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L'économie genrée de la littérature jeunesse, et ses conséquences

Auteur invité - 27.02.2020

Tribune - litterature jeunesse - Laurence Faron talents hauts - talents hauts editions


Depuis 2005, les éditions Talents Hauts s'efforcent de publier des ouvrages, destinés à la jeunesse ou non, qui vont à l'encontre des stéréotypes de genre, mettent en avant des créatrices et luttent contre les discriminations sexistes. Laurence Faron, directrice des éditions Talents Hauts, dénonce dans une tribune le caractère de « sous-genre » que la société et que l'industrie du livre ont imposé à la littérature jeunesse, conduisant à la paupérisation de celles et ceux qui la font.

Editions Talents hauts
Justine Haré et Laurence Faron, de la maison d'édition Talents Hauts
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 
 

Genre et sous-genre 

Par Laurence Faron, directrice des Éditions Talents Hauts 

La littérature destinée à la jeunesse est considérée comme une littérature de genre et son économie est particulièrement genrée.

Je vous invite à faire un tour au rayon jeunesse de votre librairie. Vous y verrez des albums d’un format imposant, pour certains quatre ou cinq fois plus grands que le plus généreux des romans dits « grand format » du rayon littérature. Vous vous émerveillerez devant les couleurs chatoyantes que permettent les encres pantone, beaucoup plus onéreuses que la traditionnelle impression en quadrichromie, et que bien sûr l’impression en noir des œuvres de littérature générale.

Si vous prenez le temps de feuilleter ces livres pour enfants, vous trouverez une inventivité graphique et narrative qui n’a rien à envier à la « grande » littérature. Au rayon de la fiction ado — jeunes adultes (YA), la variété des tons et des voix, des couvertures, plus artistiques et innovantes les unes que les autres, celle des papiers et enrichissements ne le rendent en rien aux romans pour les (vieux) adultes.

Revenez maintenant au rayon albums et retournez ces livres que vous avez admirés. PP TTC (prix public de vente) : de 9 à 16 euros grand maximum. Au rayon YA : prix moyen 15 euros. Franchissez la barrière et jetez un œil aux quatrièmes de couverture des œuvres de « vraie » littérature, dite générale : rien à moins de 20 euros pour un roman imprimé en noir, assorti d’une couverture sans fioritures, un papier parfois médiocre et une qualité littéraire ni plus ni moins contestable que celle du rayon ado. 

Que se passe-t-il alors ? Comment expliquer qu’avec une telle qualité de fond et de forme et des coûts de fabrication incomparablement plus élevés, les prix de vente des livres destinés à la jeunesse soient si inférieurs aux prix des livres pour adultes ? Et pourquoi cette littérature, qui pourtant forme le socle de la culture de nos enfants, est-elle si mal connue et si peu reconnue, pourquoi n’est-elle plus enseignée, peu médiatisée, caractérisée par des prix de vente indignement bas entraînant la paupérisation de celles (et ceux) qui la créent ?

Very big demonstrations in France against sexual or sexist violence

Manifestation contre les violences sexistes, en 2018, à Paris
(Jeanne Menjoulet, CC BY-ND 2.0)



Les explications sont multiples mais il en est une que l’on passe généralement sous silence : la culture destinée à l’enfance, encore associée à la maternité, au care, et donc aux femmes, est une sous-culture. De la même façon que les métiers de l’enfance, de la puériculture à l’enseignement en premier et deuxième degrés, sont sous-valorisés, la littérature pour la jeunesse n’a pas la place qu’elle mérite dans la critique littéraire, la presse, les programmes scolaires, les budgets de communication.

Là comme ailleurs, les hommes, assignés à leur rôle de pourvoyeurs des revenus de la famille, s’abstiennent, laissant un peu de champ aux autrices et illustratrices qui vont se contenter de revenus inférieurs.

Parce qu’elle touche à la famille et donc aux rôles genrés assignés par une société toujours patriarcale, on fait de la littérature pour la jeunesse un sous-genre qui justifie des prix plus bas engendrant une économie en tension, des artistes moins rémunéré·es, une féminisation et une paupérisation. Un sous-genre, à l’image de celui les femmes.




Commentaires
D'un autre côté, la littérature jeunesse traverse deux écueils majeurs :

D'un côté, des éditeurs morts de trouille, n'osent pas écrire et font formater des textes empêchant les auteurs jeunesse de s'exprimer (socle de vocabulaire réduit à 20 mots, présent de l'indicatif, etc. jusqu'à des âges très avancés (pour faire une comparaison, comparez avec la littérature jeunesse italienne : un bouquin pour les 7-8 ans là-bas ne serait pas publiable pour les 10 ans chez nous).

Plus catastrophique, une partie des éditeurs a fait de la littérature jeunesse une tribune politique, genrée pour le coup, où ne sont abordés que des trucs glauques comme les parents divorcés, la mort, la maladie (de préférence le SIDA, hein, pas le rhume), la transsexualité (on va me tomber dessus si j'écris ça !), etc.

Si vous rencontrez un peu des enfants - ceux qui lisent, c'est-à-dire 1% d'une classe d'âge environ - vous verrez que ces sujets les ennuient (je suis très polie) à un point sidéral. Ils veulent de l'aventure, des copains, un truc qui bouge, des enquêtes.

Les éditeurs ne connaissent pas leur public : ils ne s'adressent qu'aux acheteurs... qui sont les (grands-)parents.

La littérature jeunesse en France est moribonde.
C'est pas Poil à Gratter c'est Poil de bide à bière qui parle au PMU.
Comment vous dire, quand on est parent en situation de handicap, avec des enfants en situation de handicap, les livres sur la maladie, les hôpitaux nous ont beaucoup rendu services, ma fille victime d'inceste, aurait bien besoin aussi d'avoir accès à une littérature qui lui parlera du consentement, de violences sexuelles, mon fils qui a le syndrome de la Tourette à trouvé du réconfort à lire le livre "les tics d'emeric", et l'a utilisé pour expliquer son handicap à sa maîtresse et ses camarades...

Ce n'est pas parceque vous ne trouvez pas d'intérêt à ce type de littérature, qu'elle n'est pas utile voire nécessaire pour accompagner les enfants dans les écueils de la vie, qu'ils rencontre souvent des le plus jeune âge.

Oui c'est important de les éduquer aussi à la politique, au genre, aux oppression de type racistes et homophobes entre autres, aux handicaps etc.



Et si vous ne voyez pas l'intérêt c'est probablement que vous faites partis des privilègiés qui n'ont pas ce genre de problèmes dans leur vie, au point de minimiser l'impact des ressources littéraires qui traitent de ce type de sujets.



La prochaine fois au lieu de taper n'importe quoi sur votre clavier pour exprimer des idées qui ne regardent que vous, par le seul prisme de votre regard étriqué, tournez sept fois vos droits dans vos poches. Merci bien
La maison d'édition Talents Hauts se plaint de "la paupérisation de celles (et ceux) qui la créent". Parlons des auteurs, concernés au premier chef par une pauvreté indécente. Se fait-elle fort d'offrir à ses auteur(e)s des droits supérieurs aux autres maisons d'édition ???

Tente-t-elle dégager un bénéfice plus important en éditant des textes tombés dans le domaine public, sous couvert de féminisme, dans la collection "les plumées", un nom qui semble bien ironique, voire cynique.

Peut-être, avant d'écrire des tribunes moralisatrices, faut-il balayer devant sa porte...
Merci à Laurence Faron pour son article clair et passionné.



Le thème, naturellement, fait polémique. Normal, il touche plusieurs sous-thèmes brûlants et de super actualité. Et certains furent davantage mis en relief que d'autres (mais rappelons que "qui trop embrasse mal étreint"). L'auteure a eu le courage de choisir ces thèmes-là.



Lisons-la calmement et, si possible, offrons des commentaires où se hasardent des solutions viables.
Tous les sots sont opiniatres ,mais les opiniatres ne sont pas tous sots(Balthasar Gracian).

Chere editrice jeunesse , ce que vous dites

est d'une cretinerie grandiose .
Je pense à Ramos, Ungerer, Pennac... ce sont des hommes, sont-ils si rares dans la littérature jeunesse? en voie de disparition? Je trouve tellement plus attractatif un bon album jeunesse, bien plus qu'un roman adulte qui va bien trop souvent m'ennuyer, j'aime tellement les illustrations...
Je ne pense pas que le problème viennent du fait que les auteures soient des femmes mais du fait que la littérature de jeunesse reste encore jeune sans parler de la YA.

Personnellement j'ai étudié la littérature de jeunesse et j'ai découvert des œuvres fantastique avec des niveaux de lecture éblouissant pour qui sait les lire.

Le problème c'est que notre société est marquée par des codes et l'enfant doit grandir vite et apprendre les "classiques" pour lire de la vraie littérature qui a déjà plusieurs siècles. C'est la même chose pour la chick-lit par exzmple et tous les auteur.e.s modernes qui ne sont jamais reconnu au même titre que les anciens....

Le problème vient donc de la génération et tant que les gens et notamment les parents et les profs continueront a proclamer qu'il faut grandir et réussir sa carrière en ayant de la "culture" ça ne changera jamais....
Chers tous,

Véhiculer la culture permet de triompher sur l'ignorance... N'en déplaise à personne... Commencer par Pef pour traiter d'une œuvre de Éric Maria Remarque est une belle entrée en lecture. Lire un album d'Alain le Saux pour enrichir son vocabulaire et faire la distinction entre sens propre et sens figuré est passionnant... Lire un album de Tomi Ungerer permet de mieux comprendre Primo Levy. Pourquoi opposer la littérature de jeunesse et la littérature ? Tout est complémentaire. Ce n'est pas parce qu'on n'aime pas la littérature de jeunesse qu'il faut se croire obligé de critiquer la grande littérature et ses auteurs de renom, et vice-versa. Parents et professeurs font preuve de discernement. N'ayez crainte. Bonne journée.
Rectificatif Pluminette

Ce n'est pas parce qu'on aime la littérature de jeunesse qu'il faut se croire obligé de critiquer les grands auteurs de la littérature! Pensons plutôt en terme de complémentarité. La littérature, c'est la vie.
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