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Comment un professeur a 'pourri le Web' et piégé ses élèves

Numérique rime avec pédagogique ?

Par Antoine Oury,Le jeudi 22 mars 2012 à 15:21:51 - 4 commentaires

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Si ce sont les professeurs qui se mettent à faire des blagues aux élèves, où va le monde ? Sauf qu'ici, pas de punaise sur les chaises ni de souris lâchée en plein cours : une petite expérience numérique menée par un professeur de lettres fatigué de lire vingt-cinq fois les mêmes commentaires copier-coller de texte.

 

Tout élève né dans les années 90 a déjà au moins éprouvé l'astuce : si chercher en ligne des éléments pour un commentaire ou une dissertation peut s'approcher de la recherche documentaire traditionnelle, la tentation est grande de se laisser aller à un peu de plagiat, surtout le dimanche soir à 23 heures. Un professeur de lettres, un peu inquiété par le phénomène, s'est décidé à mener une expérience instructive aussi bien pour lui que pour ses élèves.

 

 

 

Il remarquait depuis plusieurs mois des « expressions syntaxiquement obscures » dans les devoirs maison (DM) de ses élèves, et avait surpris la tricherie de l'un d'entre eux lors d'un contrôle sur table : à l'aide de son smartphone, l'élève avait effectué quelques recherches sur Internet lui permettant de mener à bien une dissertation avec une « introduction catastrophique, mais un développement convenable ».

 

Une rapide recherche sur Google permet en effet d'obtenir sur différents sites des dissertations, commentaires de texte et autres exposés, moyennant finances ou non (Zetud, Academon, Oboulo...). Le professeur de lettres s'est donc attelé à « pourrir le web » en y semant de fausses informations sur un « poème baroque du XVIIème siècle, introuvable ou presque », un sonnet de Charles de Vion d'Alibray.

 

Passant par Wikipédia ou quelques sites vendeurs de dissertations, il inventa par exemple une destinataire imaginaire à ce sonnet, la bien-nommée Anne de Beaunais, et distilla son intox durant l'été. À la rentrée, il confia à ses élèves le soin de rédiger un commentaire du texte chez eux, et n'eut plus qu'à attendre les résultats : tout le monde ou presque faisait référence à Anne de Beaunais, et reprenait des éléments de son analyse, « absurde », d'après ses propres termes.

 

Le rendu des copies fut « un grand moment : après quelques instants de stupeur et d'incompréhension, ils ont ri et applaudi de bon cœur », note le professeur. D'après lui, l'expérience a été plutôt porteuse et semble avoir fait comprendre aux élèves le danger de la source unique que représente Internet, qui peut aller « à l'encontre de l'autonomie de pensée et de la culture personnelle que l'école est supposée leur donner. »

 

L'aventure à revivre sur La Vie Moderne

 

Pour approfondir

Mots clés :
professeur - piège - commentaire - Internet



Réactions

Publié par patrick altman

 

Un professeur monte un canular et montre qu'on ne peut se fier à personne sur Internet.

Franchement y a pas de quoi être fier ! Ca relève presque de la maltraitance sur personne fragile par personne ayant autorité.

J'espére qu'après il a expliqué aux élèves qu'on n'a pas besoin d'Internet pour faire croire n'importe quoi à des gens crédules. Et que ça n'est pas une raison pour jeter le bébé avec l'eau du bain.

Qu'Orson Wells a mis en panique une partie de l'est des Etats-Unis en 1938 en racontant à la radio que les martiens avaient débarqué.

Plus vieux encore, en 1914, un journaliste fit croire à des parlementaires qu'un certain Hégésippe Simon (personnage inventé par lui même) était un personnage célèbre dont la mémoire devait être honoré à Poil (vrai village de la Nièvre).
Plusieurs députés avaient poliment répondu qu'ils ne pouvaient se rendre à Poil bien qu'ils tenaient le bonhomme en très haute estime, certains même affirmaient l'avoir connu.

Sans parler des interviews bidonnées à la télévision (Patrick Poivre d'Arvor avec Khadafi par exemple)

Et puis plus simple encore, un professeur peut dire des énormités en classe sans que les élèves réagissent. J'étais en seconde quand le prof de géographie, pour vérifier notre attention, nous a dit que la terre faisait un tour sur elle même en 365 jours. Peu d'élèves ont levé le nez de leur cahier à ce moment. Toute la classe ou presque avait copié "l'absurde". Nous avions eu aussi droit à un sermon sur le sens critique.

Si vraiment ce professeur n'avait pas d'autre objectif que discréditer Internet à bon compte, sans plus de forme, il n'a pas rendu service aux élèves, je le plains.

A suivre...
Patrick Altman

Écrit le 23/03/2012 à 06:24

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Publié par jeanne

 

BRAVO !! Voilà un prof intelligent, pédagogue et qui sait utiliser les outils d'aujourd'hui. Chapeau Monsieur le Professeur !

Écrit le 23/03/2012 à 08:31

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Publié par ninzo

 

@Patrick Altman :

Welles, pas Wells... Ne pas confondre le romancier adapté de l'adaptateur, mais vous avez du trouver cette info sur l'Internet... Bon, ok, je plaisante, ma blague était facile... Sans rancune?!

Ninzo

Écrit le 23/03/2012 à 12:11

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Publié par @mlay94

 

J'avais un prof d'histoire-géographie qui autorisait tous les documents aux examens y compris l'encyclopédie universalis si jamais un élève avait ça ... son objectif n'était pas de tester l'apprentissage du "par-coeur", mais de voir comment nous nous organisions pour répondre aux questions dans un délai déterminé. Pour autant il valait mieux connaître son cours et préparer les examens a minima. L'aiguille tourne.
C'est une autre façon de travailler axée sur l'analyse et la synthèse sur des éléments disponibles. Mais quelque part c'est exactement ce que nous faisons dans la vie professionnelle tous les jours : nous avons toutes les sources à portée et l'essentiel de notre travail réside bien dans la recherche, l'analyse et la synthèse.
Alors pourquoi ne pas considérer cette approche ? Peut être ce n'est pas applicable à tous les domaines que sais je ? Mais au moins c'est une alternative au rabâchage.

Écrit le 24/03/2012 à 22:38

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