#JDMF15 : "Il s’agit d’un événement qui honore la francophonie"

La rédaction - 27.08.2015

Tribune - journée manuscrit - fête littérature - livre lecture


Inspirée de la Fête de la musique que l’on doit au ministre de la Culture Jack Lang, la Journée du Manuscrit Francophone sera célébrée pour sa troisième édition au siège de l’UNESCO. Au cours des précédentes années, ce sont des centaines d’auteurs qui ont pu recevoir leur livre imprimé, le 24 octobre. Une date anniversaire dont se souvient Isabelle Kévorkian, lauréates de l’édition 2014. Elle nous raconte ses souvenirs, et ce qui en a découlé...

 

 

 

24 octobre 2015 : la 3ème Journée du Manuscrit coïncide avec la journée des Nations-Unis. La veille de la journée européenne de la justice. Il n’est pas de coïncidences. J’écris pour ne pas oublier Médée, Dora Bruder, Les Vies de deux chattes, Ariane et Solal, Madame Baptiste, Isabelle ou l’arrière saison, Marina Tsvetaïeva et Sonetchka, Rilke, Corbière, Colette. J’écris Vipère au poing en pleines Noces barbares, d’autres Amours jaunes aux côtés d’un Chat Murr. En respectant le point virgule pour atteindre le scelus nefas. En convoquant mes références, ma mythologie, parfois celle de Barthes. Mes figures tutélaires, mes fantômes. En lisant, en écrivant.

 

J’écris parce que je ne peux pas ne pas écrire : une pulsion, une fulgurance. Cela s’impose. Plus fort que la mort, l’internement, la folie. Cela fait Barrage contre le Pacifique. Même une balle de 7,65 ne peut plus m’atteindre. Ni la jalousie, l’orgueil, la veulerie, l’indifférence ou la douleur. J’écris comme je me confesse, dans mon siècle et en fiction. En écrivant, en m’humanisant.

 

Pas étonnant que la cérémonie de la Journée du Manuscrit soit prévue à l’Unesco, pour la paix, pour l’enrichissement mutuel, par-delà les frontières. J’écris parce que je suis chrétienne d’occident et d’orient. L’écriture pour aller à la rencontre de mes origines. Pour marier ma double identité.

 

Isabelle Kévorkian 

 

 

L’atavisme. C’est le mot qui revient lorsqu’on me lit. Fouiller mon passé, et avant encore me conseille-t-on, pour expliquer cette part d’ombre  et de sang mêlés, que mon écriture révèle, parfois à mon insu. Avant quoi ? Le génocide des Arméniens, qui coule en moi et demeure, comme l’a souligné Aznavour évoquant Garcia Marquez, une solitude ineffable de cent ans, et davantage ? En m’humanisant, en partageant. 

 

Davantage qu’une journée du manuscrit, il s’agit de célébrer l’écrit, dans toutes ses intentions et sous toutes ses formes. Autobiographies, fictions, en papier, en numérique.

 

Il y a l’idée. Ce n’est pas suffisant. Qu’elle prenne la forme d’un roman ou d’un récit, il lui faut des personnages, choisis avec soin, étudiés dans leurs moindres détails, là où le diable se faufile et où l’Ankou attend avec sa faux à l’envers. Il y a le décor, qui prend peut-être appui sur un lieu qui dévore, organique. Réel ? Même reconstitué, il sera transposé. Chaque lecteur est susceptible de pouvoir y pénétrer, quel que soit l’endroit où il se trouve en francophonie.

 

Davantage qu’une journée du manuscrit, il s’agit de célébrer l’écrit, dans toutes ses intentions et sous toutes ses formes. Autobiographies, fictions, en papier, en numérique. Isabelle Kévorkian

 

 

Même à Clichy, chez Anaïs Nin et Henry Miller, il sera chez lui, jamais intrus. Il y a les séquences, chacune appelant la suivante, parce que son ambiance, le fait déclencheur, les dialogues et les silences lui imposeront, à ce lecteur francophone, de tourner la page, sur la route, de s’immerger dans un univers éloigné du sien, peut-être. N’empêche, il s’y retrouvera. Porté par une alchimie insondable. Dans chacun des ouvrages sélectionnés il y a de nous, auteurs, et un peu d’eux aussi, lecteurs. En partageant, en s’entremêlant. 

 

Davantage qu’une journée du manuscrit, il s’agit d’un événement qui honore la francophonie, et offre sa chance au plus grand nombre, parmi 274 millions de personnes, pourvu qu’il sache écrire. Que l’auteur dépose ses tripes et ses émotions sur la table : cash. Il ne sera pas morgué, loin des cercles germanopratins feutrés et désuets. La Journée du Manuscrit offre une nouvelle proposition, humaniste et démocratique, d’appréhender la littérature, dans son époque mondialisée. 

 

Peut-être qu’Albert Camus, aujourd’hui, aurait pu s’exprimer ainsi : Je n’ai qu’une patrie, la langue francophone. Je suis fière d’avoir été parmi les auteurs retenus par les Editions Du Net pour cette Journée du Manuscrit l’an dernier déjà, et de réitérer l’aventure cette année encore, aux côtés d’un éditeur qui ose et qui bouscule, qui n’exclut pas et qui n’en demeure pas moins exigeant. La littérature se respecte, s’expose, se vend, s’exporte, s’importe, se réinvente. C’est cela la Journée du Manuscrit.

 

 

Consultante en communication éditoriale et digitale, et coordonne des projets culturels, Isabelle Kévorkian vient de créer une société de production et d’édition, ikevorkian, qui allie ses deux expertises. Elle accompagne notamment la marque « la nouvelle olympe » dans toutes ses déclinaisons artistiques.

Elle est aussi romancière, musicienne, bloggeuse, chroniqueuse (Service Littéraire ; Azad magazine).

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