Faut-il écrire des haïkus au XXIe siècle ?

Auteur invité - 18.11.2019

Tribune - écriture poésie moderne - Haikus poèmes - modernité poésie France


Aucun Européen ne pourra maîtriser la civilisation japonaise. Chaque Français a dans son cœur le sang de ses ancêtres : ses terres, son patois, ses tubercules. Toute cette archéologie, c’est l’atmosphère d’un tableau paysan de Jean-François Millet. Déjà, la langue française fait partie de la littérature nationale, bien avant l’ordonnance de Villers-Cotterêts.

De même, les dialectes que l’on entend à la campagne, structurent l’inconscient du Français. La poésie, elle, n’a pas de définition, ou plutôt, il existe autant de poètes que de définitions. Après tout, qu’est-ce qu’un haïku ?
 

 
 
 
« La poésie est morte. » - « Chant III » in « L’Art poétique »,
Nicolas Boileau.

Dans l’histoire universelle de la poésie, le haïku n’existe pas. Au Japon, la forme est née sous Louis XIV, dans un pays où règne la plus vieille dynastie au monde. Depuis Clément Marot, le sonnet qui a mûri en Provence, au pied du mont Ventoux, fait la fortune de la poésie française. Au fil des âges, des formes de poème apparaissent, disparaissent… réapparaissent. Alors qu’en est-il du haïku en France ?

Le haïku a l’âge de mon grand-père, écolier de la Troisième République, à l’heure où des japoneries débarquent dans les ports, telles des estampes d’Hokusai… sur les côtes françaises. Mais comment prononce-t-on, déjà, cette onomatopée ? Avec son « Heure du berger », Paul Verlaine pourrait avoir signé le premier haïku en France : « La grenouille crie / Par les joncs verts où circule un frisson ».

Aujourd’hui, s’agirait-il de singer la poésie japonaise du XVIIe siècle ? Non, étonnamment, même les plus grands poètes, Yves Bonnefoy ou Philippe Jaccottet, n’ont fait qu’imiter cette poésie brève. Face à ce romantisme de pacotille, Bashô tomberait de son bananier ! Arthur Rimbaud, aurait-il écrit sa Lettre du Voyant pour des Non-Voyants ?
 

Bref, simple, dépouillé... en apparence


D’entrée de jeu, le haïku est, apparemment, facile à écrire, comme c’est une forme brève, simple, dépouillée. Mais cette brièveté a toujours existé dans l’histoire de la poésie, avec l’épigramme, par exemple. Le haïku a pour objectif de capter l’instant, à l’image d’un croquis, ou dans sa version moderne, le Polaroid. Hélas, la langue est, la plupart du temps, maltraitée, dans ce poème japonais qui apparaît alors comme un « œ z ». En quoi ces haïkus seraient-ils plus « haïkus » que ces haïkus ? Tout simplement, car ils ne sont pas de la poésie, mais des vers de mirliton, comme un sushi que l’on ingurgiterait dans un fast-food chinois.

À la fin du XIXe siècle, le vers libre affaiblit la poésie classique. La poésie, elle, meurt sous les yeux de Denis Roche, durant les Trente Glorieuses. Sur ces ruines de la poésie, le haïku peut donc fleurir partout, comme de la mauvaise herbe. Le poème japonais, lui, est le dernier borborygme, avant, espérons-le, la « renaissance » de cette poésie.

Faute à la traduction ? Oui, d’une certaine façon. Depuis un siècle, la traduction a fait régresser la littérature, roman, poésie, théâtre, vers une forme de littérature mondialisée. La qualité de ces traductions ― à de rares exceptions près ― est tellement « moyenne » que tout le monde peut tenter sa chance. Avant de s’aventurer au pays du « haïku », faudrait-il avoir un peu pratiqué cette poésie. On naît poète, on ne devient pas poète. Aujourd’hui, tout le monde pourrait se croire poète avec son premier haïku.

Street Haiku
Alan Levine, domaine public

 
Le haïku est au cœur de la mondialisation, tant ses valeurs apparaissent à travers ce « pin’s » poétique. Il peut rappeler, par certains aspects, le slogan d’une publicité, ou les messages brefs portés par les nouvelles technologies. Plus que jamais, nous vivons dans le monde de l’instant, un peu partout. La spiritualité, elle, est à la carte, et l’écologie devient la nouvelle idéologie du XXIe siècle. Justement, le haïku offre cette alternative, qui met en avant la Nature et une pointe de zen. Bref, le haïku reste aussi mystérieux qu’un philtre d’amour chez « Tristan et Iseut » ou la recette du Coca-Cola.

Dans une France, à l’heure où les tomates fleurissent, en plein hiver, dans les serres, selon les directives de l’Union européenne, comment donc écrire un haïku ? Dans nos vies climatisées ou chauffées, régulées par un thermostat, à quoi bon encore un haïku ? En France, quelques poètes, Guillevic surtout, et d’une certaine façon, le poète-soldat Julien Vocance, lors de la Grande Guerre, ont apporté, une sonorité toute française au haïku, là où Paul Claudel et Paul Éluard n’ont su nager qu’à la surface de l’étang.
 
Hors de France, point de salut ? Aux États-Unis, Ezra Pound, dans la lignée des grands poètes universels, fait un coup d’éclat avec son bref poème de 1913, qui ouvre la voie à ses confrères. Dans l’après-guerre, les poètes de la Beat Generation, en plein mal-être, et en quête de bouddhisme, comme Jack Kerouac, Allen Ginsberg, Gary Snyder, donnent au haïku américain ses lettres de noblesse.
 
Au fond, la poésie française avait-elle besoin de haïku ? Pour l’heure, le haïku ne fait pas partie de l’épopée de la poésie française. Trop gamin, pas assez classique... C’est tout au plus une amusette, et un rite pour chaque poète au XXIe siècle.
 


Commentaires
Une tribune qui affirme avec vigueur et dédain une esthétique fondée sur un manque de goût étonnant. L'auteur s'est arrêté au XIXe siècle, en poésie comme en politique, comme en témoigne ses phrases du type : "Chaque Français a dans son cœur le sang de ses ancêtres", et son blabla sur l'inconscient des langues régionales, toute une psychologie des foules anachronique. Serait-ce une republication d'un texte ancien ? Mais non, il y a des dates récentes. Un pastiche de réactionnaire ronchon des années 1930, alors ? Non plus. Qu'est-ce, alors ? Mystère.
Les haïkus sont des toasts, de banquets ou de solitudes, mais toujours de gens ivres, ivres "pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise (les) épaules et (nous) penche vers la terre", des gens ivres "de vin, de poésie, de vertu", à leur guise, mais tout le monde n'a pas la même ivresse, heureuse ou malheureuse, silencieuse ou bruyante, entreprenante ou assoupie, inspirée ou déplacée ; les haïkus sont des instants à cueillir, qui se fanent, sèchent, ou refleurissent, à leur guise, pour qui cherche l’instant.
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