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Baisse de prix des livres Gallimard en Afrique : les auteurs sollicités

Chacun à sa mesure ?

Par Nicolas Gary,Le jeudi 03 janvier 2013 à 14:22:33 - 1 commentaire

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Information ActuaLitté : L'année 2012 est à peine achevée que l'on remarque déjà, ici ou là, quelques petites choses qui se poursuivent. En effet, plusieurs auteurs publiés chez un prestigieux éditeur de la place parisien, et sis rue Gaston Gallimard, nous ont fait part d'une clause dans leur contrat, pour le moins étonnante. Cela concerne tout à la fois les auteurs jeunesse, et ceux qui publient de la BD - chez Futuropolis, entre autres.

 

 


Antoine Gallimard, au micro

 

 

C'est pour encourager le développement des ventes d'oeuvres dans les pays africains, découvre-t-on, qu'un certain aménagement a été mis en place. « c'est une clause insérée dans les contrats types depuis quelques mois », nous assure le service juridique de la maison, et introduite à la demande de Jean-Charle Grunstein, directeur Export chez l'éditeur.

 

Dans les textes, cela donne : 

IV. — a) pour prix des droits d'édition cédés ci-dessus, l'Éditeur paiera à l'Auteur pour chaque exemplaire vendu, un droit sur le prix de vente au public (hors taxes) fixé par l'Éditeur de deux et demi pour cent (2,5%).
b) Pour toutes versions au format numérique de l'ouvrage, exploitées directement par l'Éditeur ou par un tiers pour le compte de l'Éditeur, sur tout support, sur tout réseau numérique et par tout procédé de communication au public actuel ou futur, l'Auteur percevra un droit de deux et demi pour cent (2,5%) du prix hors taxes payé par le public. 

c) De convention expresse avec l'Auteur, il est décidé qu'afin de rendre accessibles aux pays du continent Africain à faible pouvoir d'achat, la littérature et la culture françaises de même que d'y maintenir et y faire prospérer i'usage de la langue française, l'Auteur recevra le droit fixé en a) ci-dessus, diminué de 50%.
Toutefois, il est expressément convenu que le prix public hors taxe pratiqué en France constituera l'assiette de calcul de cette rémunération. [Extrait contrat Gallimard Jeunesse, pour des albums illustrés NB: les droits sont partagés entre illustrateur et auteur]

 

Et dans la version Gallimard BD

 

 

 

Une manière, donc, de promouvoir la francophonie, mais qui n'est pas du goût des auteurs qui ont contacté ActuaLitté. « Il est facile, pour l'éditeur, de promouvoir la francophonie et nos oeuvres, si cela se fait sur le dos des auteurs, qui sont littéralement sanctionnés sur leurs revenus. Mais cela n'a aucune incidence pour les oeuvres ; de fait, ça fait le jeu de la maison, qui peut se gargariser d'une largesse vis-à-vis des pays du continent africain, bien entendu. Il faut quand même garder à l'esprit que seul l'éditeur profite de ce coup de publicité », nous précise un auteur, préférant rester anonyme.

 

De même, au rayon BD, on n'est pas plus enthousiastes, sachant que la clause est apparue avec une certaine discrétion, nous précise-t-on. « J'apprécie tout particulièrement la formulation « de convention expresse avec l'Auteur » qui n'a rien à voir avec la réalité. Personne ne m'a demandé mon avis ! »

 

Favoriser les ventes dans les pays africains

 

Contacté par ActuaLitté, Jean-Charles Grunstein dit : « Cette clause avait pour but de clarifier une situation qui devenait ingérable pour nous. » C'est qu'originellement, les éditions Gallimard réalisent régulièrement des opérations de promotion pour leurs titres, en baissant les prix, « pas systématiquement, mais de manière très suivie ». Des baisses de prix de 40 à 50 % voire plus, pour favoriser les ventes dans les pays africains. 

 

« L'éditeur fait un effort sensible, le diffuseur et le distributeur acceptent également cette situation, puisque leur commission est indexée sur le prix de vente public. Compte tenu de l'importance des diminutions de prix, il était nécessaire de demander aux auteurs leur participation. Jusqu'à présent, nous faisions des demandes écrites aux auteurs, mais ce cas par cas était trop compliqué à gérer : il nous était impossible d'en assurer le suivi. » 

 

Une clause, plutôt qu'une multiplication d'avenants

 

Pour appliquer des baisses de prix, sans avoir à solliciter les auteurs en permanence, et en s'assurant qu'elles soient prises en compte, il fallait donc trouver une solution efficace. « C'est pourquoi, nous avions considéré que, plutôt que faire signer des avenants aux contrats, nous pouvions introduire cette clause pour généraliser et simplifier cette situation. »

 

Les ventes en Afrique restent cependant modestes, assure Jean-Charles Grunstein, bien que certaines collections ou des titres spécifiques connaissent une belle réussite - accompagnée de baisse de prix systématiques, comme c'est le cas pour Continent noir. Ou dans le domaine de la BD, la série Aya de Yopougon, scénarisée par Marguerite Abouet et Clément Oubrerie, qui est aussi au dessin. 

 

« La clause n'est sans doute pas assez explicite, mais c'était le seul moyen clair de régler cette situation. Nous avons peut-être mal expliqué aux auteurs la situation. Les auteurs que nous avions jusqu'ici contactés en direct pour leur expliquer notre démarche, ont toujours accepté cette demande, mais nous avons pu avoir avec eux un vrai dialogue pour qu'ils comprennent notre position. »

 

La clause ne s'applique qu'aux ventes dans les pays africains ; elle a été généralisée à l'ensemble des contrats, tous genres confondus. Toutefois, « elle est proposée de manière facultative dans nos contrats, certains auteurs refusent de la signer », nous précise Jean-Charles Grunstein.

 

Nous n'avons pas pu savoir si cette clause serait étendue aux ouvrages publiés chez Flammarion, groupe récemment racheté par la maison Gallimard.

 

 

Pour approfondir =>

SGDL : une nouvelle expression du droit d'auteur avec le numérique 

Contrats numériques :exception culturelle française et danger du copyright

 

Pour approfondir



Réactions

Publié par et le canada ?

 

4% du prix de vente pour le canada, n'est-ce pas aussi la moitié des minuscules 8% concédés comme une largesse par cette entreprise vampire qu'est le monde de l'édition ? Nous prend-on vraiment pour des imbéciles ? Le canada, est, il est vrai, un pays sous développé où abondent famines et pandémies.
Cette clause est tout simplement scandaleuse.

Écrit le 03/01/2013 à 15:54

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