Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Les industries culturelles veulent une offre numérique illégale

Clément Solym - 26.03.2012

Zone 51 - Chez Wam - industries culturelles - offre attractive - plateformes


C'est à n'y rien comprendre, n'est-ce pas ? Et pourtant, c'est authentique : les acteurs des industries culturelles viennent de diffuser un programme commun. Livre, musique, cinéma « s'unissent aux plateformes du numérique pour le développement d'une offre culturelle »... illégale.

 

C'est garanti dans un PDF hébergé sur le site de l'ARP, la société civile des auteurs-réalisateurs-producteurs, autant dire que cela coule de source.

 

 

 

Dans un programme commun, les différentes industries démontrent qu'elles ont tout compris à l'économie numérique, et qu'il faut donc promouvoir une offre illégale, pour inciter les consommateurs à faire n'importe quoi avec la culture dématérialisée et continuer à pirater.

 

Le programme tient en six points majeurs

  • Adapter la fiscalité culturelle à l'ère numérique (TVA)
  • Intégrer la dimension numérique dans les politiques culturelles
  • Promouvoir une régulation équitable pour favoriser une concurrence loyale entre les plateformes de distribution numérique
  • Consolider les aides incitatives à la création autour de contributions justement partagées
  • Soutenir la diffusion et l'exposition des oeuvres notamment d'expression originale française, à l'ère du numérique
  • Assurer les rémunération de la création à l'ère du numérique [sic, le ‘s' attendu pour 'rémunérations' a dû se faire la malle...]

 

Comment ? Tout cela ressemble au programme d'une offre légale ? Voilà qui est étrange... Pourtant, comment les industries, qui ont la responsabilité de la commercialisation pourraient-elles revendiquer autre chose que la création d'une offre légale ? Ou plutôt, comment serait-il possible qu'il en soit autrement ? Quel type d'offre pourrait-on envisager quand on est une industrie culturelle, que légale ? C'est-à-dire, commerciale. 

 

Parce qu'en fait, les deux termes sont synonymes : l'offre n'est légale que parce qu'elle est commercialement tenue par les industries. Légal = commercialement dépendante des acteurs des industries. 

 

Ah, mais c'est donc cela : l'industrie culturelle souhaite une offre commerciale, dont elle maîtrise les tenants et aboutissants. Quoi de plus logique ? En fait, on ne souhaite rien de légal, mais plutôt une offre qui soit commercialement et économiquement profitable aux industries culturelles. 

 

Évidemment, dans ces conditions, oui, on comprend mieux le manifeste. 

 

Dans leur communiqué en date du 23 mars, les douze organisations réunies concluent : 

 

La France a mis en place un système unique de soutien à la création et à la distribution des œuvres françaises et européennes. Le numérique est à la fois une formidable opportunité de prolonger cet avantage et une réelle menace avec l'ouverture de fait des réseaux aux acteurs non régulés.

Faute d'un engagement fort et rapide des pouvoirs publics dans le soutien des offres légales, notre spécificité risque de voler en éclat.

L'impact serait industriel avec une  fragilisation des plateformes de distribution devant faire face à une concurrence déloyale et par conséquent culturel [oui, re-Sic !] dans la mesure où elles sont le principal véhicule de la diffusion des œuvres françaises et européennes.

 

Mais... les consommateurs n'attendent que cela, une offre attractive, recommandée dans le rapport Patino, datant de 2008. Mais il faut arrêter avec cette « offre légale » qui n'a aucun sens et assumer un peu plus. Sauf que, dans le secteur du livre, une offre commercialement attractive, on est encore loin de la voir généralisée... 

 

 

PS : évidemment, ce qu'il faut comprendre, avec cette notion d'offre légale, c'est que les industries veulent combattre l'offre commerciale illégale, à la manière de ce qu'un Megaupload pouvait proposer. Personne ne se sera laissé tromper...