retrouve face à un bleu gris assez sombre, se fondant à la perfection avec la couleur des trois toiles qui y sont exposées alors que les dernières salles et peintures présentent des couleurs plus chaudes.

 

Un autre point va apporter une autre vision aux peintures, la taille des salles : « Comme elles sont petites il va y avoir une confrontation très forte aux œuvres, on a pas tellement le temps de s’y acclimater on les prend de plein fouet. » Pour Yves Gagneux, c’est à la fois une contrainte et une chance puisque « ces œuvres vous les voyez comme vous ne les verriez pas dans un musée d’art moderne ou contemporain où vous avez un espace beaucoup plus grand et donc le temps de voir venir les œuvres ».

 

Par cette exposition, la maison de Balzac souhaite donner aux visiteurs l’envie de lire le roman à l’issu de leur passage. Pendant ces quatre mois, des activités spéciales sont organisées autour de l’expo, comme des spectacles ou des lectures du roman.

 

Et avant de quitter la demeure, n’hésitez pas à vous arrêter dans les deux salles permanentes. L’une d’entre elles présente une généalogie des personnages de la Comédie Humaine sous forme de dizaines de petites gravures. Sur le mur d’en face, un dessin de la panthère par Paul Jouve semble regarder dans une direction précise. On vous laisse trouver qui elle regarde...