La lecture publique est en danger : monsieur Pennac, au secours !

Auteur invité - 10.01.2018

Tribune - Daniel Pennac bibliothèques - heure conte bibliothèque - livre lecture enfants


L’heure du conte va-t-elle disparaître dans les bibliothèques ? Va-t-on nous priver de la lecture d’ouvrage, même sans billetterie, sous prétexte que celle-ci est assujettie d’une redevance « ubuesque » ? À l’approche de la Nuit de la lecture, le collectif Shéhérazade, qui réunit des auteurs, des bibliothécaires et autres gens du livre, interpelle Daniel Pennac, le parrain de la manifestation. Taxer les lieux de la lecture ? Réprimer le 9e droit du lecteur, de « lire à voix haute » ? Alors, que fait-on, monsieur Pennac ?  


Daniel Pennac. UOC. 22/09/08
UOC_Universitat, CC BY NC SA 2.0
 


Cher Monsieur Pennac,

 

On ne se connaît pas, mais vous faites un peu partie de notre vie… Comme un oncle d’Amérique dont le territoire serait celui des Livres. Loin de nous et pourtant souvent présent dans les conversations quand la famille se retrouve : « Tu as lu le dernier… ? » « Tu as vu… ? » « Tu sais que… ? »

 

Un « oncle des Livres », en somme, quelqu’un qui a réussi, là-bas, dans la jungle des mots, à se faire une place, et dont la gloire rejaillit un peu sur nous tous qui vous suivons. Nous évoquons votre humanité : vous êtes des nôtres, toujours, vous qui défendez avec le même panache le cancre et la maîtresse. 
 

Il y a des paquets de cancres dans ces repas de famille, et des paquets de maîtres et de maîtresses aussi. Pour les réconcilier, vous avez proposé une idée simple : lire à voix haute. Offrir la lecture, comme en cadeau, aux enfants, les siens, ceux des autres, et même à ceux qui ne sont plus tout à fait des enfants. 

 

Il y a un an, le Ministère de la Culture a lancé la Nuit de la lecture, une manifestation pour célébrer la lecture à voix haute. C’est une belle idée, et presque une évidence de vous voir en être le parrain. Et pourtant… Cette Nuit de la lecture, le 20 janvier prochain, aura un goût amer. 

 

Des actions se préparent aux quatre coins de la France, enseignants, libraires et bibliothécaires ont monté des projets, les auteurs vont rencontrer leur public sous les étoiles. Une promesse de mots, de rencontres et de partage qui tranche avec la morosité ambiante. 
 

Lire ! Lire ensemble, pour se tenir chaud, pour se serrer autour du beau. Et pourtant… Voilà qu’arrive la SCELF, ses vœux de bonne année et sa grille tarifaire.
 

Lecture publique : la SCELF pratique
le “coût du lapin” en bibliothèque

 

Connaissez-vous la SCELF, cher Monsieur Pennac ? 

 

Nous avons fait sa connaissance l’an dernier : cette Société Civile des Éditeurs de Langue Française a récupéré les droits de représentation gérés jusque-là par la SACD et entend les appliquer à la lettre : sont concernées TOUTES les lectures publiques, même sans billetterie, même en bibliothèque, ou dans la rue, TOUTES. 

 

Vous trouverez le détail des tarifs ici.

 

On y apprend, par exemple, qu’une lecture en bibliothèque coûtera désormais 30 euros, que l’auteur aura la permission de lire son livre sans payer de prélèvement seulement la première année après publication, que les bibliothèques devront demander des autorisations avec trois mois d’avance pour leurs « heures du conte », que les associations d’intérêt général se voient attribuer une dérisoire réduction de 5 %…

 


 

De telles prétentions détricotent trente ans de politique du livre. Elles mettent en péril le précieux maillage des médiateurs du livre qui contribuent à la diversité du secteur jeunesse français que le monde entier nous envie. Surtout, elles s’attaquent au public le plus fragile, ceux qui n’ont pas accès au livre chez eux. Que feront tous les bénévoles, toutes ces associations qui donnent leur voix et leur temps pour que vivent les livres, même loin des centres-villes ?

 

Taxer les lectures offertes, et les enfants
déserteront les bibliothèques

 

« Le droit de lire à voix haute », le 9e de vos droits du lecteur, est en danger. Alors nous vous demandons, aujourd’hui, cher Monsieur Pennac, d’outrepasser le 10e de ces droits, celui de se taire… nous vous demandons de dire NON avec nous. 
 

Une pétition est en ligne, rassemblant à ce jour 13 000 signatures. Accepteriez-vous d’y joindre la vôtre ? Accepteriez-vous d’alerter avec nous les pouvoirs publics et le public sans pouvoir ?

 

Nous vous attendons, vous, « l’oncle des Livres », et nous comptons sur vous pour nous aider à donner à cette triste histoire une fin plus heureuse.  

 

Le collectif Shéhérazade


mise à jour 11 janvier - 12h
 

L’écrivain a répondu à ActuaLitté : « Il y en a marre de tondre le tondu : cette idée de redevance sur les lectures publiques ne tient compte ni de la réalité des besoins ni de l’organisation. Quand des gosses viennent dans une bibliothèque, c’est tout naturellement, parce qu’ils sont là, qu’on va leur lire des textes, leur faire découvrir. »

 

Retrouver sa réponse : Daniel Pennac : “Faire payer la lecture publique, c'est non !”


 

Retrouver le Dossier : La SCELF face à la lecture publique, la redevance qui indigne


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