Après les attentats de Paris, les bougies et « le grand silence »

La rédaction - 18.11.2015

Tribune - Nadine Monfils - attentats Paris - sécurité peurs


La romancière Nadine Monfils est connue pour son personnage, Mémé Cornemuse, un brin givré, caustique, mais attachant. Nous aurions amplement préféré que ce soit elle qui revienne perturber nos colonnes, comme elle l’avait fait à Montmartre. Ce sont les attentats perpétrés à Paris et Saint-Denis et qui ont provoqué la mort de 130 personnes, qui ont cette fois motivé l’auteure. Depuis sa fenêtre, à Montmartre, elle nous propose un grand texte, et en même temps « un grand silence ».

 

Rue La Vieuville, Montmartre, par Franck Vervial

Franck Vervial, CC BY ND NC 2.0

 

 

Le grand silence...

 

Les rues sont désertes, remplies de gens tristes qui traînent leur ombre comme un linceul. On sent la peur au ventre. Et l’envie d’essayer de vivre normalement, malgré tout, pour pas que ces salauds gagnent. Mais le cœur n’y est pas. Il a été déchiqueté par les balles qui ont troué les corps de toutes les victimes innocentes de ce sanglant vendredi 13… Des kamikazes qui avaient l’âge de ceux qu’ils ont tués, sans aucun remords, le regard froid et déterminé à servir cette cause barbare qui leur a été injectée par des fous, à coups de lavage de cerveau et de captagon, cette drogue qui en fait des zombies meurtriers.

 

Comment qualifier ces monstres prêts à sacrifier aussi leurs propres frères et sœurs à une cause qui prône l’intolérance et le crime ? Quelles que soient leurs raisons, la loi du Talion n’a jamais été la bonne. Et rien ne justifie qu’on massacre des innocents. Combien de familles brisées à jamais ? Car il n’y a rien de pire que de perdre un enfant. Je pense aussi aux parents de ces assassins. À leur place, je me poserais des questions. 

 

Partout, on voit briller des petites bougies, comme des lueurs d’espoir. La place de la République, le Bataclan et les endroits de grand chagrin sont remplis de fleurs. Les gens se parlent entre eux, plus qu’avant. Comme si on avait soudain conscience qu’il faut plus que jamais, s’aimer les uns les autres. 

 

Pendant les évènements, il y a aussi eu beaucoup de solidarité, de la part des riverains, des chauffeurs de taxi, des commerçants, et des bénévoles qui se sont présentés spontanément dans les hôpitaux. J’ai une admiration sans bornes pour le personnel soignant et les médecins. On a beau critiquer la police, mais il ne faut jamais oublier que ces hommes se mettent en danger pour nous protéger. Et là, on est contents de les voir ! 

 

Ne tombons pas dans le racisme de bas étage ni dans l’amalgame, comme au temps du Sida où les homophobes déversaient leur fiel et leur incommensurable bêtise. Même et surtout, si nous sommes désormais condamnés à marcher sur un terrain miné, gardons notre humanité et notre discernement. C’est dans la tourmente qu’on reconnaît les anges.

 

Je suis Belge et ce qui se passe à Molenbeek m’horrifie, mais ne m’étonne pas. Quand on laisse entrer des types louches chez soi, il ne faut pas s’étonner d’en subir les conséquences. Mais où est la frontière entre la tolérance et la prudence ? Il aurait mieux valu prévenir que guérir, mais on n’en est plus là. On sait que la plupart des jeunes n’ont plus de racines ni de philosophie humanitaire ou spirituelle, d’où la radicalisation dans laquelle ils plongent aveuglément. La remise en question de l’éducation n’est pas à l’ordre du jour. On n’en est plus aux discours ni aux polémiques. On entre en guerre. Il faut que tous les pays s’unissent pour combattre Daesh. 

 

On a pu reprocher une certaine mollesse à François Hollande, mais il montre qu’il assure face à des situations d’extrême urgence, comme lors de l’attentat de Charlie Hebdo et son discours actuel est digne, ferme, rassurant et intelligent. Certes, il y a encore des utopistes qui rechignent, refusent le concept d’un état plus policier et continuent à vivre dans leur monde de Bisounours. Mais que ceux-là demandent aux familles des victimes ce qu’elles en pensent. Il est facile d’émettre des théories quand on n’est pas directement touchés par le drame.

 

Je déteste les politiciens qui profitent de cette situation pour avancer leur pion électoral et canarder le camp adverse. C’est bête, bas et puéril. 

 

Je vis à Paris depuis 20 ans et j’adore cette ville. Elle a un charme fou. Plus que jamais, la chanson de Mireille Mathieu « Paris brûle-t-il », me touche profondément. 

 

Que l’on touche à la liberté
et Paris se met en colère
et Paris commence à gronder 

et le lendemain, c’est la guerre./…

On veut être libres
a n’importe quel prix
on veut vivre, vivre, vivre
vivre libre à Paris.

 

Je pourrais envoyer ma mémé Cornemuse dézinguer tous ces tarés qui nous pourrissent la vie, mais elle vise mal. 

 

Puis j’ai rangé mon nez de clown pour des jours meilleurs. 

 

Nadine Monfils