Christophe Lucquin : “Sans diffuseur, ce sera sûrement la fin de l’aventure”

Auteur invité - 08.01.2019

Tribune - Christophe Lucquin Editeur - Harmonia Mundi Livre - diffusion éditeurs livres


« Il y a quelques jours, c’était mon anniversaire, et c’était un peu bizarre comme toujours, parce que les fêtes, c’était hier, mais cette fois-ci c’était encore plus particulier, car ce début d’année sera marqué par quelque chose que je n’arrive pas à intégrer », explique Christophe Lucquin, éditeur et fondateur de la maison éponyme. L'année 2019 commencerait... par la fin de sa maison d'édition.
 

Nous reproduisons ici, dans son intégralité, le texte que l'éditeur nous a fait parvenir, détaillant les difficultés qui se profilent. Et menacent d'être fatales pour sa structure.
 

 

Ceux qui suivent la maison ont dû remarquer que nous étions un peu silencieux ces derniers temps ; c’est qu’une nouvelle nous a minés : notre diffuseur distributeur, Harmonia Mundi Livre, nous a informé de sa décision ne pas reconduire notre contrat.
 

“Je tombe, la chute n’est pas terminée.”


C’est un peu comme une petite mort, puisque cette maison, c’est une aventure de huit ans, huit ans ce n’est pas rien à l’échelle d’une vie. 

C’est que j’y ai mis tout mon cœur dans cette maison, j’en avais fait toute ma vie. Je me suis longtemps baladé sur la cime, je me suis senti haut, libre, je chancelais, à force d’être là-haut, malgré les secousses, le vent, la cime qui tremblait, j’arrivais même à sauter et retomber sur mes pieds, un véritable funambule.

Je tombe, la chute n’est pas terminée. Je me demande comment je vais faire pour passer à autre chose, ça me paraît si injuste, comment je fais moi, maintenant, avec ce gros rêve qui a explosé et tous ces livres comme des photos qui marquent chacune de ces huit années, ils sont là autour de moi, plus tout à fait vivants, j’ai déjà l’impression qu’ils sont loin, qu’ils n’ont pas existé, un peu comme mes souvenirs d’enfance.

Ces huit ans, c’est comme mon enfance qui n’est qu’une poignée de souvenirs et le roman que j’en ai fait.
 

“La surproduction de livres écrase les librairies”


Notre histoire n’a rien d’exceptionnel, c’est aussi celle d’autres maisons mortes de leur indépendance. Les choses telles qu’elles sont aujourd’hui ne nous donnent aucune chance si on n’a pas de gros moyens, dans le livre cela se passe comme ailleurs, et bien souvent, le soutien de l’édition indépendante se cantonne au discours. 
 
La surproduction de livres écrase les librairies, ces dernières n’ont plus le temps de s’intéresser vraiment aux propositions éditoriales des maisons indépendantes, qui, par conséquent, n’arrivent pas à trouver une place chez elles, à gagner en visibilité. Des livres sortent et déjà une armée d’autres arrivent, voués au charnier, peu importe, on produit encore encore et encore, les petits meurent des crises de foie des grands. Et il y a bien d’autres problèmes.

À compter du 31 mars 2019, nous n’aurons plus de diffuseur, ce sera donc aussi sûrement la fin de l’aventure. D’ici là, vous pouvez encore nous soutenir et découvrir nos livres. Vous pourrez aussi nous retrouver au Salon du livre de Paris, sur le stand de la région Île-de-France, en mars.

Je ne sais pas d’où me vient cette chose du livre, mais je sais que faire un livre et le faire découvrir signifiait beaucoup pour moi, c’était donner du sens, c’était affirmer, lutter ; faire naître un livre me faisait me sentir vivant, je me suis senti tellement en vie.

Je remercie du fond du cœur toutes les personnes qui nous ont soutenus durant ces années, merci à vous, il m’est toujours complètement incroyable de penser que des gens nous ont portés à ce point.

Bonne année à toutes et à tous.

Christophe Lucquin


Commentaires
Je crois que pour les ME de petites tailles, il faut penser et s'organiser autrement. Le mode de diffusion et de distribution du livre aujourd'hui n'est pas fait pour les petites structures puisque ces dernières sont prises en otages et deviennent dépendantes de partenaires.

Les libraires sont débordés par la profusion de titres sas cesse croissante et n'ont plus le temps de s'intéresser aux nouveautés des ME indépendantes. ce ne sera donc pas chez eux qu'on vendra nos ouvrages, sauf sur commande, bien sûr.

Tout est à repenser mais je ne crois pas qu'il existe de solution universelle, plutôt des solutions individuelles.
Il faut que les libraires et les éditeurs indépendants s'unissent pour créer un nouveau modèle collaboratif de diffusion. Appel aux bonnes volontés :

https://www.facebook.com/groups/228558211387348/
De toute façon plus personne ne lit. Alors d'abord faut éditer des putains de bouquins genre K.O. d'Hector Mathis si on veut à nouveau vouloir prétendre capter l'attention des gens. Pas éditer 600 bouquins "moyens" à la rentrée, mais peut-être 60 bouquins "excellents" ou même juste une dizaine de livres "terribles". Aujourd'hui pour concurrencer le reste, la littérature doit avoir l'effet d'une bombe, bombe de style, bombe de talent. La littérature tiède, moyenne, de l'entre-soit, c'est mort et c'est tant mieux. Talent = rareté = smile des libraires.
Etait-ce une raison pour n'avoir jamais réglé les droits d'auteur que vous deviez depuis des années aux auteurs? Il s'agit juste d'escroquerie de votre part Monsieur Lucquin. Combien de personnes se sont faites berner? Vos pleurnicheries ne m'emeuvent pas.
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