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Depuis Agen, la librairie familiale Martin-Delbert contre Amazon

Les pruneaux vont siffler...

Par Antoine Oury,Le vendredi 04 janvier 2013 à 17:33:02 - 7 commentaires

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Prendre en note l'histoire de la librairie familiale Martin-Delbert fait penser aux grandes sagas familiales style Rougon-Macquart. Les Martin-Delbert sont installés à Agen depuis le XIXe siècle, et les murs de la librairie familiale dressés depuis l'année 1890. Pourront-ils faire barrage aux politiques fiscales et de dumping du géant du e-commerce Amazon ? Père et fils, qui tiennent la boutique, s'en inquiètent.

 

 

 Amazon Box packing lying around the table

Vinu Thomas, CC BY-NC-SA 2.0

 

 

La révolution industrielle a offert à la librairie Martin-Delbert sa place au coeur de la ville d'Agen, ce serait bien un comble que la mondialisation en vienne à bout : d'autant plus que chaque membre de la famille a tenu le commerce à bout de bras, avant de le passer au successeur. Entre les deux guerres, la librairie plafonne à 100 m², vend des livres et articles religieux.

 

En 72, c'est la mère de Frédéric Delbert, actuel gérant en compagnie de son père Jean-Pierre, qui s'occupe de la boutique, 65 à 70 heures par semaine. 1980, année bénie pour la librairie, avec le prix unique du livre : « C'est à ce moment-là que mes parents ont pu sortir la tête de l'eau » se souvient le fils. Et les plans s'accumulent : 200, 400, 600, 1000 puis 1500 m² en 2009 : on connaît des établissements plus à plaindre, a priori.

 

Et pourtant : « Mes parents ont connu la concurrence de la vente à distance avec La Redoute ou France Loisirs, mais le livre n'y atteignait jamais des proportions inquiétantes. » Le commerce en ligne dispose toutefois d'une autre arme, psychologique : « Le plus incroyable, c'est que notre exception culturelle, le prix unique du livre, n'est pas connue du grand public, alors qu'il s'agit de notre arme contre Amazon. »

 

7) La survie de votre centre-ville :
Une ville ne survit que grâce à son animation commerciale et culturelle. En tant que client, vous en êtes un des acteursessentiels : Prenez-en conscience ! Votre centre-ville c'est le forum des Romains ou l'Agora des Grecs : c'est un creuset indispensable au vrai lien social. Votre libraire est au centre-ville et en est un des animateurs vitaux avec des libraires en chair et en os pour vous conseiller et vous accueillir. C 'est autre chose qu'un entrepôt logistique avec lequel vous dialoguez par écran interposé.
8) Etes-vous vraiment un hyper-capitaliste ?
Amazon, c'est 48 milliards de $ de chiffre d'affaires. Avez-vous vraiment envie d'apporter votre obole
à ce géant qui essaie par tous les moyens de vous lier à son business (tablette numérique non ouverte, déréférencement des éditeurs qui n'accepteraient pas leurs conditions, etc….) et qui de plus se comporte en spécialiste de l'évasion fiscale légale et organisée?

 

Face à l'Etat-Janus

 

Le libraire déplore également  « le double message » de l'État, qui critique les pratiques fiscales du site de e-commerce tout en lui accordant des subventions pour chaque emploi créé. « D'autant plus que ces cadeaux fiscaux faits à une multinationale finissent par impacter les prélèvements du citoyen » ajoute-t-il.

 

La librairie Martin-Delbert accueille désormais du numérique, avec des tablettes Bookeen vendues sans marge et une bibliothèque numérique fournie par Tite-Live, « surtout pour ne pas renvoyer les gens chez Amazon ». Mais les clients se font aussi rares à cause de l'urbanisme local et d'une accessibilité du centre-ville « compliquée, en tout cas loin d'être logique ».

 

Pour Frédéric Delbert, la tribune est un moyen de soutenir le Syndicat de la Librairie Française dans ses requêtes auprès du ministère, et il ne s'attend pas à grand-chose de plus. Lorsque l'on évoque une mobilisation plus importante des librairies françaises, il craint la contre-productivité d'une démarche similaire à celle des librairies britanniques. Le groupement « Les libraires, ensemble », dont la librairie est membre, devrait toutefois discuter de la question lundi, à l'occasion d'un rassemblement...

 

Pas de crise, mais presque...

 

 

Tribune de la librairie Martin-Delbert d'Agen contre Amazon

Pour approfondir



Réactions

Publié par Auteur_qui_aimait_autrefois_les_libraires

 

Un petit village gaulois contre l'envahisseur ?
Non, parce que, contrairement à nos valeureux et touchants ancêtres incarnés par Asterix et consorts, guerroyant contre Rome, les libraires sont bien loin de cette image d'Epinal.
Je fus un apôtre de la première heure, lecteur assidu, voyant ce métier comme un sacerdoce et je passais des heures dans ces cavernes d'Ali Baba.
La déception à été à la hauteur de ma passion pour ces passeurs du livre, comme ils aiment à se nommer.
Aujourd'hui, la plupart se comportent en épicier : logistique, carton, informatique, tiroir-caisse ... sans consacrer le temps voulu aux conseils aux lecteurs. Pis, ils se ressemblent tous, amassant les best-sellers sur les tables les plus strategiques comme des pots de confiture.
Alors qu'ils devraient, au contraire, faire la part belle aux petits éditeurs et aux auteurs méconnus.
Alors, pourquoi pas Amazon ?
Livraison sans frais, en 48h la plupart du temps et l'assurance de trouver quasiment tous les livres. Oui, parce que le si vilipendé Amazon référence les petits éditeurs et même les auteurs auto-édites.
Demandez donc à un libraire de faire de même !
Internet est une lame de fond que tous les libraires du monde n'arrêteront pas.
Amazon ou un autre ... demain les éditeurs en direct, à terme les auteurs eux-mêmes, le livre se vendra de plus en plus ainsi. Parce que tout le monde n'habite pas juste à côté d'une librairie.
Je continuerai à acheter mon pain ou ma viande auprès des petits commerçants de mon quartier, mais pas mes livres. Parce que le boulanger et le boucher produisent de façon artisanale.
Le libraire ne produit rien, il n'est qu'un intermédiaire de plus. Ce n'est pas parce qu'il vend un produit culturel qu'il est plus digne d'éloges qu'un épicier ou qu'Amazon.
D'ailleurs, toute la chaîne de l'édition est à revoir. Combien de temps les auteurs vont-ils encore accepter d'être les dindons de la farce, étant les moins rémunérés de toute la chaîne ?
Quant à Amazon, la seule chose qu'on puisse lui reprocher, c'est effectivement de toucher des subventions alors qu'il essaie de se soustraire à l'impôt.
J'espère qu'on arrêtera de tenir ce discours lénifiant et bien-pensant vis à vis des libraires ... n'oubliez pas qu'à chaque livre vendu, ils perçoivent 3 ou 4 fois ce que perçoit l'auteur !
Qui partage mon opinion ?

Écrit le 05/01/2013 à 18:41

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Publié par Moggio

en réponse à Auteur_qui_aimait_autrefois_les_libraires  

Je connais trop peu la fameuse "chaîne du livre" (inclut-elle bien le ou les lecteurs ?...) pour partager, en connaissance de cause, votre opinion mais je trouve que cette dernière est intéressante.

Écrit le 08/01/2013 à 19:33

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Publié par patbad

en réponse à Auteur_qui_aimait_autrefois_les_libraires  

Haro sue les libraires! Ces commerçants dégueulasses qui n'emploient qu'a hauteur 15 à 20%(ou plus)de leur CA, qui payent des loyers de centre ville exorbitants, qui ont les frais de transport aller et retour à leur charge, et qui ont l'outrecuidance de vouloir vendre les livres qui se vendent bien plutôt que les quelques rares livres "intellectuels" et "pointus" produits à compte d'auteur ou par de petits éditeurs illuminés qui demandent en plus des frais de port, et font une remise misérable aux librairies! On croit rêver! Qui êtes vous pour oser juger, tancer, et régler leur compte aux libraires? Un auteur en mal de manuscrit? Un scribouillard raté? On ne vend pas vos livres peu engageants et insipides? Et vous osez critiquer les éditeurs qui font un travail de lecture, sélection, et coup de cœur, pour proposer des livres intéressants et qui plaisent au public?
Allez vous faire voir chez les Grecs!! avec vos affirmations fumeuses sur Amazon! Vous n'avez pas vu leurs procédés pour déréférencer les éditeurs qui ne leur font pas assez de remise, demandez donc aux Anglais ce qu'ils en pensent maintenant qu'ils lancent des boicots

Écrit le 08/01/2013 à 21:16

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Publié par patbad

en réponse à Moggio  

Votre réaction, plus mesurée et intelligente que celle du dit "Moggio" mérite une information plus complète qui suit:

Dans des tribunes publiées le 4 janvier par Livres Hebdo (voir aussi notre actualité du 3 janvier), Frédéric et Jean-Pierre Delbert, de la librairie Delbert à Agen, d'une part, le Syndicat des distributeurs de loisirs culturels d'autre part, dénoncent les pratiques du géant de la vente en ligne et les contradictions des politiques.

En Suisse, Pascal Vandenberghe, directeur général des librairies Payot, a lui aussi décoché ses flèches. «Après les enquêtes, déjà anciennes, dénonçant les pratiques "sociales" d'Amazon […], et maintenant ces redressements fiscaux dans plusieurs pays européens, la réalité des conditions de travail de ses salariés (intérimaires, pour la plupart) et du manque à gagner pour les Etats devrait attiser la curiosité des internautes sur ce qui se passe derrière l'écran», écrit-il dans une tribune publiée par le journal suisse Le Matin dimanche le 30 décembre dernier.

Interviewé dans Libération du 8 janvier, Renny Aupetit, directeur associé de La Générale Librest, défend la mutualisation face à Amazon: «Il est encore temps de résister. Internet est arrivé il y a vingt ans et ne représente que 11% du marché du livre. Le problème, c'est la position de force d'Amazon, qui pèse 60% des ventes par Internet. Ce n'est que 6,6% du marché français, mais Amazon a révolutionné les attentes. Les gens ne comprennent plus aujourd'hui qu'il faut plus de deux jours pour acheminer un livre!»

En Grande-Bretagne, des libraires et plusieurs journaux (dont Ethical Consumer) ont lancé en décembre une campagne appelant à boycotter Amazon au profit des librairies qui, elles, s'acquittent de leurs impôts.

Voilà! tirez-en des conclusions et un avis pertinent.

Écrit le 09/01/2013 à 10:49

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Publié par pimpin

en réponse à Auteur_qui_aimait_autrefois_les_libraires  

les opinions bien fondées sont respectables et celle de Moggio est bien trop représentative de l'attitude du grand public pour la traiter par le mépris ou l'agressivité. Mais on peut quand même y ajouter quelques éléments d'information.

1. comparer ainsi ce que touche un libraire à ce que touche l'auteur est un errement, excusable,certes: c'est la même chose avec le lait versus le camembert ou les tomates versus la pizza. Il est un fait avéré que les marges des libraires sont les plus faibles de toutes les branches du commerce (0,2% de marge nette et de l'ordre de 33 % de marge brute - à comparer aux 450 % de marge brute à l'autre bout de la fourchette, les opticiens/conseils auditifs). D'où des salaires en librairie identiquement au plus bas de l'échelle et qui ne sont compensés que par la passion-métier pour la plupart des libraires compétents.

2.Il y a des incompétents dans tous les métiers, mais s'occuper de vendre des livres peu demandés suppose évidemment qu'on vende aussi les livres les plus demandés: la faute à qui quand la demande ne correspond pas à une certaine attente élitiste ou élitaire? Voyons un peu du côté de la presse, des média, les plus gros prescripteurs qui soient. Quand les libraires se font prescripteurs cela donne des succès comme "l'Elégance du Hérisson" ou "la Liste de mes Envies"... auxquels il ne faudra pas ensuite venir reprocher d'être des best-sellers! Mais je n'ai pas honte de recommander un Marc Levy à une personne qui me demande une histoire romantique pas trop difficile: donner du plaisir de lecture est le premier pas vers une demande plus pointue.

3. Amazon n'est jamais qu'un libraire comme les autres - il ne supprime pas d'intermédiaire et négocie des marges bien plus importantes avec les éditeurs, vu sa position dominante. En ce sens on peut dire qu'il appauvrit d'autant ce qui reste pour l'auteur.

4. Il n'est pas besoin de renoncer à la commodité du commerce sur internet quand on décide de donner la prime à la diversité et au civisme. Beaucoup de libraires indépendants ont des sites "marchands" dont l'offre est tout-à-fait comparable à celle d'Amazon, puisqu'aussi bien ils s'alimentent aux mêmes sources documentaires. Il y a même un site, www.leslibraires.fr qui regroupe une trentaine de libraires fort divers et qui peut se targuer de détenir ainsi, par mutualisation, le nombre de références en stock immédiatement livrables le plus important de France - plus de diversité donc qu'Amazon ou la Fnac. Quant aux frais d'envoi, beaucoup de libraires les offrent à partir d'un certain montant ou, comme par exemple quartier latin à Nice, les bonifient en bons d'achats.

4. Reste donc la question des frais d'envoi. Un libraire "normal" peut difficilement supporter le coût des frais postaux, surtout quand la France est parmi les seuls pays d'Europe à avoir supprimé le tarif "livres". plutôt que d'ergoter autour d'une prétendue défense d'offrir des envois gratuits ou à coût réduit, défense dont on a du mal à envisager le mécanisme juridique, nos gouvernants feraient peut-être bien de réintroduire un tarif postal particulier tel qu'il existe ailleurs en Europe, qu'il pourrait par exemple réserver aux libraires bénéficiant du label LIR - ce qui remettrait à peu près les libraires indépendants à égalité avec les tarifs bradés qu'Amazon a négociés avec la Poste - établissement public, un comble!

Écrit le 09/01/2013 à 12:49

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Publié par patbad

en réponse à pimpin  

Je ne puis qu'approuver et renchérir dans ce sens, c'est la sagesse même qui parle, même si dans le combat il y a les guerriers et après celui-ci, les sages!

Écrit le 10/01/2013 à 11:23

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Publié par GILLET

 

à une époque où la passion s'exprime dans l'instantané, qui a encore de la considération ou de l'attention pour la sagesse?
Quand Goldman Sachs fait 2,8 milliards de dollars de bénéfice sur un trimestre, après avoir mis le monde entier dans la merde, qui va écouter un discours équilibré sur la situation du livre en France... moi, parce que je le partage!

Écrit le 19/01/2013 à 15:01

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