Défense et illustration du métier d’éditeur indépendant et local

La rédaction - 24.08.2015

Tribune - éditeur indépendant - Belgique édition - gouvernement politique


Les éditions Mardaga se sont créées en 1966, avec la ferme intention de rester familiales, belges et indépendantes. Un catalogue qui repose sur un patrimoine éditorial fort, pour parler du monde et de ses légitimes questionnements. André Querton, administrateur, et Clotilde Guislain, directrice de la maison, nous font part des difficultés rencontrées. Première partie.

 

Editions Mardaga

Editions Mardaga, CC BY SA 2.0

 

 

Lorsqu’on pense « culture » en Fédération Wallonie-Bruxelles, on pense bien sûr « spectacle vivant » : théâtre, opéra, danse, musique ; on pense aussi « cinéma » ; on pense sans doute – un peu — « arts plastiques » ; plus rarement « édition »… 

 

Ou alors, et c’est tant mieux, « auteurs » : d’Amélie Nothomb à Simenon en passant par Schuiten ou Van Hamme.

 

Mais qui connaît, qui défend, qui revendique le travail de ces nombreux tâcherons de l’édition (combien sont-ils ? Quel poids économique représentent-ils ? Qui font-ils travailler ? Quelle image de notre communauté donnent-ils ? quels savoirs distillent-ils ?) dont le métier est avant tout d’être des « passeurs » : passeurs d’idées, passeurs d’histoires, passeurs de savoirs, passeurs de patrimoine…

 

"Alors oui, nous sommes inquiets…"

 

Avant d’être « passeurs », ils sont aussi détecteurs de projets, coachs et critiques, créateurs, fabricants, communicateurs, vendeurs… Leurs maisons d’édition sont des lieux de débat ; lorsque l’une d’entre elles est contrainte à disparaître, c’est souvent un pan entier de la culture qui s’affaisse…

 

Lorsque les éditions A auront disparu, où s’écrira le discours politique divergeant ; lorsque les éditions L auront disparu, où les jeunes auteurs publieront-ils leur premier roman ? Lorsque les actionnaires des éditions N, E, ou… Mardaga se seront lassés d’être à la fois ministère de la Culture, centre de recherches, innovateurs et banquiers, où se publieront les livres sur le patrimoine, les architectes, les photographes, les journalistes de notre région ?

 

Lorsque ceux qui ont porté à bout de bras, le projet de leurs maisons prendront légitimement leur retraite, qui reprendra le flambeau ?

 

Eh oui, la Belgique francophone est un tout petit territoire, pas vraiment un « marché » en réalité…

 

Et les livres exigeants, ceux qui demandent recherches, écriture, mission photo et sont par nature centrés sur notre territoire, à de très rares exceptions près, ne sont pas « finançables » sur les seules ventes en librairie…

 

Les autres, ceux qui peuvent intéresser un public plus large, les ouvrages de fiction (littérature, bd, livres de jeunesse), de sciences humaines, les documentaires « planétaires », doivent quant à eux sortir de nos frontières, bénéficier d’une diffusion efficace en France particulièrement, être soutenus, défendus,… aidés ! Est-il normal que la seule aide dont nous bénéficions occasionnellement soit celle du CNL (Centre national du livre/Paris/France) ?

 

Alors oui, nous sommes inquiets…

 

Inquiets lorsque le Conseil de la musique ou le Musée des instruments de musique ne soutiennent plus notre politique d’édition, c’est un pan de notre catalogue qui s’éteint…

 

Inquiets lorsque la RW (Région Wallonie-Bruxelles) met, unilatéralement et sans aucun préavis ni négociation, fin à 40 ans de collaboration, interrompant brutalement un travail de vulgarisation exigeante du patrimoine attendu par de nombreux lecteurs/citoyens.

 

Inquiets lorsque l’IPW (Institut du Patrimoine wallon) se substitue aux acteurs du secteur pour développer une activité d’éditeur/diffuseur, certes intéressante, mais dans laquelle nous ne jouons pas « à armes égales » et qui exclut toute collaboration avec des partenaires professionnels.

 

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