Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

“Défendre le livre n’a plus aucun sens. Il faut défendre la littérature”

Auteur invité - 30.08.2017

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Je ne suis à ce jour dans aucun rayon d’aucun libraire dit indépendant en France. Je ne prétends pas être un écrivain meilleur ou au-dessus du lot, mais je prétends au moins en être un. Depuis 2008, je suis édité, et ce sont surtout des biographies de rockeurs écrites sur commande qui ont été mises en rayons chez ces « indépendants » au même titre que chez les grands méchants libraires dits « pas indépendants ».

 

par Leonel Houssam

"Les trolls sont désormais hors service"


Books
Natalia Wilson, CC BY SA 2.0
 


Mes romans n’ont jamais été commandés et pourtant j’annonce par mail la sortie de chacun d’entre eux auprès de dizaines de libraires dits « indépendants » qui disent « militer » pour la littérature, défendre le livre et bla et bla et bla.

Ils se comportent comme tout le monde du coup puisque ceux qui réclament qu’on les défende ne cherchent jamais plus loin que ce que Lire ou le Magazine littéraire leur proposent.

Qu’ils cessent avec leur discours sur l’indépendance, la défense de la littérature, etc. Ce sont des petits commerçants qui vendent la même bidoche que les autres, mais sans les marges bénéficiaires...
 

Entendons-nous bien, je ne pleure pas sur mon sort. Je vais bien, chaque année j’écoule des milliers de livres (formats papier et format eBook) et j’ai un lectorat qui va grandissant. Alors pourquoi serais-je relégué au rang de « que dalle » aux yeux des libraires « indépendants » ? Bien sûr parce que beaucoup ne me connaissent pas et certains parce qu’ils ne m’apprécient pas.

Pour ces derniers, je peux leur pardonner leur refus (en espérant qu’ils aient vraiment lu et non pas seulement considéré la qualité de mes écrits à l’aulne de ma pseudo-réputation sulfureuse sur internet). Mais pour les premiers, j’ai beaucoup plus de mal. Un libraire dit « indépendant » se différencie de quelle façon devant les rouleaux compresseurs des multinationales du livre (Cultura, Fnac, Amazon, etc.) ?

En jouant de leur seule proximité avec des lecteurs ? Non, ils ne peuvent se contenter de ça surtout lorsque l’on sait que l’on a une librairie infinie en se connectant sur n’importe quel site en ligne.
 

Je crois que ces libraires dits « indépendants » ne jouent pas leur rôle, qu’ils se contentent de rafistoles et ne convoquent entre leurs murs que des écrivains qui ne choqueront pas la moralité de leur clientèle. J’y reviens donc : ce sont des commerçants et non des prescripteurs.
 

Quelles sont les véritables victimes de la vente de livres par Amazon ?


J’ai conscience que ce billet va encore heurter leur fierté, leur orgueil, leur « authenticité », mais je m’en contrefous. Ma propre authenticité, mon propre orgueil et ma seule fierté ont été assez longtemps froissés par leur mépris (et parfois même leur dédain) à mon endroit. Tout ça est derrière moi. Je suis un écrivain libre de parole, d’écriture, et désormais, je suis indépendant sans guillemets.

Si bien sûr un libraire daignait considérer cet article comme une perche tendue, je n’insulterais pas son intelligence et me mettrait tout de suite en contact avec lui s’il a des intentions bienveillantes à l’endroit de mes livres (et non de ma personne).
 

Les réseaux de distribution sont multiples. En faisant de la vente directe, en utilisant les plateformes de distribution, les librairies en ligne, le bouche-à-oreille, les sites de mes valeureux éditeurs, je touche un public de lecteurs parfois fidèles, d’autres fois curieux, mais aussi de détracteurs hargneux. Cette vie d’écrivain indépendant du XXIe siècle est permise par internet et sa puissance, à l’instar de l’imprimerie qui permit à son époque de répandre le livre à travers le monde...
 

J’ai dit ce que j’avais à dire, et j’ajoute qu’en tant qu’ancien bibliothécaire (oui j’ai fait ça cinq années de ma pathétique vie), j’ai toujours eu à cœur de débusquer les auteurs, mais aussi d’en proposer d’autres non par goût, mais pour répondre à la demande de lecteurs. Défendre le livre n’a plus aucun sens. Il faut défendre la littérature, sa diversité et son caractère subversif et radical...
 

Je prêche pour ma paroisse. Ils prêchent pour leur commerce. Chacun voit midi à sa porte.

Leonel Houssam vient de publier Datacenter, son dernier roman.




Datacenter – Léonel Houssam – Editions du Pont de l’Europe – 9782368511848 – 12 €