Fréquentation : on s'en “chiffres” de tes “crisse”

Nicolas Gary - 24.11.2019

Zone 51 - Chez Wam - visiteurs plaisir livre - lecture livre fête - Montréal visiteurs salon


CARNET DE BORD – 18 litres de café, plus ou moins allongés, auront suffi à lutter contre le décalage horaire. Les quelques bières échangées dans des micro-brasseries auront plutôt eu l’effet inverse. C’est dur, un salon, on ne se rend pas compte… 2019, dernière année à la place Bonaventure, il s’est cependant passé quelque chose : dans l’ambiance, dans les ventes, dans les allées… Vraiment...


 

Au cours des trois années de couverture du salon de Montréal — tout a débuté en 2017, année où le Québec avait été mis à l’honneur au salon de Genève — les changements s’observent ostensiblement. Le premier concerne la direction du salon : Olivier Gougeon a remplacé Francine Bois, qui aura officié durant 30 éditions.

Sacrée longévité, mais dont le revers est connu : « L’habitude nous joue des tours, nous qui pensions que notre amour avait une santé de fer », chantait Maxime Le Forestier.
 

2019, la der des ders


Une manière polie de dire qu’avec les années, s’ancrent les certitudes, de plus en plus inamovibles. 2018, ce fut cette transition douloureuse : le sentiment de courir après un événement qui n’est pas totalement le sien — le directeur avait pris ses fonctions en mai, pour un événement en novembre. Court. Très. Mais l’idée de faire de ce salon une fête avait alors porté les prémices de son projet.

Puis, 2019. La patte est marquée, plus affirmée : un espace jeunesse pour répondre aux demandes des exposants. Un lieu pour présenter au public les innovations et les nouvelles technologies du livre. Il y aura des ajustements, ils se feront au Palais des Congrès en 2020. Et puis la journée professionnelle, qui devra être repensée : les sollicitations déjà considérables liées au fellowship mis en place par l’ANEL occupent déjà un temps restreint. 

Et si chacun y travaille, l’ubiquité demeure une qualité rare.

Mais voilà : 2019, je ne pourrais pas le dire autrement, il s’est passé quelque chose. Dans l’affluence, certainement, mais cette dernière ne fait pas tout. Dans la programmation, tonique, riche. Mais sur les kiosques eux-mêmes — on ne dit pas stand, au Québec, c’est un terme anglais — des petites notes, comme un supplément d’âme qui s’observait par des détails, une décoration, un habillage, une peluche, ou une tour de livres…
 
 
Ou encore, cette idée de repenser l’espace, d’ouvrir une agora centrale, à laquelle est adossé un espace café, avec des tables, des chaises. On s’arrête, on prend un peu de temps — une respiration. Pour certains, c’est plus simple encore : le premier gamin qui se pose, le mercredi matin, avec une BD et dès 9 h 30 commence à bouquiner. 
 

Comment quantifier le plaisir ?


Au point qu’à 48 heures de la fin de la manifestation, ce 25 novembre, où de nouveau les scolaires seront à la fête, on se demande si les chiffres de fréquentation serviront à quelque chose. 120.000 visiteurs en 2018, mille de moins en 2017, et quoi, 2000 de plus cette année ? Et quand bien même ce serait 5000 de plus : cette réalité numéraire ne parviendrait pas à refléter ce qui s’est passé.

Plus ironique encore : alors que les médias courent comme des fous après ce bilan comptable, ils sont incapables de l’exploiter, faute de données plus précises. Plus de femmes ? Plus de jeunes ? Plus d’attraits pour du polar ? Et cette journée dédiée aux littératures de l’imaginaire ? Combien de temps passé par visiteur sur place ? 

Effectivement, le jour où une reconnaissance faciale interviendra pour scanner le visage des arrivants, opérant non seulement une comptabilisation exacte, mais introduisant surtout une analyse complète, alors là, oui, peut-être… Mais on ne mesurera pas pour autant le plaisir ressenti — ou bien en introduisant des capteurs de dopamine, sérotonine ou endorphines. 

Ce sera bien triste, quand on en sera arrivé là.

Aussi, pour cette dernière année, s’il vous plait : prenez les chiffres, regardez-les, avec contentement ou effroi, et balancez-les à la poubelle. Comme vous le dites si bien, avec une jolie note de vulgarité qu’ignore le Français fraîchement débarqué : « On s’en crisse. » 

Velu, ajouterais-je volontiers. 


Dossier - Salon du livre de Montréal 2019 : Se raconter


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