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Budget et culture : “N'est-il pas temps de taper du poing sur la table ?”

Auteur invité - 15.04.2020

Tribune - rigueur budgétaire culture - auteurs éditeurs édition


D’aucuns ignorent que depuis longtemps la Culture est le parent pauvre des institutions, celui qu’on oublie, celui qu’on regarde avec indifférence. Depuis des décennies, la Culture a été sacrifiée sur l’autel de la rigueur budgétaire chère à l’Europe !


jewhispere CC 0 
 
 
La catastrophe sanitaire et humaine — et les mots demeurent faibles — que nous subissons tous va hélas rapidement se conjuguer avec une crise économique et sociale.
 
À l’heure des bilans et quand la lumière reviendra, il est évident que des secteurs comme la santé trop délaissée retrouveront leur importance légitime en bénéficiant d’attentions particulières. Mais, connaissant le principe des vases communicants, ce qui sera donné à l’un sera pris à une autre. Et sans vouloir faire un procès d’intention, jouer les oiseaux de mauvais augure ou encore prédire l’avenir, je crains fort que la Culture, une fois encore, une fois de plus, soit le perdant, car jugée arbitrairement comme n’étant pas un « secteur essentiel » !
 
Qui en voudrait d’ailleurs à nos dirigeants si clairvoyants d’annoncer que le budget de la Culture est dorénavant alloué aux soins de santé désargentés ?
 
Une civilisation, une société, un pays, une région, une communauté se reconnaît par sa Culture et ses Arts. Le livre est un marqueur de son temps.
 
Dans des lendemains qui seront probablement désenchantés, l’auteur devra-t-il se satisfaire de phrases creuses, de vagues promesses et de soutiens symboliques ? Les aides se limiteront-elles à acter le report, tantôt du paiement de charges, tantôt des obligations fiscales, en oubliant volontairement que cela ne comblera jamais les pertes ?

Car l’auteur n’est pas seul à vivre de son art, il y a avec lui des éditeurs, des distributeurs, des diffuseurs, des imprimeurs et des libraires. Une multitude de sociétés et de personnes qui aujourd’hui sont confrontées aux mêmes difficultés. Comment l’auteur pourrait-il exister si demain il n’y avait plus d’éditeur pour l’éditer, d’imprimeur pour imprimer, ou encore de libraires pour vendre ses ouvrages ?
 
Et que par avance, on ne tente pas maladroitement d’affirmer que les nouveaux modes de commerce vont compenser les pertes. La vente en ligne n’a jamais été la panacée pour le livre et avec l’ambiance naturellement anxiogène ce secteur d’activité est aussi pénalisé quand il n’est pas suspendu pour des problèmes logistiques ou sanitaires !
 
Certes, il y a bien eu quelques timides déclarations de principe pour des aides, mais il ne faut pas se leurrer. On prétend verser quelques millions tout en oubliant d’avouer que ces « soussous » tombés du ciel étaient des subventions déjà créditées ou que, tout simplement, les petits millions divisés par les nombreux acteurs du monde culturel ne représentent dans les faits que quelques centimes par individus !

Il faut dire que parler d’aide financière pour la Culture n’est pas porteur pour le politique en des temps où le principal est d’acheter des masques. Comme il est aisé de se donner bonne conscience en saupoudrant quelques pièces tout en indiquant — avec la même insouciance et désinvolture que l’on a regardé une épidémie devenir pandémie — que pour les aides il faudra se montrer patient, très patient… Avant d’oublier !
 
Alors, faut-il regarder le navire de la Culture prendre l’eau de toute part et chavirer ?

Faut-il être comme ces musiciens impassibles qui ont continué à jouer de leur instrument sur le pont supérieur d’un transatlantique dont la course avait croisé celle d’un iceberg ?

N’est-il pas temps, tout en continuant à soutenir le monde exemplaire et héroïque des soins de santé, de taper du poing sur la table et d’affirmer que notre avenir est aussi dans la Culture et le livre ?

N’est-il pas temps à ces ministres de la Culture de s’exprimer et d’apporter réellement des soutiens, d’être cette lumière que l’on aperçoit quand le bout du tunnel arrive ?

N’est-il pas temps à ces ministres de la Culture d’oser plutôt que de subir ? Où sont-ils déjà à bord d’une de ces chaloupes de lâches qui disparaît à l’horizon en abandonnant tout espoir d’un monde meilleur ?

 
Jean-Yves Delitte
 
Auteur & Directeur de Collection
Peintre Officiel de la Marine
Membre titulaire de l’Académie des Arts et Sciences de la Mer



Commentaires
Si l'on fait exception du cas assez particulier de la Chine, les trois plus grands marchés du livre sont le marché anglo-saxon, le marché allemand et le marché japonais.

Dans aucun de ces trois marché il n'y a de ministre ou de ministère de la culture ni de politique particulière de soutien du livre, dans ces trois marchés les auteurs significatifs sont rémunérés pour une intervention en librairie. Deux de ces marché opèrent prix unique (l'Allemagne et le Japon), le troisième avec des prix différents selon les canaux.

Si l'on regarde les salaires annuels des professeurs de lycée débutants, on obtient 45000 euros à New York, 34 096 euros à Tokyo , 60 000 euros à Berlin et 22000 euros à Paris.

Prenons comme référence un livre en édition hard cover il coute à peu près 15 euros à Tokyo, 23 euros à Berlin, 19 euros à New York et 22 euros en France.

Un salaire annuel de professeur débutant équivaut donc à 2600 livres à Berlin, 2370 livres à New York, 2273 livres à Tokyo, et 1000livres à Paris...

De façon non surprenante, la bonne santé de ces trois marchés tient essentiellement au pouvoir d'achat des lecteurs et non à un quelconque ministère de la culture.

Notons finalement que si malgré le taux d'imposition le plus élevé du monde, Paris ne peut avoir ni hôpitaux en état de marche, ni professeurs à même d'acheter des livres, une supplique à un hypothétique ministre de la culture, relève à mon sens d'une certaine méconnaissance des réalités économiques...
Dans cette période de confinement c'est bien la Culture qui est exigée par une grande majorité de personnes sous peine de devenir fous : Cinéma, Séries, Livres, Romans, Bande Dessinées, Visite virtuelle des musées...



L'annulation des festivals ruinent des secteurs entiers du tourisme et de la restauration. La Culture génère plus de chiffres que des secteurs entiers de l'industrie et en cette période de confinement on ne peut que le constater. Quand on peut verser des milliards de dividendes, on peut largement financer la Culture, la Santé et l'Education : les trois sont intimement liées. De l'argent, il y en a. Il faut avoir la volonté politique de le récupérer là où il se trouve.



Il faut surtout enfin rendre aux auteurs et aux autrices la part qui leur revient de droit...
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