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Braderie de livres : Respecter la loi Lang... avec quelle déontologie ?

Par Contributeur, le vendredi 25 novembre 2011 à 12:04:00 - 6 commentaires

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Suite aux différents articles que 'ActuaLitté' a publié concernant la Braderie des beaux arts, les réactions ont été multiples. Un libraire a souhaité publier dans nos colonnes une Tribune, que nous reproduisons ici dans son intégralité. Il y sera moins question de possibles indélicatesses avec la loi Lang que d'une idée assez complexe, et peu en vogue : la déontologie...


 

Respect de la loi Lang ? Est-ce vraiment là le fond du problème ?


Le flous entourant la commercialisation des défraîchis et leur définition (cf. opuscule du ministère sur le prix du livre que Diane de Sellier ou son conseil reprend mot à mot dans sa lettre ouverte) ne peut que faire l'objet de longues polémiques.

 

Mais, qu'une profession à l'ombre de son syndicat organise au détriment de son propre réseau commercial une braderie solennelle durant la période la plus propice aux ventes vous paraît-il déontologiquement correct ? Mais fallait-il quitter l'ENSAB, pour cette braderie, et se réfugier au Musée de l'armée pour faire oublier que, si le Syndicat National de l'édition n'est pas organisateur de cet événement, les éditeurs y prenant part en sont membres ? [1]


Lorsque l'on lit les propos d'un éditeur qui se targue d'amener, lors de ces événements, non pas une clientèle amateur de soldes, mais bien des passionnés de livres d'art [2], l'on se demande quelle clientèle fréquente alors les librairies toute l'année et particulièrement en cette période ?


Lorsque l'on se rend à ces précédentes braderies, l'on note qu'elle est fréquentée effectivement par des personnes connaissant parfaitement le sujet, qui sont captifs et savent de quoi elles parlent tant sur la disponibilité des titres que sur leurs prix.

 

 

Une partie est représentée par des professionnels (bouquinistes, web-librairies, libraires d'occasion, libraires soldeurs) une autre par les amateurs de livres d'art qui, s'il n'avait pas l'occasion de se fournir ainsi, iraient volontiers chez leur libraire sans se poser la moindre question.

 

Ces braderies sont donc en concurrence directe avec le libraire (et le diffuseur !) qui, à la suite, passe pour un voleur compte tenu des prix qu'il pratique. Qui dans le grand public, connaît la « Loi Lang » ?


À chacun son métier surtout lorsque nous avons à faire à des périodes de crise. Les éditeurs éditent, les libraires vendent. Si l'un empiète sur le territoire de l'autre, l'ensemble du réseau s'éteindra.


Ne vous êtes-vous jamais posé la question du pourquoi de l'abandon des deux ou trois braderies qu'organisait il y a quelques années la Réunion des Musées Nationaux ?


Si les éditeurs veulent élargir leur clientèle aux étudiants en leur offrant des titres à moindre prix c'est très honorable, mais il y a des moyens autres que la braderie pour le faire (braderie très peu fréquentée par cette clientèle) : remettre en vente l'ouvrage à un prix réduit sur l'ensemble du réseau en respectant la législation, à terme ou au pire, le retirer de la vente et le confier le solde à un soldeur.

 

Mais qu'un éditeur offre en direct des « soldes » de ces titres en maintenant l'ouvrage au prix fort dans le circuit traditionnel, même pour aider les étudiants, n'est pas admissible tant légalement que déontologiquement, que ce titre ait un copyright de plus de deux ans ou non.

 

 

[1] Le SNE a expliqué à ActuaLitté qu'il n'était en aucun cas organisateur de cette opération. Cependant, compte tenu de son rôle, il a souhaité aider les éditeurs en leur rappelant les règles à applique, en regard d'une législation parfois délicate à interpréter sur la question des défraîchis.

[2] Monelle Hayot, citée dans Livres Hebdo,  présidente de l'association Mille feuilles : « nous mettons six ans à réaliser un livre qui ne reste que peu de temps sur les tables des libraires. Cette braderie nous permet d'atteindre notre public: les étudiants en histoire de l'art qui n'ont pas les moyens d'acheter nos titres au prix fort. »

 

 

La Braderie doit se tenir au Musée de l'armée, les 3 et 4 décembre prochain.

 

Contacté par ActuaLitté, le Musée n'avait pour le moment absoluement pas entendu parler de cet événement.

 

En revanche, nous avons appris que le Syndicat de la Librairie Française prendrait part à la prochaine réunion des éditeurs d'art et de beaux livres, organisée au SNE. Le SLF a diffusé une mise en garde à l'endroit des éditeurs, pour leur signaler qu'il serait particulièrement vigilant à toute infraction possible à la législation.

 

Mise à jour :

Quelques minutes après la publication de cette tribune, le Musée de l'armée vient de nous explique que l'information n'avait pas encore été propagée dans tous ses services. La Braderie aura bien lieu, Salle Turennes, précisément, et le Musée disposera d'un stand au titre d'éditeur. Cependant, il n'est pas du tout organisateur, et n'avait pas eu vent des polémiques actuelles.

 

Ou du moins, assure que de son côté, ce seront des ouvrages anciens qui seront bradés. Sans libraire.

Par Contributeur, le vendredi 25 novembre 2011 à 12:04:00 - 6 commentaires

Mots clés :
Braderie - libraires - concurrence - soldes

Réactions

Publié par NathB

 

Ce que vous dites au sujet des "amateurs de livres d'art qui, s'il n'avait pas l'occasion de se fournir ainsi, iraient volontiers chez leur libraire sans se poser la moindre question." est faux. Je suis amatrice d'art et donc de livres d'art. J'achète à la braderie des livres d'art qui sont, soit des catalogues d'expos dont je ne veux plus payer le prix fort, trop fort, catalogues qui, par définition, se défraichissent très vite, soit des bouquins un peu pointus que je n'aurais jamais cherchés et jamais payé à leur prix fort. Cette braderie me donne donc l'occasion de lire des livres que je n'aurais jamais achetés à leur prix "normal", qui ont été diffusés confidentiellement et ne le seront jamais plus, ou qui sont un peu obsolètes. Ce sont en quelque sorte des cerises sur le gateau, en aucun cas le gateau lui-même. Votre combat contre cette braderie me semble juste ridicule, dans la mesure où il s'agit d'un événement extrêmement limité, unique dans l'année et où l'immense majorité des gens y achètent des livres qu'ils n'auraient pas acheté ailleurs. Ca me semble mille fois plus sensé de finir ainsi la vie des livres plutôt que les mettre au pillon. La déontologie c'est bien, le bon sens c'est pas mal non plus.

Écrit le 25/11/2011 à 14:04

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Publié par jielle

 

tout à fait d'accord avec ce que dit Nathb.
si nous allons à cette braderie c'est pour acheter des livres d'art que jamais nous n'irions acheter au prix fort.
Plusieurs fois cela m'a donné l'occasion d'acquérir ultérieurement des livres complémentaires sur tel ou tel sujet.
Votre combat est d'arrière-garde et vous le savez bien. Que ferez-vous devant les tablettes électroniques qui permettent de lire des livres gratuitement sur tel ou tel site ?
Bonnes fêtes tout de même. Les libraires auront d'autant plus d'aura qu'ils sauront conseiller et attirer le lecteur, c'est ce qui les différencie d'une braderie.

Écrit le 25/11/2011 à 23:33

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Publié par gnerval88

en réponse à NathB  

JE SUIS ENTIEREMENT D ACCORD AVEC VOUS
LA DOCUMENTATION EST TRES IMPORTANTE ET L ON NE PEUT PAS L ACHETER AU PRIX FORT NOS FINANCES NE SONT EXTENSIBLES..

Écrit le 26/11/2011 à 08:31

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Publié par imbernon

 

Je suis éditeur et libraire en particulier de beaux livres spécialisés en architecture (www.editionsimbernon.com). Je pense en effet que le bon sens a depuis longtemps disparu de la chaine du livre comme de beaucoup d'autres lieux d'ailleurs! Depuis 10 ans que nous y travaillons, plusieurs constats:
- faire un livre d'art coûte cher car il y a auteur, photographe, graphiste, photogravure, papier particulier, reliure etc. Qui dans le public se préoccupe de reconnaître et d'apprécier les qualités de ce travail effectué par l'éditeur?
- le prix de vente public en est élevé et donc les livres d'art ne sont pas sur les rayons des librairies car le fonds composé de ce type d'ouvrage ne représentant que 30% dans le meilleur des cas ne peut pas présenter l'ensemble de ces ouvrages et du coup fort peu de libraires même connaissent la large production de ces titres... qui n'intéressent pas la majorité de leur clientèle... qui du coup en connait encore moins... sauf qu'aujourd'hui grâce à internet ça change!
- Nous mêmes publions 1 titre par an en moyenne à 45€ : les libraires estiment qu'à partir de 30€ c'est cher pour le client... c'est en effet certainement plus difficile à vendre et donc la rotation des livres en magasin plus lente forcément... et donc pas viable économiquement.
- il n'y a que les livres de littérature qui sont vendus avec une réelle marge bénéficiaire pour l'éditeur (le coût de fabrication n'a rien à voir avec un livre d'art) appuyé à un conséquent soutien médiatique : eux permettent ainsi une rotation rapide au libraire... indispensable pour sa trésorerie.
- les baisses de prix pratiquées par les éditeurs durant l'année sont souvent difficiles à gérer par le libraire : l'information ne lui arrive pas directement.
- la crise aujourd'hui a déjà fait baisser la production de livres : est-ce que le livre ne va pas devenir soit très cher soit bon marché?
- il me semble donc que si l'éditeur veut cibler les étudiants, il n'a qu'à éditer des ouvrages au prix public adapté au budget des étudiants...
- un beau livre vendu à son prix me paraît être ce qu'il y a de plus sain! je ne suis pas d'accord pour brader le travail des chercheurs, des graphistes, des imprimeurs etc. (car l'éditeur ne travaille pas seul!) d'autant que l'accès à la culture aujourd'hui peut se faire de différentes façons pour celui ou celle qui en a envie... à condition bien sûr aussi que ces beaux livres soient aussi en bibliothèque!
- enfin la loi Lang fait reposer le prix de vente à l'éditeur alors que c'est le diffuseur qui négocie la remise au libraire car entre l'éditeur et le libraire il y a plusieurs intermédiaires... mais Hachette,ou Gallimard, ou Actes sud... par exemple est éditeur, diffuseur et distributeur...
- regardons ailleurs : les cinémas ont diminué, pas le prix des places et la distribution des films est pour moi difficile à comprendre... sauf à se servir sur le net.
- en conclusion, le prix unique du livre c'est la partie visible de l'iceberg qui camoufle tous les enjeux... ce genre de braderie les met au jour, c'est peut-être aussi un mal pour un bien? que cela ne nous décourage pas de lire... pour pouvoir mieux débattre.

Écrit le 26/11/2011 à 11:40

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Publié par Nicolas Gary

 

@jielle : plaignez-vous des prix de vente auprès des éditeurs.
mais il ne peut pas être question de franchir une législation, quand ça arrange, et de la respecter - ou de promouvoir son respect - dans le même temps.

Combat d'arrière-garde ? le respect des libraires ? je trouve la réflexion bien éloignée des réalités.

@gnerval88 personne ne dispose de finances extensibles : réclamez donc des versions numériques moins onéreuses, et consultables plus facilement !
Ou rendez-vous en bibliothèque.

Écrit le 26/11/2011 à 12:45

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Publié par quidam

 

N'importe quel commerçant soumis à une loi du prix unique trouverait injuste (illégal, en fait) que ce qu'il propose dans sa boutique soit vendu ailleurs à prix cassé, même "une seule fois par an". Il y a quand même un vrai paradoxe qui méritait d'être soulevé.

Ma bourse d'étudiante ne m'a jamais permis d'acheter des Pléiades, mais rien ne m'interdisait de les consulter en bibliothèque.
Que l'éditeur se plaigne d'un circuit qui ne lui permet pas d'écouler ses stocks, soit. Que le consommateur se plaigne d'un circuit qui ne lui permet pas d'acheter au quotidien des livres d'art, soit. Que le libraire se plaigne que son travail soit court-circuité par ce genre d'action, c'est aussi légitime.

Conclusion : le réel problème, ce n'est pas que les pratiques de cette braderie soit dénoncées. Le problème, c'est que la loi n'est pas respectée, parce que probablement mauvaise.

Ne vous trompez pas de cible.

Écrit le 26/11/2011 à 13:11

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