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La distribution d'ebooks, pas une simple histoire de clic

Ou de fric

Par Antoine Oury,Le mercredi 27 juin 2012 à 15:13:43 - 3 commentaires

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La désormais bien connue « dématérialisation » pourrait faire croire à la disparition des frais de distribution pour le livre numérique : un clic, un article dans le panier virtuel, une disponibilité immédiate et pas de risques de mal de dos... Mais le circuit de la distribution est un peu plus sinueux que cela, et loin d'être dénué d'obstacles, ou de frais.

 

Première étape pour les distributeurs de livres numériques, et non des moindres, proposer une offre la plus complète possible, c'est-à-dire adaptée à la déferlante des formats, propriétaires ou non : du PDF à l'EPUB, en passant par les fichiers KF8 et MOBI du Kindle, ou encore IBOOK pour des machines griffées Apple.

 

 

Par rapport au papier, la mise en page du livre numérique est compliquée par l'ajout de « scripts » : ce sont eux qui permettent à chaque lecteur ebook, ou tablette, d'afficher le livre numérique sans transformer sa mise en page en maelström de caractère. « Ça peut être un coup de 2 ou 3 heures s'il s'agit d'un texte très simple, par exemple L'affranchie du périphérique de Didier Daeninckx, auxquelles on ajoutera 2 ou 3 heures pour la couverture. Pour les textes à la mise en page plus spécifique, le temps de travail peut aller jusqu'à 2 à 3 semaines, pour Le jeu continue après ta mort de Jean-Daniel Magnin, ou la revue D'Ici-Là », nous explique François Bon, de Publie.net.

 

Les frais, dans ce cas, se limitent à la rémunération des codeurs et des créateurs de couverture, et aux exigences matérielles.

 

Savoir mettre les mains dans le cambouis

 

Le fichier EPUB obtenu est mis en ligne sur les différentes plateformes, selon leurs possibilités : un fichier « simplifié», dénué de fonctionnalités trop complexes, sera ainsi préféré pour les Kobo et Cybook. Les plateformes qui exigent des formats bien particuliers (au hasard, le AZW, la version propriétaire Amazon du format MOBI) fournissent des convertisseurs. Ainsi, « le fichier Mobi pour Amazon est fait par nous-mêmes, même si c'est juste quelques astuces (big secret !) à installer dans le premier epub pour optimiser les affichages Kindle, les convertisseurs proposés par les plates-formes sont assez primaires », souligne François Bon.

 

Aux éditeurs, donc, de se débrouiller, avec des bidouillages maison définis à l'usage. Mais on rencontre souvent des problèmes avec la plateforme Kobo. « Au lancement canadien, ils avaient installé des filtres pour remuscler les EPUBs imparfaits transmis par les éditeurs américains. Maintenant, les ingénieurs de Toronto se battent contre ces filtres intégrés à leur moteur de rendu – par exemple, chez nous, il y a 2 semaines textes d'Arnaud Maïsetti en diptyque de 2 paragraphes (de 70 pages, mais c'est quand même pas une exception en littérature, voir Thomas Bernhard) a été refusé par Kobo », poursuit-il.

 

Xavier Cazin, de la librairie-agrégateur Immatériel, nous explique la suite : « L'adaptation aux canaux est le fait d'Immatériel, mais les DRM ou watermarks sont posés au moment de la vente par les plates-formes chargées de l'envoi des fichiers aux clients finaux ». Même si la politique de la maison bannit les verrous de ses propres fichiers, chaque boutique impose ainsi ses conditions de vente. « Pas de frais supplémentaires en tout cas, ça fait partie des procédures standard » termine Cazin.

 

Le stockage, insoutenable légèreté des lettres ?


Une fois le fichier envoyé, on pourrait imaginer que le stocker est une des étapes les plus faciles et les moins coûteuses : on aurait raison. Immatériel répercute ainsi ses frais serveur sur sa commission de distributeur, comme nous le confie François Bon, et nous le confirme Xavier Cazin : « Nous ne nous payons que sur les flux ». Pas de frais fixes, donc, ou de barème selon le poids des fichiers, comme sur Amazon. (voir notre actualitté)

 

La commission prélevée par le distributeur dépend plutôt des téléchargements, du référencement, ou des flux de métadonnées, auxquels on ajoutera si besoin est des prestations supplémentaires comme la consultation en ligne, ou l'inclusion du titre dans l'abonnement des bibliothèques. Inutile de préciser que la visibilité estimée, et la politique adoptée par chaque distributeur impactent aussi sur le montant de la commission...

 

L'acte de téléchargement en lui-même ne génère pas de dépenses supplémentaires : c'est plutôt le paiement, via une commission bancaire (entre 2 et 5%) dont les libraires s'acquittent, ou un prélèvement effectué par PayPal, si c'est ce mode de paiement qui est privilégié.

 

« Immateriel assume ses frais serveurs sur sa commission de distributeur - le passage par Immateriel-fr n'est pas obligatoire, nous pourrions signer directement avec Apple ou Amazon, mais ce serait un véritable enfer avec les spécifcités qui changent en permanence, donc pour rien au monde nous nous passerions des services d'un agrégateur comme Immatériel. Et soit dit indépendamment de leurs autres prestations : abonnements bibliothèques et accès à distance, car tout serait beaucoup trop compliqué pour qu'on puisse le gérer nous-mêmes. Par ailleurs, ils disposent d'un backoffice très puissant pour gestion des prix, codes promo, ainsi que le "flux Dilicom" décisif pour que les libraires indépendants puissent avoir même accès à nos fichiers que les gros comme Apple et Amazon. »

 

Et puis, il ne faut pas oublier que des petits nouveaux arrivent sur le marché. Samsung, par exemple, lorgne gentiment du côté du livre numérique, et, bien entendu Google, avec son Google play, comptera demain parmi les acteurs incontournables.

 

D'un bout de la chaîne à l'autre


En faisant l'acquisition d'un livre numérique, quel montant sera crédité sur le compte en banque de son auteur ? Sur le prix brut d'un livre numérique, mettons 2,99 €, il faudra déduire la Taxe sur la Valeur Ajoutée, dont le taux est calculé en fonction de la localisation du vendeur, mais aussi de l'acheteur. Largement de quoi se couvrir d'urticaire pour les allergiques du chiffre : 0 % si c'est hors de l'Union Européenne, 3 % pour Amazon ou iTunes pour la zone Euro, du fait de l'optimisation fiscale pratiquée par ces sociétés, et bien sûr 7 % en France...

 

« D'où ma revendication de pouvoir payer les auteurs à la recette, ce qui est interdit par les lois sur la propriété intellectuelle en France, au contraire de l'ensemble des pays européens et bien sûr des USA et du Canada - c'est un vrai crève-coeur que cette aberration juridique – elle pourrait suffire à me faire transférer publie.net à Bruxelles » lance François Bon.

 

A ce titre, n'oublions pas que l'Europe n'est pas de reste. Une réunion se déroulait hier, réunissant différents acteurs européens du livre pour discuter justement des grandes problématiques de la distribution : le format, EPUB, auquel l'Europe devrait appoerter son plein et entier soutien, les DRM, la TVA, justement, et surtout l'interopérabilité. Sur ce dernier point, il ne s'agit plus simplement de l'échange entre appareils de lecture, mais des connexions possibles entre les plateformes elles-mêmes. (voir notre actualitté)

 

On constatera donc que si la distribution numérique allège considérablement les sacs des consommateurs, il n'en est pas de même de l'économie numérique, laquelle est encore pour beaucoup d'exploitants un casse-tête juridique et/ou fiscal. Dématérialisée, mais pas encore maîtrisée...

Pour approfondir



Réactions

Publié par Juliette

 

On y revient en permanence : là où il existe une chaîne éditoriale papier, quel modèle économique est aujourd'hui viable pour le numérique ? Pour quel marché ?

Écrit le 27/06/2012 à 21:48

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Publié par leto35

 

plus c'est simple pour le consommateur, plus c'est compliqué à mettre en oeuvre. C'est comme ça partout. Donc on voit qu'il reste à créer des outils pour automatiser la création des livres numériques, ce qui à terme permettra de diviser les coûts.

Écrit le 02/07/2012 à 15:11

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Publié par Renaud

 

Etrange quand même, voire incroyable, que Microsoft ne puisse pas proposer un add-on à Word pour transformer des fichiers de texte raisonnablement simples en ePub etc compatibles avec les exigences des diffuseurs

Écrit le 24/07/2012 à 22:42

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