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Histoire de lumière, de peinture et d'artistes : Rothko'round the clock

Par Nicolas Gary,Le jeudi 15 novembre 2012 à 14:52:02 - 0 commentaire

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ISBN : 978-2-330-00934-2

Prix eBook :

Prix papier : 201 pages

Pages : 19 €

Editeur : Editions Jacqueline Chambon

Traduit de : Delphine Valentin

Traduit par : espagnol

Retrouver La lumière est plus ancienne que l'amour de Ricardo Menendez Salmon sur la librairie de ActuaLitté

Peindre une femme avec une barbe, lui donner le nom de Marie, et en faire la mère du Christ, voilà qui n'est pas pas particulièrement judicieux. Et moins encore lorsque l'époque vibre au son des bûchers que dresse la Très Sainte Inquisition - et des cris des condamnés pour hérésie. Mais le peintre Adriano De Robertis, dans son donjon de Sansepolcro, a pourtant bien mis la dernière note à son oeuvre, insupportable pour Pierre Roger de Beaufort, futur Pape Grégoire XI, qui lui demande de l'abjurer. 

 

Hors de question, pour le peintre, qui revendique une totale liberté de création, loin des icônes classiques et des représentations aussi édifiantes que lénifiantes. Pour rendre hommage à son fils mort de la peste, sans que Dieu n'ait bougé le petit doigt, le peintre a décidé de donner libre cours à son imaginaire, et de mettre au monde cette vierge à barbe. Les Freaks n'étant pas encore à la mode, pas plus que les montreurs de monstres, le peintre finira en exil, loin de la peinture, de la création, et de la liberté d'expression…

 

C'est ainsi que Ricardo Menéndez Salmon prend pour prétexte ce tableau pour entamer l'écriture de cet objet insolite, qui flirte avec l'essai, mais dépasse pourtant de loin les cadres usuels du roman. Car le livre repose sur une mise en abîme première : celle d'un jeune étudiant, Bocanegra, qui prend pour prétexte lui-même un exercice scolaire de composition littéraire, pour raconter son histoire d'écrivain. En 1989, il n'a alors que 18 ans, et s'apprête à découvrir une fulgurance poétique autant qu'artistique, quand au XIVe siècle, elle n'était qu'une expression païenne, "Lux antiquior amore". 

 

Pour De Robertis, c'est une belle phrase ; pour Bocanegra, c'est tout un art poétique qui débute. Et Ricardo Menéndez Salmon en fait ainsi un manifeste pour la peinture, un éloge de la lumière et du regard - de la création dans ce qu'elle a de plus inaliénable. Et indépendante de toutes contraintes.

 

 

Ricardo Menendez Salmon

 

 

Pour Salmon, l'attention se concentre sur le peintre Rothko, et il ouvre sur un texte qui est à la fois biographie, essai pratique et éloge du peintre et de son travail. Pourtant, c'est bien l'histoire de Bocanegra l'écrivain qui s'écrit, et s'achèvera en 2040, face au roi de Suède, en auteur traversé par la lumière et nécessairement, la peinture. Ce sera ainsi la rencontre à travers les siècles d'un peintre qui s'était affranchi des chaînes traditionnelles, d'un auteur de romans pénétré par la lumière et d'un peintre du XIXe siècle obsédé par elle. Quelque chose de magique, ou comment une alchimie séculaire et un secret jeu de correspondance se dessine.

 

Les relations indirectes entre ces hommes et leurs vies serpentent au fil de la plume experte, dans une langue qui à elle seule est tout un spectacle. Rompant les attentes, ce sont des niveaux de langage étonnants que l'on retrouve, avec parfois des incises de vulgarités très bien senties - et mieux venues encore. La traductrice a su transmettre toute la vitalité d'un beau texte, riche et profond. 

 

Véritablement insolite, tout aussi passionnant que bien documenté, cet improbable roman, même la mort - le suicide, veines ouvertes, et coup de pistolet à tracer le crâne - de Rothko n'apparaît pas comme une fin, mais bien une ode à la vie. Celle que l'on peut observer, et que l'on a pu découvrir même avant que l'amour n'existât. C'est une existence rêvée et inatteignable, qui pousse au suicide, dans l'absolu de l'artiste ; l'impossibilité de trouver sa place, avant que l'oeuvre ne soit réalisée, mais pas plus après, prend tout son sens. 

 

Le créateur n'existe humainement qu'à l'instant même de la création, exprimant alors pleinement sa liberté propre. Avant, comme après, sont des temps de néant. 

 

Seul regret, très personnel : une couverture aux couleurs tristes, d'un jaune vieilli, voire usé, qui n'attire ni l'oeil ni ne donne à la gravure de ce Christ la mise en valeur nécessaire - alors qu'un homme déguisé en femme (ou une femme à barbe) crucifié, semblait une idée assez bonne. Un peu éloignée du texte, certes : Rothko n'est probablement pas si accessible...    

 



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