Juke-Books #21 : Musique de Salon du Livre

Antoine Oury - 23.03.2013

Tribune - Juke-Books - salon du livre 2013 - musique et littérature


Comme beaucoup, le Juke-Books n'a pu résister à l'appel du Salon du Livre de Paris, la grande messe du livre dans la capitale : arrivé sur place, c'est encore une fois de la musique qu'il a trouvé, le long des allées ou au détour d'une travée. Et a fait la rencontre d'un éditeur du genre à accepter une proposition de livre sur les 6000 chansons de Dylan.

 

51.000 m² : voilà qui laisse au son de quoi résonner pendant longtemps. Dès la soirée d'inauguration, le Pavillon 1 du Parc des Expositions laisse entendre un tout autre bruit que le brouhaha généré par les visiteurs, journalistes et intervenants pendant les 4 jours à venir. À partir d'une certaine heure, c'est combat de programmation : si le stand d'Electre remporte haut la main le match versant décibel, celui du Labo de l'Édition, pratiquement voisin, ne s'en sort pas si mal.

 

À une certaine heure, le Juke-Books jurerait même avoir reconnu un titre de la Beat Generation, et pas la littéraire... 

 

Du côté des stands régionaux ou nationaux, on a une légère tendance à ne pas favoriser les échanges entre éditeurs : ils ont le mérite de permettre à une communauté particulière de mettre en avant une culture musicale spécifique, qu'il a glissée entre 2 cartons de livres.

 

Ainsi, le stand de l'Océanie a permis d'être transporté quelques minutes sur les eaux limpides et sous le soleil brûlant... à défaut d'y être. Bien que la performace soit acoustique, on imagine facilement la mer bleu électrique. (Pour prolonger le voyage, go au stand B54)

 

 

 

 

Dans un tout autre univers, et sur le stand SNCF, le polar, genre fétiche de la compagnie ferroviaire, se trouvait mis à l'honneur avec une série d'animations autour du genre, et notamment un quiz musical pour lequel les invités devaient retrouver à quel ouvrage ou personnage étaient consacré les morceaux diffusés. Petit test :

 

 

 

 

Bon, facile... La suivante, plus difficile. Et on ne vous donnera pas tous les titres, parce qu'il y a des choses à gagner... RDV stand Y24.

 

 

 

 

Quelques minutes plus tard, Renato au saxo et Jean-Jacques au synthé, de chez ALS événements, interprétent au même endroit un air que l'on ne peut pas (se) refuser... Rappelons que l'air de Nino Rota illustre le film de Coppola, mais aussi et indirectement le bouquin de Mario Puzo.

 

 

 

 

Revenons aux éditeurs : parmi les centaines qui ont répondu à l'appel du SNE et de Reed Expo, il y en a un qui fait référence dans le domaine musical depuis 2006, que l'on parle musicologie ou Lester Bangs-style : Le Mot et le Reste. Basée à Marseille, créé en 1996 par Yves Jolivet, la maison abrite d'abord des livres d'artistes (« Ils me donnaient le mot, je m'occupais du reste »), jusqu'à l'ouvrage Rock, Pop de Philippe Robert.

 

« Le succès du livre m'a conforté dans l'idée de faire des ouvrages sur la musique, et S.T.P., de Robert Greenfield, publié à l'origine dans la collection de Philippe Manoeuvre Speed 17, dans une nouvelle traduction de Philippe Paringaux, a rapidement suivi. » Tout amateur d'écriture rock, que l'on entende roman ou essai, reconnaîtra les noms : Yves Jolivet est un érudit qui sait rester passionné, biberonné à Rock 'n' Folk jusqu'à la fameuse couverture avec Samantha Fox, motif de divorce (mais, au détour d'une phrase, il laissera entendre qu'il lit toujours le mensuel).

 

La musique s'écoute aussi à travers le texte : « Les magazines musicaux n'ont plus vraiment ce rôle d'outils de réflexion sur la musique, dans ses relations avec les autres arts ou avec la société. Tsugi, Noise et d'autres sont pertinents, mais tellement spécialisés qu'ils se cantonnent d'emblée à un public restreint. »

 

 

 

 

 

Les derniers titres de Le Mot et le Reste pourraient laisser supposer un traitement similaire, extrêmement pointu : Japrocksampler (Julian Cope), sur le rock japonais, Le rock à l'endroit (Christophe Deniau) ou Digital Magma (Jean-Yves Leloup) sont fouillés, précis, mais conservent l'aplomb nécessaire pour prendre de la hauteur : « Il y a ‘théoriser' et ‘analyser' : Régis Canselier écrit sur Hendrix, renouvelle l'approche de sa musique, et se fait remarquer par Manoeuvre. Ou Jean-Yves Leloup, qui est un excellent théoricien, mais qui étudie les interactions de la musique avec la mode et l'art contemporain » s'enthousiasme Jolivet.

 

Les auteurs sont tout aussi divers que les genres musicaux abordés : de la musique savante à la classique, de Joy Divison à Kurtis Blow, et des ouvrages rédigés par un « fonctionnaire qui tient le meilleur blog sur Hendrix ou par des universitaires qui m'obligent à reformuler leurs thèses où Deleuze apparaît toutes les 3 pages » explique l'éditeur. « Par ailleurs, sur les 30 ouvrages que nous publions chaque année, il y en a 10 qui sont consacrés au nature writing [littérature mêlant l'autobiographie aux grands espaces naturels], le genre littéraire lancé par Henry David Thoreau. Ce n'est pas parce qu'on écoute de la musique que l'on n'aime pas la littérature... »

 

Si la musique qui l'a accompagné une bonne partie de son adolescence est le krautrock, Yves Jolivet ne s'arrête pas à une école, et évite de rester trop longtemps assis sur ses convictions : « Je me fade tout, du rap au rock zambien en passant par Sun O))). Cela permet de quitter l'ethnocentrisme anglo-saxon, qui veut qu'un artiste ne trouve son public qu'une fois passé dans Rolling Stone. »

 

Deux convictions subsistent quand même : celle que la musique a besoin de temps (« Je ne mets jamais de musique en travaillant, par exemple »), et une répulsion pour le livre numérique, même lorsque l'on évoque un prix moindre qui pourrait favoriser la découverte : « L'étudiant fauché qui veut lire nos livres n'a qu'à écumer les soldeurs, ou même le voler ! » Dommage, Steal This Book, comme titre, c'est déjà pris...




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