Les agents littéraires en France : un métier de super-technicien

Association Effervescence - 19.03.2013

Tribune - agents littéraires - conférence - Effervescence


Chaque semaine, ActuaLitté, en partenariat avec l'association Effervescence, réunissant les étudiants et anciens élèves du Master Édition et Audiovisuel Paris IV Sorbonne, inaugurent un nouveau rendez-vous : une chronique racontant la vie du Master et de l'association et réalisée par les étudiants de la formation sera à retrouver dans les colonnes de notre magazine. Cette semaine, retour sur une table-ronde, autour des agents littéraires.

 

Le 8 mars dernier avait lieu à la Sorbonne notre première table ronde de l'année. On vous livre ici un petit compte-rendu de cette rencontre qui aura été un franc succès, attirant près de quatre-vingt personnes venues assister à une discussion autour de la question suivante : quelle place en France pour les agents littéraires ?

 

Pendant une heure et demie, Guillaume Robert, directeur littéraire chez Flammarion et ancien étudiant du master, a tenu le rôle de médiateur entre trois professionnels du livre : François Samuelson, l'un des premiers agents en France, créateur de l'agence Intertalent ; Laure Pécher, de l'agence Pierre Astier et associés ; Béatrice Duval, directrice des Éditions Denoël.

 

LE MÉTIER D'AGENT LITTÉRAIRE : PLUSIEURS CONCEPTIONS

 

Pour François Samuelson, l'agent est chargé d'équilibrer le rapport de force entre auteur et éditeur. Il est le compagnon de route de l'auteur, au service de ses intérêts. Laure Pécher juge que l'agent peut assumer une fonction plus éditoriale, en travaillant directement sur les manuscrits avec l'auteur. C'est un métier de « super-technicien », capable d'intervenir aussi bien dans la phase du manuscrit que dans celle de la communication, en passant par les phases de négociation des contrats et de promotion. Sans prendre la place de l'éditeur, l'agent a un rôle à jouer dans la défense des droits d'auteurs.

 

De son côté, Béatrice Duval a fait la distinction entre les sous-agents, les « agents d'agent », et les agents littéraires, qui sont une sorte de traducteur entre l'auteur et l'éditeur. Ainsi ils permettent la communication entre l'auteur, qui voit la publication de son livre sous un angle émotionnel, et l'éditeur, qui considère la publication sous un angle économique. 

 

Béatrice Duval a rappelé qu'aujourd'hui, la plupart des éditeurs français perçoivent encore les agents comme des parasites venant gêner leur relation avec les auteurs. Certains ne lisent même pas les manuscrits envoyés par des agents, alors qu'ils peuvent être des filtres efficaces, comme l'a expliqué Laure Pécher. Cette dernière a d'ailleurs reconnu que de plus en plus d'éditeurs sollicitent ses services. Béatrice Duval pense même que l'agent peut être un intermédiaire susceptible d'alléger la forte charge de travail de l'éditeur, en réalisant une partie de leurs tâches éditoriales. Il faut surtout qu'une relation de confiance s'instaure entre les deux professions.

 

UN AGENT POUR MIEUX PRENDRE LE TOURNANT DU NUMÉRIQUE ?

 

Rapidement, la discussion s'est tournée vers le problème des supports numérique. Béatrice Duval voit dans ce tournant le moyen d'exporter la littérature française plus facilement, sans mettre en danger le métier d'éditeur puisque l'autoédition ne porte ses fruits que très rarement. Pour François Samuelson, l'agent est indispensable à l'auteur face aux mutations de l'édition vers le numérique. Les supports numériques évoluant sans cesse, il ne faut pas que l'auteur cède à l'éditeur ses droits pour toute la durée de la propriété intellectuelle, mais seulement pour deux ou trois ans, et qu'ils soient renégociés régulièrement.

 

 

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De même, les coûts de fabrication étant supprimés, le pourcentage de droits alloué à l'auteur sur la vente d'un livre numérique devrait augmenter en conséquence. Face aux réticences des éditeurs à admettre cela, les agents aident les auteurs à défendre leurs droits. Alors que Béatrice Duval faisait la moue, Laure Pécher a rétorqué que la question du numérique n'est pas encore d'actualité, puisque ce support n'est pas suffisamment répandu en France pour le moment, et a préféré soulever un autre pan du métier d'agent : les ventes de droits à l'étranger.

 

L'AGENT : INDISPENSABLE POUR LES VENTES DE DROITS À L'ÉTRANGER ?

 

Laure Pécher a souligné que la France est le seul pays où l'auteur cède tous les droits sur son livre pour toute la durée de la propriété intellectuelle. L'éditeur prend 50 % des droits, alors qu'il n'a en fait pas le temps de s'occuper des cessions. L'agent, à l'inverse, ne prend que 20 % et apporte l'assurance de négocier les contrats au mieux et en plus grand nombre, ayant une bonne connaissance des marchés.

 

Béatrice Duval a tout de même objecté que la présence de l'éditeur sur les grandes foires du livre et le travail des services de cessions de droits justifient en bonne partie la marge que prend l'éditeur sur les cessions.Ayant tout intérêt à ce qu'un auteur soit adapté à l'étranger, l'éditeur va tout faire pour cela.

 

Certains agents ne prennent que 10 % mais ne font rien ; il faut donc, selon elle, relativiser le rôle des agents pour les cessions internationales. Elle a d'ailleurs reproché aux agents de ne pas être assez présents sur les foires du livre, pourtant un outil primordial pour représenter convenablement les auteurs. François Samuelson, lui, a déclaré que les grandes foires ont perdu de leur utilité et se contentent d'être de grandes récréations. En revanche, il ne trouve pas aberrant que les auteurs cèdent aux éditeurs les droits pour toute la durée de la propriété intellectuelle, pratique qui permet de protéger les éditeurs. Malgré tous les différends qui existent entre les acteurs de la chaîne du livre, l'édition française est une édition de qualité.

 

Finalement, c'est l'impression d'un débat apaisé qui est ressorti de cette conversation autour du métier d'agent, loin de l'animosité que soulève généralement le sujet dans le milieu de l'édition. Que cette impression soit illusoire ou significative, cette table ronde aura permis de poser un nouveau regard sur les agents littéraires et d'entrevoir les possibilités d'une cohabitation et d'une complémentarité entre éditeurs et agents, processus que le numérique va peut-être accélérer.

 

Effervescence tient à nouveau à remercier chaleureusement les intervenants et les spectateurs de cette rencontre. Retrouvez la vidéo de la table ronde prochainement sur notre site internet. Nous vous espérons toujours aussi nombreux pour les tables rondes à venir. 

 

 

 

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Prochain rendez-vous : le Salon du livre ! On vous accueillera sur le stand B10-Master Édition Paris IV – Sorbonne, du 22 au 25 mars, à la Porte de Versailles. L'option Édition présentera son nouvel ouvrage, Instants, sorti aujourd'hui même, et répondra à vos questions concernant le master et l'association.

 

 

Effervescence, l'association qui pétille mais ne bulle pas !

Effervescence est l'association des élèves et anciens élèves du Master Édition-Audiovisuel de l'université Paris-Sorbonne. Tout au long de l'année, Effervescence organise des événements publics (conférences, tables rondes, master class) sur des sujets liés à l'édition et l'audiovisuel. Effervescence représente un réseau professionnel toujours croissant qui permet de faciliter l'entrée des étudiants dans la vie active. Les étudiants du master réalisent chaque année un livre et un court métrage, de son idéalisation à sa commercialisation.

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