Juke-Books #12 : en voiture avec Ballard, autoradio à fond

Clément Solym - 21.12.2012

Tribune - Juke-Books - JG Ballard - science-fiction


 Cette semaine, le Juke-Books se la joue déglingué, malsain et résolument torturé : tout juste si le vinyl pourra tourner correctement en rond... Avec l'oeuvre de JG Ballard, qu'il s'agisse de Crash, La foire aux atrocités ou Le monde englouti, plusieurs générations ont trouvé une source d'inspiration trouble mais inépuisable. 

 

Dans l'interview qu'il nous avait accordée, Maurice G. Dantec le reconnaissait sans se faire prier : « Le punk, la punkitude qui apparaît entre 72 et 75 est corollaire à l'apparition d'écrivains comme J.G. Ballard, Norman Spinrad, Mickael Moorcock, Philip José Farmer, ou William Burroughs… » Le Juke-Books ne contredira pas l'auteur sulfureux, et Ballard commence très fort, en inspirant Joy Division pour Atrocity Exhibition de l'album Closer (1980) :

You'll see the horrors of a faraway place, 
Meet the architects of law face to face. 
See mass murder on a scale you've never seen, 
And all the ones who try hard to succeed.

 Les paroles sont assez limpides, malgré le fait que le livre n'ait été "terminé" qu'au cours des années 90. Ballard s'est penché sur le texte dès le milieu des sixties, pour une première publication en 69, mais avait enrichi l'ouvrage de notes sur son propre texte. 

 

 

Des souvenirs de Video Kills the Radio Star ? Nous sommes loin, très loin de la punkitude évoquée par Dantec, mais les Buggles furent des fans notables de l'auteur de SF : à l'origine des paroles de la chanson, on trouvera vraisemblablement Le débruiteur, une nouvelle publiée en France par Tristram. 

 

Crash / Ballard

eatmorechips, CC BY-NC-ND 2.0

 

Du côté de Radiohead, le leader Thom Yorke avait évoqué Que notre règne arrive comme inspiration pour... le modèle économique du Pay What You Want de leur album In Rainbows (2007), qui fait également recette pour le livre numérique. Les images de Ballard sur un capitalisme devenu totalitaire l'avait poussé à proposer l'album contre une somme librement fixée par l'internaute. Au début de leur carrière, le quintet s'était inspiré de Crash pour Airbag Opener, en 1997.

 

Dans le monde de bruit et de fureur de Ballard, Jesus and Mary Chain a puisé suffisamment d'éléments pour proposer le titre Terminal Beach, un single au titre homonyme avec un recueil de nouvelles de l'auteur. On ne compte plus les groupes ayant tirés de l'oeuvre de Ballard leurs noms ou les titres de leurs albums, des proto-MGMT Empire of the Sun au Klaxons et leur 1er album, Myths of the Near Future.

 

 

Les Anglais étant de loin les plus admiratifs de l'oeuvre de leur compatriotes, pas étonnant que David Bowie et Blur se soient tous deux inspirés de Crash, respectivement pour He Always Crash on the Same Car et He Thought of Cars. Du côté de la production électronique plus récente, signalons l'un des premiers albums solo de John Foxx (Ultravox), Metamatic (1980) composé alors qu'il avait « lu beaucoup trop de Ballard » d'après ses propres confidences. Steve Goodman, alias Kode9, fait également état d'une inspiration ballardienne pour son dubstep cradingue.

 

Le plus amusant, dans cette histoire, c'est que JG Ballard, lui, n'avait pas l'air particulièrement inspiré par le 4e art : il assure ne pas posséder de lecteur CD en 1984 à The Paris Review, et déclare « Il n'y a pas de musique dans mon travail. La plus belle musique de ce monde reste le son des armes automatiques » à The Face en 1987. Sans musique, on comprend mieux ses moeurs...

 

 

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