“Amazon peut-il se passer de Gallimard ? Oui”

Auteur invité - 28.11.2019

Tribune - salon livre Paris - Gallimard Amazon livres - commerce livre lecteurs


Le groupe Gallimard ne se rendra au salon du livre de Paris qu’avec un effectif réduit : seules les maisons Folio et J’ai lu (les formats poche) occuperont un stand. Une décision qui intervient après qu’en 2019, la maison s'est trouvée pour voisin Amazon-Audible dans les couloirs du salon. Pépin diplomatique et grosse crise en perspective.


 

Alerté par cette information, l'auteur Marc Varence a fait parvenir à ActuaLitté une dystopie futuriste, pour tenter d’éclairer le présent à la lumière du futur. Nous en publions le texte dans son intégralité, et laissons aux lecteurs le soin de juger.


Chères lectrices, chers lecteurs, chers internautes, imaginez-vous en novembre 2039… dans vingt ans ! Fermez les yeux et concentrez-vous.
 

Il était une fois, dans un futur assez proche


Les librairies indépendantes ont soit fermé définitivement leurs portes, envahies de tags, soit diversifié leur offre (ils vendent du café, des meubles, des huiles essentielles, etc.). Lire un livre en papier est mal perçu. Osez ouvrir un livre dans le métro et l’on vous fusille du regard. Ce type qui lit un livre fait de papier milite pour la destruction de nos forêts !

Les jeunes générations éprouvent beaucoup de difficultés à écrire au moyen d’un objet jadis universel : le stylo à bille. La calligraphie passe pour un art et non plus pour une nécessité. À l’école, l’enfant se rend avec son écran tactile en poche, souple et léger comme une plume.

Les chéquiers appartiennent au passé depuis près de dix ans. La monnaie et les billets de banque ont quasiment disparu. On écoule les stocks restants ou l’on se rend dans une banque pour les convertir. Les paiements s’effectuent désormais avec votre smartphone, votre puce insérée sous la peau ou, plus rarement, au moyen de cartes bleues.

Le livre en papier se commande en ligne et se lit à la maison. L’achat se justifie aussi pour les chercheurs, historiens et autres étudiants.

Les groupes éditoriaux ont fait le ménage. Les stocks ont été divisés par vingt. Le coût exorbitant des entrepôts n’a plus de raison d’être et les bâtiments ont été vendus, voire sous-loués. La diffusion s’est réduite comme peau de chagrin, les délégués commerciaux qui jalonnaient les routes de France ont été remerciés.

Les bénéfices ont augmenté et un accord a été trouvé avec le n° 1 des plateformes en ligne (Amazon) pour :
1.       faire imprimer à la demande par le géant de Seattle
2.       récupérer les droits des milliers d’auteurs autopubliés qui écoulent à eux seuls plus de 30 % de la production littéraire.

Les principaux salons du livre existent encore, mais l’on n’y vend plus de livres. On se prend en photo aux côtés de vedettes de l’écrit. Pour se rendre à ces festivités, les auteurs les plus célèbres sont rémunérés. Les autres y louent des emplacements pour parler de leurs ouvrages et y présenter un exemplaire de démonstration (surtout pas de piles, car les défenseurs de notre planète s’y opposeraient). Les commandes en ligne se font instantanément.
 

Retour en novembre 2019 : ouvrez les yeux..


Lorsque Antoine Gallimard joue les vierges effarouchées à l’idée de côtoyer le méchant Amazon, il connaît dans le même temps — et mieux que quiconque — ce que pèse le PREMIER libraire de France… et du monde. Il sait pertinemment que près d’un livre sur deux se vend en ligne, via ce site incontournable.
 
Plus de 21 millions de Français y ont commandé au moins un article en 2018, pour une moyenne supérieure à 50,00 € par internaute. C’est gigantesque ! Il sait aussi ce que représente Amazon dans son chiffre d’affaires annuel. Il est même possible qu’il ait déjeuné avec les dirigeants d’Amazon France dans un excellent restaurant parisien.

En clair, toute cette hypocrisie me révolte. On prend les gens pour des cons ! Et comme l’omerta est généralisée dans ce milieu d’onanistes vertueux et intellectuels, personne n’ose la briser.

Il suffit pourtant de poser deux questions toutes simples :
Le groupe Madrigall peut-il se passer d’Amazon ? La réponse est non !
Amazon peut-il se passer du groupe Madrigall ? La réponse est oui !
 
(Ndlr : Madrigall est la holding réunissant les maisons Gallimard, Flammarion, Casterman, entre autres)

Si vous relisez les épisodes de « Manuscrit Story » publiés sur Actualitte, vous constaterez que je fais dorénavant partie de ces auteurs autopubliés sur Amazon. Je l’assume.

Nous, auteurs autopubliés, devons faire le gros dos et patienter quelques années. En effet, aujourd’hui, il est compliqué, voire impossible, d’obtenir une couverture médiatique, car le journaliste qui oserait parler de nos livres risque le boycott des attachées de presse et la mise au banc de sa corporation. D’autre part, aucune diffusion et distribution en librairie n’est envisageable.
 
Aussi, et si Amazon me le propose, je serais ravi de pouvoir me rendre au salon de Paris pendant le week-end du 21 et 22 mars, histoire de mettre les pieds dans le plat et, au passage, d’y dédicacer quelques livres… au moyen d’un beau stylo à bille…



NDLR : on se perdra d’apporter une nuance cocasse à l’ensemble du propos, en rappelant que le salon du livre de Paris fut la première manifestation littéraire à laquelle Amazon prit part. C’était en 2012, et principalement pour exposer sa solution Kindle Direct Publishing. Amazon avait, dans sa stratégie, besoin de la manifestation, qui elle, pour des raisons de prestige, a besoin des éditions Gallimard. Lesquelles ont besoin d’Amazon…

Tiens… n’aurait-on pas comme une sorte de chaîne du livre qui se serait subrepticement mise en place ?


Commentaires
Cher Marc et chers autres libraires, ce vain débat garni d'insultes déguisée, de piques se voulant incisives et de réponses tonitruantes me laisse assez penaud et sans vraie réponse. L'origine de la saga se trouve quand même dans une opération boursière Américaine avec ventes à pertes abyssales financées par le marché! L'implantation Européenne c'est poursuivie du même acabit, avec optimisation fiscale et utilisation de paradis fiscaux de façon à mieux se financer et écraser les concurrents qui n'en peuvent plus et n'ont pas les moyens de se défendre, cherchez l'équité et le justice dans tout cela? Nous avons pourtant des sites internet, sommes sur les réseaux soi disant sociaux, et créons force cafés, bars, espaces de ventes annexes pour tenter de nous en sortir! Pour ma part, si mon propriétaire, une grande cie. d'assurances, et ma banque acceptent de ma suivre, aidé par le CNL et l'ADELC (dont j'attends moins de stakhanovisme pro livres) je pourrai poursuivre mon aventureux projet, sinon une librairie bicentenaire disparaîtra début 2020, mais pas que à cause d'Amazon, les désertifications des centres villes, la multiplication des centres commerciaux garnis de Cultura et espace Leclerc, et l'action mortifère du gouvernement avec le lysée 4.0 auront fait leur oeuvre! Je vous fais donc un adieu circonstanciel et prémonitoire, à moins que?
Bonjour Monsieur,



Ce que vous décrivez est tout à fait pertinent. C'est l'accumulation des difficultés qui entraîne un ras-le-bol généralisé. Le problème, c'est que les politiques font bien souvent le jeu des puissants... qui le leur rendent bien.



Bon courage...



Marc
Et si vous nous aidiez ?

En quelques mots... La librairie du XVIIe siècle 4.0

Quartier Libre veut renouer avec la tradition séculaire et multidisciplinaire de la librairie en utilisant les méthodes de travail ainsi que les technologies de diffusion et d'impression les plus avancées de notre époque.

Nous rejetons l'attitude défensive, prenons une position offensive de "résistance" face à l'hégémonie grandissante d'Amazon, entreprise totalitaire.

Nous avons donc décidé d'investir et d'ouvrir de nouveaux champs du possible.

Tel est notre défi: Allier le monde fragile de l'écriture, de la lecture, bref du li(v)re, et le monde du "faites-le vous-même", du digital et de la robotique.

Pour réussir, nous avons besoin de financer notre coopérative, c'est ici : https://www.monquartierlibre.com/devenir-cooperateur.

Nous avons besoin de soutien, c'est ici : https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/quartier-libre-le-lieu-du-livre-4-0

Nous avons besoin d'aide : partagez aux amoureux du livre autour de vous et passons ensemble de la critique à l'action !! 🚀 🎉 🤗
Bonjour,





Qu'une telle initiative soit bruxelloise ne m'étonne guère... Bravo à vous ! Après tout, nous, Belges, sommes souvent des précurseurs. grin



A bientôt,





Marc
Bonjour à tous, je ne suis qu'une passionnée de lecture et je souris à vos commentaires à tous et à chacun car effectivement la place des lecteurs ( lectrices ) ne figure pas en " pool positon " ! je fais partie de ceux qui testent avant de donner un avis: je connais donc des petites librairies "sympa" et authentiques ( hélas en voie de disparition ! ) des grandes librairies qui se diversifient et proposent des activités autour d'un thème,des rencontres, des signatures etc mais peu de contacts réels mais quand même existent...... J'ai avec ceux ci essayé ( au moment de régler !) de discuter du livre que j'allais acheter mais j'ai bien senti que je dérangeais ; la personne n'avait pas le temps pour cela ...... j'ai aussi acheté chez LECLERC avec 5% ( sur 20 ou 22 € c'est un geste que j'ai apprécié ) je serais hypocrite de dire le contraire ! j'ai testé Amazon, voilà; Moi j'ai besoin de tenir un livre entre mes mains de sentir cette odeur,si possible broché sinon en poche ! bref ! chacun son point de vue le mien c'est seulement une amoureuse des mots qui espère encore demain pouvoir s'acheter ses 3 ou 4 livres mensuels en leur assurant une seconde vie, en les prêtant ou en les donnant .......Bien cordialement à tous et, bonne lecture !
Bonjour Alexandrine,



La moyenne d'achat étant de 1 à 2 livres... par an, vous êtes ce qu'on appelle une grande lectrice. Les libraires devraient vous gâter... wink



Belle journée à vous,



Marc
Que votre courroux est doux, indésirable de l'édition : il met à jour vos contradictions. Vous aimeriez apparaître sur les tables des libraires, mais, comme ce n'est pas le cas, on se vautre dans le "gna gna gna, il faut se réinventer" de l'aigri refusé. Mais, cher ami, on ne vous attend pas pour s'inventer tous les jours ; on choisit ce que l'on lit. Le déballeur de cartons que je suis (mais vous "défendez l'humain, n'est-ce pas?") vous renvoie à votre miroir : ce n'est pas parce que vous ne mettez les pieds que chez Filigranes ou à la FNAC qu'il faut prétendre avoir une vision du métier. Je suis à deux frappes sur clavier de vous dire comment vendre la dernière e-208 lors du Black Friday.



La prétention ! Celle de dire des libraires-conseil (quel affreux mot-valise, je vous le pique) qu'ils disparaissent est bien la vision du connecté urbain ; de celui qui veut que chacun puisse dire ce qu'il a à écrire, même si c'est vain.



Ne vous battez pas pour nous. On s'en sort très bien. Même sans Monsieur Marc Varence dans nos rayons.



N'hésitez pas à m'écrire, si vous voulez quelques conseils de lecture.
En parlant de la sorte de Filigranes, je pense vous avoir reconnu. Et ma vie est belle, même en n'ayant pas mes livres disposés sur les tables des libraires. Qui de nous deux est le plus aigri ? La réponse tombe sous le sens. Vous vendez de la "belle" littérature et je vous en félicite. Je vous en ai d'ailleurs vendu dans une vie antérieure. Oui, je me rends de temps à autre chez Marc Filipson. Je suis l'un de ses nombreux clients et je salue son dynamisme. Et non, je ne vais pas à la Fnac, mais je continue à acheter des livres chez des libraires indépendants. Mot passant, Tapage... qui a malheureusement fermé ses portes... Jacques est un peu loin à Charleroi pour que je m'y rende, mais j'y songe sérieusement, UOPC, Slumberland, Cook and Book, La Licorne, et quelques autres. J'achète des livres dès que je franchis les portes d'une librairie... à condition que l'accueil soit bon. Je vous ai même acheté l'un ou l'autre ouvrage si je me souviens bien, mais c'était il y a longtemps...
Mouais... Quand on cause commerce, il est peut-être utile d'avoir quelques rudiments.

Que vend Amazon en fait ? Des livres, mais pas seulement : des cosmétiques, des fringues, des jouets, des jeux, à peu près tout ce qu'on voudra. Amazon n'est pas un libraire (ni le premier, ni le dernier), Amazon est le descendant des 3 Suisses et du catalogue de la Redoute, Amazon est un vendeur par correspondance. Vendeur de n'importe quoi, tenu de respecter les lois en vigueur selon les produits qu'il vend (comme la loi sur le prix unique pour le livre).

Or sur quoi repose la suprématie commerciale d'Amazon (notamment (mais pas seulement, j'insiste) dans l'édition ? Sur la promesse de l'exhaustivité. Le véritable produit que vend Amazon, c'est qu'on peut y trouver tout ce qu'on cherche.

Imaginons donc que Madrigall (ou un autre, je ne prends Madrigall comme exemple que parce que c'est celui que vous avez choisi) décide d'appliquer à Amazon une remise de 25%, rendant ainsi absolument pas rentable le modèle économique d'Amazon (modèle économique qui peine d'ailleurs à trouver sa rentabilité). Amazon ne pourra plus vendre de manière profitable pour lui les produits Madrigall, point barre.

Amazon peut-il donc se passer de Madrigall ? Certainement pas. En revanche Madrigall dispose (en tout cas pour le moment) d'autres relais de vente. Il n'y a donc aucune raison particulière de traiter particulièrement bien Amazon.

Contrairement à ce que vous suggérez, pour le moment au moins, c'est Amazon qui est demandeur. Reste à déterminer ce qu'il propose en échange. Ce qui compte, ce sont donc les termes de l'échange.
Bonjour Thierry,



La société actuelle fonctionne de la sorte : "Plus on est riche, moins on paie." et "Mieux on paie, moins on paie."



Amazon impose ses remises et ses lois à ses fournisseurs et Madrigall ne déroge pas à la règle.



Sur ce genre de site (Booking, Abritel, Google...), tout s'obtient par l'argent. Amazon peut mettre en avant certains livres... ou pas. Pour apparaître en première page, il faut passer à la caisse.



Au départ (1994-1995), Amazon vendait des livres... puis s'est diversifiée. Ce n'est pas vraiment le descendant des 3 suisses ou du catalogue La Redoute, mais c'est vrai que la vente en ligne a quelque part remplacé (tué) la vente par correspondance.



Oui, Madrigall pourrait imposer une remise de 25%, mais ne le fera pas. Le poids d'Amazon est tel qu'aucun groupe éditorial ne peut se le permettre...



"Plus on est riche, moins on paie." Et c'est valable dans presque tous les secteurs d'activités...



Belle journée à toi,



Marc
Réponse brillante de M. Reboud, comme toujours. Au plaisir de votre prochain passage chez nous.



Merci, Monsieur Marc Vance, de la liste des libraires que vous fréquentez, c'est passionnant. Je ne comprendrai décidément jamais les refus des éditeurs.



" Pour que les hommes, tant qu'ils sont des hommes, se laissent assujettir, il faut de deux choses l'une : ou qu'ils y soient contraints, ou qu'ils soient trompés. "



J'ai la faiblesse de croire que vous n'y êtes pas contraint, Monsieur Marc Vance - à part peut-être par la blessure de votre égo. Vous êtes trompé par l'illusion du numérique ; vite, courez chez un de vos libraire. Qu'il ne soit que vendeur et déballeur de cartons, ou qu'il vous le conseille, achetez (vite) La Boétie.
Autant je trouve exagérée la réaction de Gallimard face au simple fait d'avoir Amazon pour voisin, autant je suis triste de voir un ancien librairie défendre ce tueur de librairies !



D'accord, vous êtes heureux d'être publié quelque part, mais Amazon n'est pas un remède miracle. C'est simplement un service payant qui transformer l'auteur en client : aucune gloire là-dedans. Amazon ne peut remplacer ni le libraire qui recommande des titres au lecteur, ni l'éditeur qui aide un écrivain à retravailler son manuscrit. Ce n'est qu'une plate-forme numérique.
Bonjour Nemesia,

En publiant sur Amazon une dystopie qui dénonce les dérives du système ultralibéral, j'ai voulu cultiver le paradoxe qui veut qu'aucun des éditeurs démarchés n'y ait prêté quelque attention, obligeant presque le candidat auteur lambda à se tourner vers le géant du numérique.



Être publié dans de piètres conditions ne vaut pas vraiment la peine. Certes, les éditeurs sont sans cesse sollicités et reçoivent des milliers de manuscrits. La méthode de sélection n'a guère évolué depuis le siècle dernier et les effectifs se sont réduits.



Parcourez Manuscrit Story et vous comprendrez.



L'ego, je m'en fiche. Ce qui compte pour moi, c'est prendre un max de plaisir lorsque je me réfugie dans ma bulle créatrice... et, si possible, donner du plaisir aux lectrices et lecteurs...



Bon week-end à vous,



Marc
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