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La filière de documentation au ministère de la Culture menacée ?

Auteur invité - 18.07.2017

Tribune - filière documentation - ministère de la Culture documentation - Association archivistes français


L'Association des archivistes français (AAF) attire l'attention du ministère de la Culture sur la situation des personnels de la filière de documentation (conservateurs du patrimoine, chargés d'études documentaires et secrétaires de documentation), dont les possibilités de recrutement s'amenuisent. Par ailleurs, l'organisation des concours d'accès à la filière est pointée du doigt.


Cour des Archives
Le cour des Archives nationales (Albert, CC BY-NC-ND 2.0)


Nous reproduisons ci-dessous l'intégralité du communiqué de l'AAF :

Le 17 juillet 2017

Filière de documentation au ministère de la Culture : une situation intenable


L'Association des archivistes français s'inquiète de la réelle prise en compte par le ministère de la Culture des problèmes d'effectifs, de carrière et de recrutements des personnels de la filière de documentation (conservateurs du patrimoine, chargés d'études documentaires et secrétaires de documentation) dans l’ensemble des services concernés et en particulier dans les trois services à compétence nationale que sont les Archives nationales, les Archives nationales d'Outre-mer et les Archives nationales du monde du travail, et dans le réseau.

Les possibilités de recrutement offertes depuis 2010 tant pour les secrétaires de documentation que pour les chargés d'études documentaires n'ont pas permis de répondre aux besoins de l'ensemble du réseau des archives publiques. Dès lors la gestion de la pénurie oblige le ministère à arbitrer tantôt au détriment des Archives départementales, tantôt au détriment des 3 SCN ou encore au détriment des autres services du réseau des archives. À quand une politique de recrutement à la hauteur des ambitions et des enjeux, qui ne lésera aucun des acteurs du réseau ?

Les lauréats du concours CHED attendus à l'automne (28 sur la liste principale et 56 sur la liste complémentaire pour le réseau des archives) ne suffiront pas à renforcer ni à stabiliser sur le long terme les effectifs. Par exemple les 15 postes prévus pour les SCN sont inférieurs aux 20 postes vacants actuellement. Dans le même temps, les services territoriaux sont régulièrement contraints de voir des postes État disparaître.

À cela s'ajoutent des difficultés générées par l'organisation des concours de la filière de documentation. L'intervalle qui s'écoule entre deux sessions peut aller jusqu’à 6 ou 7 ans. En l'absence de tuilage entre le calendrier des concours de CHED et de SECDOC, l'ascenseur social que ces concours pourraient représenter ne fonctionne pas. Enfin, contrairement aux concours de la filière culturelle territoriale, les options choisies par les candidats (documentation, archives, régie d'œuvre) ne sont pas prises en compte lors des nominations des lauréats sur poste. Les postes d'archivistes sont rarement pourvus par des archivistes de formation qui paradoxalement/malheureusement connaissent peu cette filière de recrutement. Dès lors, il est difficile à moyen terme de retenir dans les services d'archives des agents qui aspirent à exercer dans d'autres institutions patrimoniales. La reconnaissance des archivistes passe aussi par celle des spécificités d’un métier à part entière, ainsi que par l'adéquation entre formation, statut et fonction.

Les Archives nationales en ont fait l'amère expérience lors des derniers concours de la filière documentation. Sur la petite trentaine de nouveaux arrivants (16 CHED, 10 SECDOC) affectés en 2012 à la faveur de l'ouverture du site de Pierrefitte-sur-Seine, seuls 10 sont encore présents 5 ans après.

L'Association des archivistes français a par ailleurs déjà eu l'occasion d'attirer l'attention sur la situation des conservateurs, en particulier de ceux qui sont mis à disposition par l'État en collectivité [1]. Dans les archives, c'est donc l'ensemble des corps scientifiques du ministère de la Culture qui sont aujourd'hui fragilisés.

L'Association des archivistes français réclame une politique ambitieuse de recrutement pour que le ministère de la Culture offre ainsi aux services d'archives les moyens de faire face sereinement à leur avenir et d'exercer pleinement leurs missions. Les archives ont trop longtemps vécu dans un contexte de restriction des effectifs, il est temps de leur donner un second souffle, à la mesure de leur ambition, alors même que de grands enjeux stratégiques, encore récemment identifiés par la Cour des comptes sont devant nous [2].

[1] Communiqué du 28 février 2017 « Archives départementales : des postes oubliés ? »
Communiqué du 22 mai 2017 « Conservateurs en archives, des postes encore oubliés ? »
[2] « Rapport de la Cour des comptes au Sénat sur les Archives nationales : l’AAF réagit »