Juke-Books #19 : Les Chants de Maldoror, sur un air connu...

Antoine Oury - 08.03.2013

Tribune - Les Chants de Maldoror - Lautréamont - musique et littérature


Après quelques semaines de vacances, changement de pièces détachées oblige, le Juke-Books est de retour pour diffuser aujourd'hui Les Chants de Maldoror, du valeureux comte de Lautréamont. Publié en 1869, signé sous pseudonyme par Isidore Ducasse, l'ouvrage devient aussi sulfureux que son personnage principal, le diabolique Maldoror. Lequel joue une séduisante petite musique...

 

Si séduisante qu'une fois les premiers effrois passés, l'ouvrage en prose connaît un succès de taille dès la fin du XIXe siècle : le faux comte publiera à sa suite Poésies I et II. Puis c'est tout : des carrières courtes assurent paradoxalement une réputation sans limite, si l'oeuvre en vaut la chandelle. Celles qui éclairent les lectures tardives des Chants de Maldoror dégagent assurément une odeur de souffre...

 

En effet, difficile de citer le bouquin du comte dans un morceau sur les amourettes adolescentes ou la vie sans Lamborghini : Serge Gainsbourg inclut tout de même le titre de l'oeuvre dans la chanson Quand bien même (1990), chantée de concert avec Jane Birkin. Et se paie même le luxe de citer un autre auteur cher aux coeurs noirs, Edgar Allan Poe :

C'est l'mêm' dilemme entre l'âme et le corps

comme un arrièr'goût de never more

Lautréamont les chants d'Maldoror tu n'aimes pas moi j'adore

et quand bien même.

 

Imaginary Portrait of Lautreamont at the Age of Nineteen, Salvador Dali, 1937

 Salvador Dalí: Portrait imaginaire de Lautréamont à 19 ans obtenu d'après la méthode paranoïaque (thingsworthdescribing, CC BY 2.0)

 

 

HFT, ou Hubert-Félix Thiéfaine en version longue, avait dès 1982 associé Les Chants de Maldoror à une atmosphère plutôt sombre et désolée, sur l'album Soleil cherche futur (1982) qui s'autorise tout de même quelques escapades plus rock'n'roll. Sur Les Dingues et les Paumés, cependant, l'air est grave et lourd, véhicule les mugissements de Maldoror, mais aussi quelques références à Baudelaire et Hölderlin.

 

 

 

 

Dans la suite logique, on s'y attendait : Noir Désir a suivi le mouvement et a décliné les dingues et les paumés sous l'appellation Les écorchés dans la chanson qui porte ce titre, parue sur l'album Veuillez rendre l'âme (à qui elle appartient) à l'aube des années 1990. Et, encore une fois, Lautréamont pousse à la complainte, au moins autant qu'à la révolte : « Moi j'ai pas allumé la mèche/C'est Lautréamont/Qui me presse/Dans les déserts/Là ou il prêche/Où devant rien/On donne la messe/Pour les écorchés ».

 

Sur l'album Je rêve que je dors (1996), l'acteur mais aussi chanteur Philippe Léotard rendait un court et vibrant hommage à la quatrième partie des Chants de Maldoror. Mettez un exemplaire du bouquin entre les mains d'un violoncelliste, et la réaction ne se fera pas attendre : Erik Friedlander s'est ainsi risqué à exécuter quelques improvisations inspirées des Chants de Maldoror, pour l'album Maldoror, paru en 2003.

 

 

 

 

Enfin, le rappeur Dooz Kawa, qui sévit dans les alentours de Strasbourg, espère que le « chant du cygne remplace ceux de Maldoror » dans le titre Do ré mi extrait de l'EP Message aux anges noirs - la pochette jette des doutes, mais l'album vaut largement l'écoute. Sans surprise, Les Chants de Maldoror figure dans le top 3 du MC... Le message risque de passer.

 

 

 

 

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