“Ce qui dépend de nous” : Appel de 118 éditeurs indépendants à leur public

Auteur invité - 09.05.2020

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Ensemble, nous vivons une épreuve inédite sur le triple front sanitaire, économique et culturel. Le monde du livre semble déserté : librairies fermées, salons annulés, parutions suspendues, auteurs laissés sans ressources. Passé le premier choc, la réouverture des librairies se prépare et avec elle une reprise. Et si on parlait de l’essentiel ? 


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Des déséquilibres au cœur du système 


Depuis des années, la vitalité de l’édition française a pris le visage d’une surabondance heureuse et insouciante, matérialisée par une offre pléthorique prétendument désirée et sans cesse renouvelée. Hélas, la situation cache une tout autre réalité : une surproduction, néfaste pour l’environnement et qui inonde les librairies, noie une production éditoriale de qualité, plus audacieuse, mais moins visible, écourte toujours plus la vie des livres, intensifie les retours et le pilonnage des ouvrages non vendus, et accentue finalement la précarité des artistes. 

Cette surproduction profite aux grands groupes d’édition et de distribution quand son coût pèse injustement sur les maisons d’édition indépendantes que la crise actuelle écrase un peu plus encore, faute pour elles de disposer de réserves en trésorerie. À titre d’exemple, rappelons ici que le premier groupe éditorial français a réalisé un chiffre d’affaires de plus de 2 milliards d’euros en 2019, et qu’il publie en quelques jours l’équivalent d’une année de création d’une maison d’édition indépendante de petite ou moyenne taille. 

À l’heure du déconfinement, rien n’aura changé. Les innombrables « nouveaux » titres des grands groupes entreront en librairie à cadence forcée. Une fois de plus, les livres des maisons d’édition indépendantes, moins nombreux, parce que résultant d’une production raisonnée, seront moins visibles, donc moins vendus et bientôt retournés en masse à des maisons financièrement très ébranlées. 

Dans les mois qui viennent, malgré les mesures d’urgence proposées par la puissance publique, l’édition indépendante payera un lourd tribut à la crise si rien d’autre n’est fait. Le paysage de l’édition française s’en trouvera arasé, appauvri. La création perdra un bastion, la diversité un éminent représentant, la librairie indépendante un supplément d’âme, les bibliothèques et événements littéraires un terreau fertile, les lecteur·rices mille occasions de découverte, de réflexion et de bonheur. 
 

S’engager pour la diversité éditoriale 


Nous, maisons d’édition indépendantes de livres pour la jeunesse et pour les adultes, refusons cette sombre fatalité et aspirons à faire de ce moment de fragilité une force favorable à l’établissement de bonnes pratiques au service du livre, de la culture et plus largement de la société. Il est plus que temps de comprendre que, dans le commerce du livre aussi, les bons gestes existent, qu’ils sont à pérenniser et à généraliser faute de quoi la vitalité et la diversité du monde du livre déclineront.

Lecteur·trices, après la levée du confinement, revenez en librairie et laissez les libraires vous faire entendre le choix de la différence, de la création, de l’audace, l’exigence d’un travail de qualité avec les auteurs, la détermination à faire vivre longtemps les livres et à développer des lignes éditoriales lisibles et cohérentes. Lecteur·trices, au moment de votre choix, ne sous-estimez pas la portée de votre engagement. À nos ami·es libraires, nous disons que nos sorts sont liés et qu’une certaine idée de l’essentiel en dépend. 
 
Ensemble, par milliers, par millions, contribuons à une reprise réfléchie, saine, juste et durable. Faisons du choix d’un livre l’occasion d’un enrichissement collectif. Cela dépend de nous. 


Appel à l’initiative de :
Valérie Cussaguet (LES FOURMIS ROUGES), Laurence Faron (TALENTS HAUTS), Loïc Jacob et Chun-Liang Yeh (HONGFEI), Christine Morault (MEMO) et Jean Poderos (EDITIONS COURTES ET LONGUES). 


Signé par 113 maisons : 
Olivier Bron, Simon Liberman et Louis Lauliac (2024 ÉDITIONS)
Corinne Japin, Raphaële Enjary et Olivier Philipponneau (3 ŒILS) 
William Henne et Xavier Löwenthal (5e COUCHE)
Laurence Nobécourt (À PAS DE LOUPS)
Myriam Degraeve (À PROPOS)
Annie Pignol (A2MIMO) 
Stéphane Husar (ABC MELODY)
Stéphanie de Bussierre (AKINOME)
Sébastien Delaveau (ALICE LYNER ÉDITIONS)
Eric André, Gwénolée André (AMATERRA)
Raphaëlle RABALLAND (AMAZONES, LES)
Françoise Plessis (ART 3 ÉDITIONS)
Françoise Favretto (ATELIER DE L’AGNEAU ÉDITEUR)
Daniel Pellegrino (ATRABILE)
David Meulemans (AUX FORGES DE VULCAIN)
Noémie Monier (BAÏKA MAGAZINE)
Daniel Le Teuff (BELUGA et COOP BREIZ)
Mathilde Cacquelin, Juliette Tudal (BICYCLETTE)
Julie et Catherine Staebler (BISCOTO)
Vincent Henry (BOÎTE À BULLES, LA)
Serge Ewenczyk (ÇA ET LÀ)
Angela Lery et Sarah Hamon (CABANE BLEUE, LA)
Monique Subra (CABARDES, ÉDITIONS DU)
Eric Denniel (CALICOT, LE)
Marc Torralba (CASTOR ASTRAL, LE)
Bénédicte Petitot (CÉPAGES)
Anne Lima (CHANDEIGNE)
Abel Segretin (CHINEUR ÉDITIONS, LE)
Raphaël Baud et Fabienne Roulié (CHOCOLAT JEUNESSE)
Pascale Fontaine (CIPANGO)
Le Collectif Édition indépendante, à l’initiative de Chloé Pathé (ANAMOSA),
Valérie Millet et Sandrine Duvillier (LE SONNEUR),
Jean-Luc A. d’Asciano (L’ŒIL D’OR),
Les Caractères Masqués, collectif d’indépendants au service du livre, en partage avec Dominique Tourte (INVENIT), Benoît Verhille (LA CONTRE ALLÉE) et Charles-Henri Lavielle (ANACHARSIS)
Jean-Louis Gauthey (CORNELIUS)
Chloé Becqueriaux (COSMOGRAPHE, LE)
Odile Flament (COT COT COT ÉDITIONS)
Yves Nadon (D’EUX)
Cyril Armange (D’ORBESTIER / RÊVES BLEUS)
Danica Urbani (DADOCLEM)
Laurent Lerner (DELIRIUM)
Amaury Levillayer (DÉPAYSAGES) 
Yves Bescond (DIABASE )
Floriane Charron (DIPLODOCUS, LE)
François Lantin (DYOZOL)
Jean Poderos (ÉDITIONS COURTES ET LONGUES)
Corinne Niederhoffer (ÉLAN SUD)
Amélie Léveillé (ÉLAN VERT, L’)
Ilona Meyer et Caroline Drouault (ÉLÉPHANTS)
Elitza Dimitrova (ELITCHKA)
Christophe Prat (ELLA ÉDITIONS)
Anne Leloup , Charlotte Guisset (ESPERLUÈTE)
Delphine Monteil (ÉTAGÈRE DU BAS, L’)
Hélène Richard (FLBLB EDITIONS)
Dorota Hartwich (FORMATS ÉDITIONS)
Sophie Corvaisier (FRIMOUSSE)
Thierry Vanhasselt (FRMK)
Christophe Savouré (GERFAUT, ÉDITIONS DU)
Alexandra Chauvelon (GRAND JARDIN, LE)
Stéphanie Baronchelli (GULF STREAM)
Loïc Jacob et Chun-Liang Yeh (HONGFEI)
Mathilde Béjanin (HONORÉ CLAIR)
Ingrid Balazard (HORS D’ATTEINTE)
Juliette Grégoire (INITIALE, L’)
Benoît Preteseille (ION)
Francis Esquirol (ITINÉRAIRES)
Francine Bouchet (JOIE DE LIRE, LA)
Galia Tapiero (KILOWATT)
Fany Souville (LAMAO ÉDITIONS)
Christina Lumineau (LAPLIKILI)
Valérie Cussaguet et Brune Bottero (LES FOURMIS ROUGES)
Sandrine Harbonnier, Hermine Hémon (LUCCA ÉDITIONS)
Marion Carvalho et Charles Hédouin (MAISON DES PAS PERDUS, LA)
Flora Prevosto, Pauline Basset (MAISON ELIZA)
Anne-Bénédicte Schwebel, Anne Bensoussan (MAISON GEORGES)
Philippe Schweyer (MEDIAPOP)
Christine Morault (MEMO)
Laurent Seminel (MENU FRETIN)
Hervé David Nahum (MERCREDI)
Frédéric Terrier (MILLE UNIVERS, LES)
Guillaume & Damien Filliatre (MISMA)
Esther Merino (MONÉDIÈRES, LES)
Roland Stringer (MONTAGNE SECRÈTE, LA)
Caroline Perot (P’TITS BÉRÊTS, LES)
Caroline Petit (PETITES BULLES, LES )
Fred Lisak (PLUME DE CAROTTE)
Mathilde Chèvre (PORT A JAUNI, LE)
Valentin Mathé (POULE QUI POND, LA)
Aline et Albert de Pétigny (POURPENSER)
Alain Claude (POURQUOI PAS, ÉDITIONS DU )
Natalie Vock-Verley (RICOCHET / TOM POCHE)
Alain Serres (RUE DU MONDE)
Esther Merino (SOL Y LUNE)
Laurence Faron (TALENTS HAUTS)
Luna Granada (TÊTE AILLEURS, LA)
Thierry Marchaisse (THIERRY MARCHAISSE) 
Xavier Thomas (THOMAS JEUNESSE)
Marion Bossuat (TROIS PETITS POINTS)
Didier Jean et Zad (UTOPIQUE)
Pierre Marchant (VERGER ÉDITEUR, LE)
Fanny Deschamps, Élisabeth Jongen (VERSANT SUD)
Sophie Trav Van, Cécile Emeraud, Alexia Turgis Blum (VOCE VERSO)
Julien Poujol (YOVANA) 
Bruno Gaba (ZEBULO ÉDITIONS)
Christelle Mercier (TINBAD)
Barbara Steiner (VELVET)
Vincent Daumail (ALBA CAPELLA)
Ghislaine Brault (FEUILLE DE THÉ, LA)
Cécile Grenier (SYLPHE ROUGE)
Jean-Marie GOATER (GOATER)
Florence Issac (ÉCHAPPÉE BELLE ÉDITION, L’) 


Commentaires
Pas une virgule à changer.



Je dépose ma demande de No de Siret dès que le Tribunal de Commerce de Strasbourg sera déconfiné, d'ici à la fin du mois de mai (j'aurais 58 ans le 30).



J'aimerais beaucoup être le 119e - ou davantage... - signataire de ce texte, qui devrait faire date.



Thierry Deransart



** CQP d'éditeur numérique (2015-2016, A'sfored-Edinovo, mention TB).



** "é- ABooK_AZ Project" SAS, en cours de finalisation et de constitution, s'articulera autour de trois "départements éditoriaux" :



- Ora Volant ThD

- Scripta Manent ThD

- Scripta Manent 4.0
Vous êtes affligeants de condescendance et de conformisme... à quand un rendez-vous chez votre ministre de l'inculture afin qu'il interdise la vente du livre en grandes surfaces, afin qu'il interdise également à Amazon d'alimenter l'envoi du livre pendant que les librairies indépendantes ont rideau tiré et crèvent de peur! Une honte vous dis-je, une honte !

Arrêtez de faire semblant pendant que le lecteur paye plein pot un livre qui souvent ne mérite pas son tarif si élevé !

Mais nous lecteurs, vous nous prenez pour qui ?

Vous cautionnez chaque année combien de grands écrivains en devenir ? Au secours, Victor Hugo !

Continuez ainsi chacun dans votre petit coin et le numérique creusera encore plus la tombe de l'écrit. Gutenberg doit se retourner dans sa tombe.

On a vu une ministre des plus médiocres issue d'éditions bien connues dans votre milieu... un désastre.



Un grand lecteur depuis longtemps mais peut-être pas pour longtemps.



Le livre devrait être vendu en librairie, un point c'est tout.



Mais je sais que des gens comme vous n'admettent aucune critique et surtout pas celle d'un petit lecteur de province... tant pis, je prends le risque.



Après tout, c'est grâce à nous que vous existez...
D'accord avec Jean-Marc



J'ajouterai que quiconque défend l'écriture inclusive mérite bien... son sort.



Je ne dépenserai jamais un seul euro, je ne recommanderai jamais et ne déposerai jamais un manuscrit chez un éditeur qui promeut ce genre de niaiserie.
Je crois que Victor Hugo et Johannes Gensfleisch, dit Gutenberg, se foutent pas mal de cette affaire. Victor, s'il vient au secours de quelque chose, ce sera Notre Dame de Paris ou ce qu'il en reste. Johannes ne se retournera pas dans sa tombe: il est couché sur son côté gauche et bien content de l'être; il ne bougera pas. Les reliques font dodo depuis longtemps: chut, ne pas déranger.
Je ne comprends pas ce qui est "affligeant" ici ? Parce que les éditeurs n'ont pas le droit de se plaindre ? Seulement les auteurs et les lecteurs (consommateurs devrais-je dire) ? Il est ici question de surproduction et de tous les livres que nous, lecteurs, ne voyons pas passer car il sort actuellement en France plus de 68 000 nouveaux livres chaque année : c'est un problème pour tout le monde.

Certes, vous avez le choix entre 10 titres différents sur un même sujet, mais est-ce bien nécessaire s'ils ne sont pas complémentaires mais répétitifs ? Et si vous observez d'un peu plus près, vous verrez qu'effectivement les mêmes titres ou presque ressortent chaque année, sous différentes déclinaisons mais au même contenu, ou que les best-sellers ne se trouvent que dans les grands groupes (Hachette, Éditis, Vivendi qui regroupent des dizaines de maisons d'édition qui se cannibalisent entre elles).

D'ailleurs les forêts ne survivront pas à cette folie productrice de livres : car il faut savoir de plus qu'une énorme partie des livres imprimés invendus sont détruits au bout d'un an... et ils ne sont pas tous recyclés.

Je ne prétends pas avoir tout compris, mais ça ne m'empêche pas d'être consciente qu'il y a un problème, qu'il concerne tout le monde et que nous avons chacun une part de responsabilité - sauf ceux qui ne lisent pas et n'offrent pas de livres évidemment (même un guide de voyage ou un manuel de jardinage).
Message de soutien de la part d’un éditeur qui a dû déposer son bilan en début d’année, avant même cette période terriblement compliquée. Si ma maison d’édition était toujours active, j’aurais bien évidemment signé cet appel… Je ne peux qu’espérer qu’en ces temps très difficiles tous les « petits » éditeurs pourront s’en sortir, car je ne connais que trop bien ce que sont leurs difficultés actuelles.



Mais je ne suis pas sûr que « le jour d’après » sera bien différent du « jour d’avant » pour les éditeurs indépendants, malgré toutes ces bonnes volontés que je sais nombreuses.Rien ne sera plus comme avant … : mais comment revoir un système, une « chaîne du livre » qui marche sur la tête ?



Comment revoir un monde de surproduction où, sur la grande majorité des titres, le taux de retour des invendus est supérieur à 50 % ?



Comment repenser un monde dans lequel actuellement il faut imprimer deux livres pour en vendre un seul, au mépris de toute logique écologique ?



Comment revoir un monde où bon nombre de libraires sont devenus bien malgré eux de simples bureaux de dépôt des livres, sous le joug de quelques grands diffuseurs et distributeurs qui misent tout sur les flux ?



Comment repenser un monde où les plus gros font la loi, et verrouillent via la diffusion-distribution leurs parts de marché, au détriment des petits éditeurs ?



Comment revoir un monde où, en plein débat sur le déconfinement dans les librairies, le rapprochement financier du numéro 1 et du numéro 2 de l’édition-distribution française est passé inaperçu ?



Comment repenser un monde dans lequel les éditeurs indépendants n’ont plus les moyens financiers de promouvoir les livres auxquels ils croient ?



Puisse la solidarité entre éditeurs indépendants faire bouger les frontières de ce système profondément inégalitaire.
Bonjour

Nous sommes une association et aimerions être également signataire.

Bonne journée
Bonjour,



Etant libraire et non marchand de livres je ne peux que partager votre avis.



J'ai partagé votre billet sur la page FB, Twitter et Instagram de ma librairie.



À ma façon, j'essaye de ne pas subir les "diktats" des grands éditeurs. Je refuse les offices, je laisse du temps à chaque titre présent chez moi. Je ne fais que très peu de retour. J'ai des tables dédiés à des petits éditeurs.



Il y a une solution à ce problème. Créer un label des librairies acceptant les petits éditeurs. Un label facilement identifiable qui permettrait aux lecteurs de savoir que dans telles et telles librairies, il y a un choix réel, concret et large de livres venant de petites maisons litteraires. Mettre en place une charte, une action vers les libraires et un plan de com. Tout cela ne coûterait pas très cher, serait très porteur (je suis sur que la presse suivrait), & valoriserait le rôle du libraire. Si cette ébauche d'idée plaît, je suis prêt à participer à sa mise en œuvre.



Marc Georges

La Demeure du Livre
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