Facebook : Des kilos d'amis que Beigbeder est heureux de retrouver

Nicolas Gary - 06.07.2014

Zone 51 - Chez Wam - Frédéric Beigbeder pirates - roman Salinger - Facebook communication


L'heureux directeur de la rédaction du magazine Lui, reviendra dans les librairies de France et de Navarre, avec un roman prévu pour le 20 août, cela, tout le monde en a parlé. Oona et Salinger a même l'honneur des Bonnes feuilles de France Culture, l'émission de Sandrine Treiner et Augustin Trapenard. Journaliste, le Beig', et écrivain, il était temps de le rappeler. 

  

 

©JFpg ©JuditK

 

Un roman historique, avec une histoire d'amour, cela n'étonnera personne. Les éditions Grasset, qui publieront le livre, le présentent de la sorte :  

« Il arrive toujours un moment où les hommes semblent attendre la catastrophe qui réglera leurs problèmes. Ces périodes sont généralement nommées : avant-guerres. Elles sont assez mal choisies pour tomber amoureux.

En 1940, à New York, un écrivain débutant nommé Jerry Salinger, 21 ans, rencontre Oona O'Neill, 15 ans, la fille du plus grand dramaturge américain. Leur idylle ne commencera vraiment que l'été suivant... quelques mois avant Pearl Harbor. Début 1942, Salinger est appelé pour combattre en Europe et Oona part tenter sa chance à Hollywood. 

Ils ne se marièrent jamais et n'eurent aucun enfant. »

 

Mais difficile aujourd'hui de ne pas être happé par les sirènes des réseaux sociaux, quand il s'agit de revenir sur le devant de la scène et d'assurer l'indispensable promotion. C'est ainsi que dans une vidéo, Fréd' annonce à ses « kilos-amis », qu'il revient... sur Facebook. « Malgré tout le mal que j'ai pu dire de Mark Zuckerberg [NdR : le fondateur du réseau] eh bien, il m'accueille de nouveau chez lui. Merci Mark. » Une ironie de publicitaire, qui fera sourire.

 

 

Un retour remarqué sur l'autre réseau social, Twitter, 

 

 

 

Mais qui dit retour, dit nécessairement départ : en mars 2009, l'écrivain annonçait sa mort rézosocialesque : « Il y a la même différence entre le réel et le virtuel qu'entre la vie et la mort.. Or moi, je viens de prendre une grave décision : vivre ». Et d'ajouter, du haut de ses 43 ans, à l'époque : « Quand j'avais 15 ans, j'allais au café près du lycée jouer au flipper avec mes camarades de classe. Je ne me dépêchais pas de rentrer : je leur parlais en face. Que va devenir une génération qui drague sur photos et petites annonces, exhibe sa vie privée dans les moindres détails - à côté les images de Voici sont pudiques - et préfère le virtuel au réel ? Le virtuel est le nouvel opium du peuple. »

 

Ce virtuel est l'apanage des fakes et « des frustrés, ou simplement des losers tristes et seuls, timides et respectables, auxquels on offre un mensonge, en échange d'une surveillance orwellienne de leurs habitudes de consommation. Ohé, les jeunes, sortez, discutez, bossez au lieu de vous prendre en photo toute la journée ! Vous verrez comme la réalité réchauffe », encourageait-il.

 

« Je suis le contraire de Saligner. Eh oui, c'est triste. »

 

Alors, Beig', le « contraire de Salinger » ? Evidemment : l'écrivain américain avait publié son roman L'attrape-coeurs, et s'était alors acharné à fuir les médias. Le feu des projecteurs, l'attrait de la scène, tout ça, c'est le lot de l'écrivain, qui ne manque pas sa mise en scène.

 

De nos jours, on se souvient probablement mal de Renaud Matignon, ancien critique littéraire du Figaro - support dans lequel officie également Beig'. C'est pourtant avec l'ouvrage La liberté de blâmer, réédité chez Bartillat en février 2014, que l'homme introduit sa vidéo. Le livre était originellement sorti en 1998 chez le même éditeur. D'ailleurs, Matignon s'était chargé du Feuilleton littéraire au Figaro Magazine, et Beig' s'est lancé dans la poursuite de l'exercice, au même poste.  

 

Durant trente années, le journaliste, nouveau Saint Patron beigbedien, s'était émerveillé ou apitoyé sur les publications de son époque. Ses têtes de Turc, Paulo Coelho ou Marguerite Duras ; ses enchantements, Marcel Aymé ou Antoine Blondin, rappelle l'éditeur. Et le livre rassemble les meilleures des chroniques, que Fred avait déjà saluées lors de la promotion de son livre Premier bilan après l'apocalypse. Comprendre : le livre numérique. (retrouver la présentation)

 

Chose amusante : Beigbeder avait promis « sa main dans la gueule » (si, si) au premier qu'il trouverait en train de pirater son ouvrage, Premier bilan. Sorti en septembre 2011. Le livre aurait, selon Edistat, réalisé plus de 39.000 ventes en grand format et plus de 7000 en version poche. Et entre temps, ce n'est pas faute d'avoir de nouveau vérifié ce jour, pas un seul pirate ne s'est préoccupé de mettre à disposition le livre sur les réseaux. Certainement tous effrayés par la peur des représailles.

  

De tout cela, on pensera tout, on ne pensera rien. Sinon que Renaud Matignon, critique, avait refusé de publier de son vivant, selon la légende. Donc, a priori, Beigbeder n'est ni Salinger, ni Matignon. Surtout qu'en consultant la fameuse page Facebook, on se rend gentiment compte que Beigbeder n'était jamais vraiment parti. 

 

Contacté (presque) par ActuaLitté, sur le retour annoncé de Beigbeder, Mark Zuckerberg nous explique, après une seconde d'hésitation : « Je n'ai jamais rien lu de lui. Mais j'irai liker sur sa tombe. » Bourré d'humour, le Mark...