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Ce que nous cache le nom des poètes français

Auteur invité - 16.03.2020

Tribune - poètes France - poésie lecture auteurs - histoire littérature poésie


D’un point de vue psychanalytique, on le sait, le patronyme construit l’identité d’un individu, sa personnalité. Un nom, toujours celui du père, renferme beaucoup de symboles, toute une étymologie, une généalogie. Beaucoup de noms de poète signifieront quelque chose, dans la langue française. Il s’agit parfois d’une image, d’un jeu de mots. Ils auront souvent un lien avec des univers qui caractérisent la poésie : la beauté, les arts, comme la musique, la Nature.



pixabay licence

 

Par Nicolas Grenier
 

La beauté est un idéal, pour le poète et l’artisan. Charles Baudelaire, Valéry Larbaud, Rémi Belleau, ont bien retenu la leçon. Jacques Roubaud, lui, s’inscrit dans la lignée sonore de Raimbault d’Orange et du poète carolomacérien, Arthur Rimbaud. De son côté, Joachim du Bellay a saisi la dualité de son patronyme, entre beauté et laideur, ce qui rime avec Paul-Jean Toulet, Louise Colet, Frédéric Le Play, Étienne Dolet, Mellin de Saint-Gelais, André Hardellet, et... Alphonse Allais.

 

Des noms chargés d'histoire


La poésie fait partie de l’art. Ce n’est pas un hasard, si l’art vient se loger dans les noms de poète. Dès la Renaissance, Pierre de Ronsard se déclinera entre l’art et la ronce. Et plus encore, et à tous les siècles, son confrère François Ponsard, Clément Marot, François Maynard, Pontus de Tyard, Scarron, Jean Godard. Et plus tard, Évariste Parny, Felix Arvers, les parnassiens Louis Ménard et Louis-Xavier de Ricard, le symboliste Pierre Quillard, le « Vilain Bonhomme » Jean Aicard...

Au XXe siècle, on retrouve cette touche artistique chez le Provençal Paul Arène, Tristan Tzara, Blaise Cendrars, René Char, Artaud, Léon-Paul Fargue, Louis Aragon, Paul Eluard, Francis Carco, Lorand Gaspar. Toute cette poésie ne serait-elle d’ailleurs pas publiée aux éditions Gallimard ?
 

D’un autre côté, la poésie a toujours été accompagnée par la musique. L’on retrouve cette dimension chez Charles-Hubert Millevoye, Vincent Voiture, Pierre Torreilles, Pierre Gamarra, ou André du Bouchet qui a fondé sa poésie autour de la respiration et du souffle. La musique s’invite également dans la poésie, de Jean-François La Harpe, au XVIe siècle, au poète franco-américain, Francis Vielé-Griffin, comme « vielle », et mieux encore avec Jules Supervielle, le cor chez Tristan Corbière, et dans le pseudonyme Jean Arp. De même, chez Alfred de Musset, l’on verra la « muse », ou le bal « musette ».

Et encore, un air d’Aimé Césaire, des décadents, Gabriel Vicaire, Henri Beauclair, Charles Van Lerberghe, du génie lorrain, Nicolas Gilbert, comme l’éditeur Alphonse Lemerre, au XIXe siècle.
 

“La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur”


La poésie est, on le sait, une affaire de sensibilité. Cette douceur, cette touche de légèreté se retrouvent chez Paul Verlaine, qu’on peut décliner en « vers de laine » dans le droit fil de Victor Segalen. Le poète Eugène Grindel se révèle aussi sous la forme de « grain d’ailes ». Que dire encore de l’amour de la femme, à travers Paul Eluard, Paul Claudel, Étienne Jodelle et Marc Antoine Girard de Saint-Amant ?
 

Depuis son origine, la poésie se rattache au sacré, aux croyances, aux religions. Louise Labé, Guillaume des Autels, Tristan L’Hermite, Yves Bonnefoy, Saint-John Perse, André Tardieu, André Lemoyne, cité par Arthur Rimbaud dans sa « Lettre du Voyant », et la poétesse chrétienne Marie Noël, ne dérogent pas à cette règle, à l’opposé de la souffrance d’un René Daumal. Dans cet esprit, on trouve une dimension tout aristocratique chez Leconte de Lisle, Roger Gilbert-Lecomte, Jacques Baron, Claude Roy.


La nature, elle, a fait la fortune des poètes. Toute une forêt, un jardin, un paysage de campagne grandit à l’horizon. Du floral : Michel Deguy, Guillevic, Charles Péguy, Pernette du Guillet, Arsène Houssaye, Fabre d’Églantine. Du végétal : Jean Richepin, Jacques Dupin, Patrice de La Tour-du-Pin, Maurice Scève, Pierre Reverdy, Alain Bosquet, Louis-René des Forêts, Armand Silvestre, Alfred de Vigny, Casimir Delavigne, Amédée Pommier, Eustache Deschamps, Joachim Bernier de La Brousse, les parnassiens Des Essarts, Emmanuel et Alfred. Et enfin, classiquement avec Molière, Malherbe, Jean Racine.
 

Une nature foisonnante


Tout ce qui constitue la nature apparaît. De l’eau, pour Jean de La Fontaine, Nicolas Boileau. De l’oiseau, à travers son chant : Pierre Corneille, Roger Caillois, Alfred Jarry, Michel Butor, Jean Cocteau, Gustave Kahn, Amédée Pigeon, le satiriste de la Renaissance Charles-Timoléon de Sigogne, et même le poète contemporain Philippe Beck.

De la couleur : Jacques Prévert, Jean-Baptiste Rousseau, Abraham de Vermeil. Et des bêtes : Jean-Claude Renard, Pierre de Marbeuf, le poète baroque François de Louvencourt, et au Moyen âge, Rutebeuf. Et même, les insectes avec le poète érotique Marc Papillon de Laphrise.


Enfin, l’on trouvera du minéral chez Voltaire, Louisa Siefert, Denis Roche, Jean-Pierre Faye. Et de l’or, comme Maurice de Bouchor, Tristan Klingsor, Jean Lorrain et Jean Lahor, Pierre Mac Orlan, Paul Fort... cet or si précieux, aux yeux des alchimistes et des poètes !




Commentaires
Merci de nous faire rire, Monsieur Grenier, en ces temps de virus.



PS Votre patronyme n'est pas mal non plus.
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