Tintin au Congo : entre colonialisme et racisme, le ridicule sans fond

Clément Solym - 12.09.2009

Tribune - tintin - Congo - colonialisme


Malgré sa ligne claire, cette œuvre est noire ! Noire comme les idées que véhiculent les colonialistes bon teint d’une certaine Belgique d’avant-guerre ! On se souvient tristement de Léon Degrelle paraphrasant Louis XIV, « Tintin, c’est moi ! » Lui, le journaliste globe-trotter aux pantalons de golf, l’épouseur de mauvaises causes, le fils putatif du dictateur issu de germain… Ah la noble filiation ! Le beau pedigree !

L’héritage suintant !

Triste référence qui alourdit la balance du mépris quand on relit « Tintin au Congo »… Pouvons-nous encore dans une époque comme la nôtre ou l’esprit de repentance fait corps avec le devoir de mémoire accepter l’exposition de la supériorité raciale ?

N’est-ce pas réducteur de concevoir l’Africain dans une case ? N’est-ce pas insultant de le représenter en train de buller ou de faire la planche ? Que dire de cette vision du roi nègre mégalomane et ridicule qui ponctue ce reportage illustré d’un colonialisme suranné ? Les Bocassa, Mobutu, Amin Dada, Mugabe ou autre Al Bashir ont-ils mérité une telle réduction de leur talent ?

Avec ces quelques planches néfastes et nauséeuses, c’est tout un pan de la négritude qui s’effondre, tout le travail puissant d’un Léopold Sedar Senghor qui s’effrite !

Oui, arrêtons cette propagande inique !


Nous avons déjà suffisamment fait pousser les économie$ de nos civilisations sur le terreau esclavagiste !

Bien sûr les censeurs ont commencé le travail en gommant l’odieuse phrase sur la « Belgique mère patrie » proférée par Tintin devant une classe de petit Congolais, mais la chose n’est pas suffisante ! Un avertissement préambulesque pourrait à la rigueur prévenir les esprits faibles du danger de cette lecture faussement anodine, mais à la mesure « mercurochrome » je préfère opposer celle de l’amputation. Oui, amputons cette vulgaire pièce illustrée au regard de nos enfants innocents ! Ne laissons pas s’immiscer dans leur cerveau malléable ce petit doute d’une quelconque supériorité de la race blanche ! N’inoculons pas ce poison pervers dans ces veines encore pures.

« Tintin au Congo » doit disparaître et l’Afrique cessera de faire Tintin en se serrant la ceinture !

REMARQUES


Il paraît qu’Hergé est raciste ! Vous l’avez entendu dire et répété et vous n’êtes pas loin de le penser parce que la pensée unique vous guette comme un chancre pernicieux… Vous n’êtes pas plus malin que ça et cette idée vous séduit parce qu’elle casse un mythe, une légende, une chose admise… Et vous n’aimez pas les choses admises ! Du moins le croyez-vous… L’existence de minorités agissantes et dogmatiques ne vous effleure pas plus que ça et n’étant pas plus bête qu’un autre, vous vous dites, sans forcer, que la pensée dominante vous assurera un meilleur confort professionnel.


Vous userez donc pour votre critique d’un vocabulaire choisi dans lequel devront nécessairement traîner des mots obligatoires comme « esclavage », « colonialisme », « droit de l’homme », « repentance »… Vous pourrez abuser d’un arsenal d’idées assez vaste du type, « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », « ingérence altruiste, oui, ingérence économique, non ! », «
L’Afrique aux Africains, oui, la France aux français, non ! » qui ne vous fâchera qu’avec quelques extrémistes, mais fera de vous un excellent client télévisuel.

Deux dangers vous guettent toutefois en vous en prenant à Tintin : celui d’abord d’une attaque musclée de la part des gardiens du temple (préparez votre banquier) et un autre, plus embêtant : celui de sombrer dans un ridicule sans fond.

Texte tiré du prochain livre de Gorgon Zola, auteur au célèbre Léopard Masqué

L'illustration est de Nicolas Stérin