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Revoir le coût postal des livres, mesure simple pour aider éditeurs et libraires ?

Auteur invité - 19.03.2020

Tribune - poste colis coronavirus - frais livres poste - éditeurs libraires poste


Depuis des années, libraires et éditeurs indépendants pestent contre les avantages commerciaux dont bénéficie Amazon, à travers les accords passés avec La Poste. Accords au demeurant jamais dévoilés. Un avantage concurrentiel qui, en cette période de confinement national, fait grincer des dents plus que jamais : pratiquer la vente en ligne est impossible, du fait des coûts postaux.

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Loïc Bahu, CC BY SA 2.0
 

Pourquoi ne pas profiter de la période pour réfléchir en profondeur à ce sujet, brandi par l’interprofession, qui réclame des mesures — en vertu d’une obligation de service public

Fabienne Germain, fondatrice des éditions Zinédi, propose une réflexion au ministre de la Culture, qui ne doit pas manquer de dossiers coronavirusés


Lettre ouverte à Monsieur Franck Riester, ministre de la Culture.

Monsieur le Ministre, pour aider le secteur du livre, et particulièrement les entreprises les plus fragiles (librairies indépendantes, éditeurs indépendants de très petite, petite et moyenne taille), il y aurait déjà une mesure très simple à mettre en place : négocier avec le ministère de l’Économie et des Finances des tarifs postaux viables, soit équivalents à ceux de la presse, soit équivalents au tarif Livres et brochures zone 1 pour permettre aux libraires et aux éditeurs de vendre les livres par correspondance sans distorsion de concurrence. 

Or aujourd’hui, seules les grosses plates-formes de vente en ligne, dont une Américaine qui gruge le fisc français, ont des tarifs négociés avec la Poste, qui leur permet d’expédier des livres pour 0,01 € quand libraires et éditeurs payent le prix fort de l’expédition. 

Mais il faut aussi supprimer cette limite d’épaisseur de 3 cm qui nous oblige à envoyer en colissimo les livres un peu épais (il suffit de 400 pages !). Au cas où vous ne le sauriez pas, envoyer un livre entre 250 et 500 g coûte 6 timbres verts, soit 5,82 € en 2020, or la majorité des livres se situent dans cette tranche de poids et sont rarement vendus plus de 20 €.

Cette situation n’est donc pas tenable pour les indépendants (libraires comme éditeurs) et la concurrence est déloyale.

Depuis des années, les instances représentatives des éditeurs, notamment l’autre LIVRE qui rassemble de nombreux éditeurs indépendants, réclament, comme cela existe pour la Presse depuis la Libération, un tarif spécifique (pas des centimes) pour le livre et c’est à chaque fois une fin de non-recevoir, ou on nous trimbale d’un service à l’autre. Paierions-nous encore aujourd’hui l’incurie de certains pendant la Seconde Guerre mondiale ?

Je voudrais enfin rappeler le message affiché sur le site de la Poste : « Face à la situation sanitaire inédite, La Poste se mobilise pour assurer la continuité de ses missions de service public notamment la distribution du courrier, des colis et de la presse, tout en préservant la santé de ses clients et des postiers. » Le livre est dans le courrier et les colis, pas un cas à part, comme la presse, du fait d’une absence tarifaire spécifique.

Enfin, il ne faut pas l’oublier, à l’origine de chaque livre il y a un auteur qui, pour l’immense majorité d’entre eux, est obligé d’avoir un travail à côté pour gagner sa vie, comme si l’écriture était un passe-temps ! L’écriture est une passion, certes, mais certainement pas un passe-temps. Ne plus pouvoir vendre leurs livres, c’est mettre les auteurs, auteurs, illustrateurs et BDistes dans de plus grandes difficultés encore.

J’espère, Monsieur le Ministre, que ma parole ira jusqu’à vous, elle est celle d’un petit éditeur indépendant, mais nous sommes des milliers, elle est celle aussi de toutes ces petites librairies qui suent sang et eau pour survivre ou qui viennent de démarrer avec courage et qui sont obligées de baisser le rideau. Je ne sais pas à quoi correspondent ces 5 millions d’euros, peut-être aideront-ils certains... je l’espère.

Mais là, il y a des choses très concrètes à faire, et qui nous semblent atteignables.


Avec mes sentiments respectueux, je reste à votre disposition,
Fabienne Germain

Éditrice aux éditions Zinédi
Membre de l’autre LIVRE
Membre de Normandie Livre


Commentaires
Il faut tout simplement appliquer sur la France le tarif "Livres et brochures"

Bon courage à tous !
C'est une mesure belle, simple, efficace, un moyen de lutter efficacement contre les entrepôts d'Amazon à un coût à mon avis négligeable. En cette période de confinement, ça permettrait à nos libraires de continuer à travailler, avec l'aide de nos vaillants postiers, que je salue ici.



Je suis sûr que le gouvernement va demander un rapport sur le sujet, lequel rapport validera la demande, laquelle demande sera donc ignorée.
Depuis le temps qu'on le dit ...

Oui mais pour les auteurs, illustrateurs, BDistes aussi !



Et je rappelle la pétition (désormais close) de la maison d'édition Editions le Héron d'Argent ... qui n'avait eu à mon sens que très peu de soutien !

https://www.change.org/p/lecteurs-unissons-nous-demandons-un-forfait-spécial-livres-à-la-poste
Il y a selon moi une erreur fondamentale d'analyse : ce qu'il faut faire c'est modifier la loi de 2014 et imposer aux sites de vente par correspondance de faire payer à l'internaute le coût réel du transport.Cela aurait sûrement un double effet même si les tarifs octroyés à Amazon par la Poste seraient toujours assez bas : 1-responsabiliser l'acheteur et ainsi agir pour l'écologie 2-avoir une concurrence moins déloyale car la loi qui permet de faire payer 0.01 euros est absurde.Dans ces conditions tous les revendeurs seraient un peu plus à égalité.
Belle idée, sauf qu'il suffirait à Amazon d'envoyer d'un pays tiers pour contourner cette obligation.
Peut-être , mais çà leur couterait très cher !
Je suis entièrement en accord avec ce qui est écris.



J'avais d'ailleurs imaginé un projet utopique dont voici la partie concernant les envois :

"Les pouvoirs publics, afin de stimuler le secteur éditorial et la création française, ont mis en place un tarif d’affranchissement unique pour le secteur du livre (et pourquoi pas le généraliser à d’autres secteurs). Un euro symbolique pour envoyer un ou plusieurs livres, en suivi, sur la France entière (Outre-Mer inclus), directement auprès des professionnels du livre. Et, soyons fou (c’est notre utopie, on fait ce que l’on veut !), une harmonisation européenne pour permettre la diffusion à l’échelle de l’Europe de nos créations.



Bien évidemment, un tel tarif postal s’appliquerait aussi aux géants du numérique… Tout le monde à la même enseigne et le lecteur pourra choisir chez qui il pourra se fournir, selon sa propre conscience sociétale ! On peut ainsi imaginer deux tarifs distincts : un euro pour un envoi éditeur à libraire ou trois euros pour un envoi éditeur à lecteur. Ce dernier aura donc tout intérêt à aller chez le libraire du coin pour récupérer son livre plutôt que d’opter pour la livraison à domicile, sans pour autant écarter cette dernière (mobilité, zones rurales, etc…). Ce surcoût permettrait aussi de garantir un service public de distribution du courrier sur l’ensemble du territoire, les grosses structures du numérique contribuant ainsi financièrement à cela."
Non très mauvaise idée, Amazon et la Fnac sont un service ESSENTIEL, les 0,01€ sont une très bonne chose (nous payons d'ailleurs Prime pour cela). En plus la librairie (jusqu'à la crise covid-19) ne souffrait pas, pas besoin de ruiner ceux qui veulent pas passer par un libraire...
Le beau courage de l’anonymat permettant ainsi d'étaler sa bêtise crasse sick sick
Pour info, ces plate-formes font payer aussi des frais pour vendre chez elles, en plus des remises exigées. Autrement dit, le fameux camembert déjà bien déséquilibré voit une nouvelle part se faire croquer par des structures qui n'en ont financièrement pas besoin. Les plus lésés dans ce système sont les auteurs et les structures indépendantes (libraires et éditeurs). Autant choisir des systèmes plus éthiques, non ?
Anthropophobie = moins je vois les humains et mieux je me porte



https://www.youtube.com/watch?v=cgKspcEbmuA
Nous pourrions nous poser la question du service essentiel : l'occident a-t-il vraiment évolué depuis que les frais de port sont à un centimes ? Il ne s'agit pas d'interdire à l'internaute de commander en ligne mais de le responsabiliser un minimum : tous les experts s'entendent pour dire que le transport des colis à cette échelle va poser un problème écologique grave.Si l'internaute paie le coût réel du transport , il réfléchit avant d'acheter et il va probablement mutualiser ses achats.La vente de livres par Amazon est réalisée à perte.Comment pourrions-nous imaginer que le transport ne coûte rien ? Leur objectif est de devenir le seul interlocuteur avec le client et d'imposer leur loi aux éditeurs. C'est cela que nous voulons ? La diversité , le fait de pouvoir choisir entre un libraire en ville ou un libraire sur internet , ce n'est pas fondamental ? Amazon désire que toutes les librairies disparaissent. Est-ce souhaitable ? Cela va-t-il dans le sens du client ? Les éditeurs , pour une grande part peuvent recevoir la palme de la bêtise : en vendant directement leurs livres à un centime de port sur le net , ils ne respectent pas leurs détaillants , favorisent leur disparition et seront pris à la gorge par un interlocuteur unique qui dictera ses conditions. La diversité est un grand luxe !
Vous soulevez un autre problème que je rencontre (étant éditeur indépendant) : Je fais le choix de ne pas vendre sur Amazon et j'essaye vraiment de travailler avec la librairie indépendante... sauf qu'après une grosse prospection, le nombre de détaillants avec qui je bosse est vraiment très faible. La raison principale ? Ils préfèrent traiter avec un gros diffuseur, genre Hachette, car ça leur complique la compta de devoir gérer de façon individuelle.

Et, sur les commandes de libraires ponctuelles... le paiement est aussi très ponctuel (pour exemple, un libraire me doit moins de 20€ depuis octobre dernier et fait le mort aux relances...)

Si on veut une chaîne du livre responsable, il faut vraiment que tout le monde joue le jeu sinon on ne s'en sortira pas !
Ce que j'exposais est une généralité bien sûr.
Pas trop possible de mutualiser ses achats quand on est Prime tout arrive quand c'est disponible (ce qui fait que parfois on a plusieurs livraisons sur une même journée). Si des effort doivent être fait alors Amazon doit proposer un jour de livraison par semaine pour tout ce qui est disponible. Mais payer plus pour favoriser les libraires c'est NON (ils nous ont déjà taxé les 5% mad ).
D'ailleurs l'argument pour nous retirer les 5% c’était bien que ces 5% servaient de FDP, problème réglé du coup nous acheteur en ligne sommes déjà taxés.
Une revendication essentielle qui manque à votre lettre : re nationalisation de La Poste, qui est de fait aujourd'hui une entreprise privée et dont la mission de service public : porter le courrier tous les jours chez chacun (où qu'il soit sur le territoire ) est bafouée en permanence au nom du profit immédiat des actionnaires. Retour indispensable à la mission de service public. Mais cela ne fait pas partie du langage de la Macronie.
Par contre, le coût des manuscrit papier à envoyer aux éditeurs, on s'en cogne..
Envoyer un manuscrit en papier aujourd'hui à un éditeur est juste une façon de sélectionner les auteurs qui peuvent se payer ce genre de service (ou qui sont Parisiens).

En 2020, refuser de recevoir un manuscrit électronique est un acte militant anti-écologique, de gens passéistes, élitistes et nombrilistes. D'ailleurs, il suffit de lister les éditeurs qui pratiquent ce genre d'exigences pour conforter mes propos...

Mais ce sont les mêmes qui sortent des bouquins sur l'écologie, le geste qui sauve la planète et qui se prétendent défendre les auteurs (enfin, parmi eux, pas tous... Il y en a qui crachent ouvertement sur eux en bafouant carrément la loi, comme par exemple en prétendant que la notoriété de sa maison d'édition suffit comme... à-valoir).

Non, non, l'abolition des privilèges n'a pas atteint encore tout le monde en 2020.
Bien d'accord avec vous Poil à gratter. C'est ce que j'ai fais avec mon premier texte, évitant ainsi soigneusement toutes les maisons de papier et de verre. C'était une boutade pour dire que dans la chaîne du livre, les auteurs sont le cadet des soucis du gouvernement...
Perso, je demande systématiquement les dossiers en dématérialisé. Les dossiers papier finissent en plus le plus souvent à la poubelle... donc autant réduire notre empreinte sur la planète et ne pas générer des frais en plus.
Et pourquoi pas changer et adapter le tarif livres et brochures pour l'étranger à la France avec un suivi, ce qui n'est pas le cas actuellement...
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