La présence d'Amazon à Livre Paris, “​​​​comme une capitulation”

Auteur invité - 18.03.2019

Tribune - amazon salon livre - Livre Paris Amazon - libraires éditeurs amazon


Amazon a fait son grand retour au salon du livre de Paris en 2012 — une grande première, la firme n’avait alors jamais mis les pieds dans une manifestation littéraire, nulle part dans le monde. Pourtant, la présence en 2019, avec un stand plus grand que l’an passé, inquiète, préoccupe, et dérange fondamentalement. 

Christian Thorel, de la librairie Ombres blanches à Toulouse, nous adresse un courrier qu’il a fait parvenir au président du Syndicat national de l’édition, Vincent Montagne. Parce qu’un libraire a plus que le droit de s’interroger sur la présence d’un tel opérateur. Nous reproduisons son texte ci-dessous dans son intégralité.

Amazon - Gallimard
ActuaLitté, CC BU SA 2.0
 

 

 

Monsieur le Président,

 

Nous fêterons dans deux ans le quarantième anniversaire de la Loi sur Prix unique du livre. Vous saurez faire cela dignement, et trouver les mots pour «commémorer», les mots de la communication, tels que trop souvent dépourvus de contenus.
 

Pour ma part, si l’occasion m’en avait été donnée, j’aurais volontiers, le 2 novembre dernier, fêté les quarante ans de la publication du petit «libelle», La Fnac et les livres, de Jérôme Lindon, un livre d’engagement s’il en fut, mais surtout un manifeste pour alerter, et pour rendre un avenir possible aux éditeurs, aux auteurs, aux livres, en permettant aux libraires de conserver leur place impérative, incontournable, dans l’économie des livres, et dans la société des lecteurs.

Vous le savez, le propos et l’analyse étaient tellement vrais, et tellement compromettants pour la Fnac, qu’une action en justice d’André Essel, son fondateur, le fit condamner et en fit retirer la diffusion. Trop tard, le message était passé, la «
résistance» s’opérait, les convictions étaient aiguisées, particulièrement chez les hommes politiques, François Mitterrand et Jack Lang en tête. C’est à eux que nous avons dû une décision si productive pour l’avenir de notre secteur.
 

Mais c’est surtout à des convictions, à des analyses, à des projections, que nous devons d’être encore voisins dans la diversité de la production éditoriale, d’être amis aussi, parfois, d’être «partenaires», pour faire plus moderne. Du temps où tout était plus artisanal, plus risqué, il fallait compter sur les engagements, sur les discours, et sur les actes. À la fin des années 70, nous entendions et suivions, en premier ceux du «patron» des Éditions de Minuit, mais aussi et tout près de lui, celui des «patrons» du Seuil, Jean Bardet et Paul Flamand.
 

J’interviendrai le 4 avril prochain dans un colloque sur «Le Seuil d’après 1980», organisé par l’université de Nanterre. Je suis chargé d’y rappeler cette période d’engagement à travers le sujet : 1981. Le Seuil au milieu du gué. Des engagements éditoriaux aux engagements commerciaux. J’y évoquerai notamment ce moment de renversement en matière de diffusion, lorsque Jérôme Lindon décida de rejoindre Le Seuil, et de créer avec la maison de la rue Jacob une structure qui fut exemplaire pour la réflexion sur les liens avec les librairies, sur le renouveau des modes de faire savoir, et aussi de distribution.
 

#PayeTonAuteur : tout est fini ?


Lors des années 80, Le Seuil et Minuit surent agréger autour d’eux les meilleures des maisons, les plus beaux catalogues, pour les partager avec les librairies indépendantes, particulièrement avec le réseau qui se reconstitua dans les années 80, grâce à une nouvelle génération, la mienne. Ce fut fait grâce à la loi sur le Prix unique, et aux initiatives qui la suivirent. Le Seuil, sa présidence et sa direction commerciale, furent une force politique pionnière, avant que d’autres maisons ne rejoignent le combat après le vote de la loi, ou parfois très tard.
 

Vous êtes, depuis bientôt deux ans, propriétaire de cette maison, et légataire de son histoire. Vous êtes aussi, en tant que Président du Syndicat National de l’Édition, la plus haute autorité représentative de votre profession. À ce titre, vous avez une responsabilité sur l’image renvoyée par les actions de votre nouvelle et prestigieuse maison, comme par votre syndicat. Vous avez accepté la présence de la Société Amazon en plein milieu du Salon du Livre, Livre Paris, comme une évidence.
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Salon du livre, dites-vous ? A considérer que @amazon et @audible_fr soient des éditeurs comme les autres. A moins que le géant du e-commerce soit là comme libraire peut être??? Tous les libraires en charge des stands éditeurs, qui sont en pleine installation, doivent apprécier aussi... @livre_paris @editions_gallimard @casterman_bd@flammarionlivres @livredepoche #etpersonnenenpenserien #ainsivalavie #salondulivre #amazon #édition #éditeurs #livres #voisin #encombrant #cherchezlerreur#affinitésselectives #auteurs #libraires #internet #gallimard #casterman #flammarion #cybermarchand#payetonstand #lecteurs #promiscuité#proximité #nofilter #barbelés #porosité #picoftheday #barzingueteam

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Si j’en crois ce qu’on m’en rapporte, vous avez installé une entité qui compromet les relations entre auteurs et éditeurs en faisant la promotion de l’auto-édition, reléguant ainsi l’action des éditeurs à l’exercice d’une autorité financière et intellectuelle dépassée. C’est un peu «se tirer une balle dans le pied», que de faire une place aussi spectaculaire à ce qui est l’exercice principal de la société Amazon, la prédation.

Je lis donc cette présence comme une capitulation, comme une soumission à un ordre qui contrevient aux engagements conjugués de nos professions. Et à une histoire commune. Cela me semble constituer même un évènement qui met en question votre part d’héritage de l’histoire du Seuil.

 

J’ai accepté en janvier l’invitation qui m’a été faite, fraternellement, d’être aux côtés d’Olivier Cohen pour saluer sur la Grande scène du Salon le travail de sa maison, avant de me rendre compte que je ne pourrais me rendre à ce rendez-vous, car requis à Toulouse par une journée consacrée au couple Cécile Reims-Fred Deux, deux écrivains et artistes majeurs d’un demi-siècle désormais oublié, mais dont nous aimons dans notre librairie préserver les traces.
 

Antoine Gallimard : le marché de l'édition


Ceci est un signe de la fidélité aux choses et aux personnes que nous aimons. Et comme nous sommes aussi fidèles à Olivier et à ses auteurs, nous sommes venus. Ainsi, Nicolas Vivès, magnifique libraire de littérature de nos Ombres blanches, a représenté auprès d’Olivier et de ses invités ce que nous voulons conserver à tout prix ici, à Toulouse, une «politique des auteurs», le projet d’un «catalogue», d’une «maison». Il a défendu pour l’Olivier, une histoire, des auteurs, une ligne, et donné un signe de la pérennité de nos engagements, et notre volonté de «résister» à un nouvel ordre.

C’est là notre ambition, c’est là notre orgueil, il en faut pour défendre nos passions.

 

Je suis donc heureux, de mon côté, de n’avoir pas fait le voyage, de n’être pas venu une nouvelle fois à ce rendez-vous de la Porte de Versailles, souvent si bruyant, mais qui devient aussi le lieu d’un silence assourdissant, et d’une défaite, d’une «capitulation». Cela m’aura évité la honte d’être sous les auspices à venir d’une domination acceptée d’un nouveau maître, un nouveau maître dont il faut rappeler qu’il s’est exclu lui-même de son appartenance à notre pays, à notre République, à nos valeurs.
 

Christian Thorel

Librairie Ombres Blanches à Toulouse




Commentaires
Comme beaucoup ici, je suis un traditionaliste, et donc un tenant de l’édition classique. J’ai publié chez Larousse (série d’albums sur l’Europe de l’après Grande Guerre), Payot, Plon et Perrin. Jamais, je n’aurais imaginé pouvoir (devoir) un jour m’intéresser à Amazon en sa qualité d’éditeur. Il m’a fallu revoir ma position. En effet, j’écris sur une période de l’histoire qui est sous la coupe d’une véritable mafia, à qui j’ai le malheur de déplaire parce que je ne répète pas sa doxa et que je me refuse à intégrer sa chapelle. Résultat : un manuscrit plutôt polémique annoncé à l’Office, et bloqué en cours de fabrication chez Plon ; malgré plusieurs réimpressions en broché en en poche, et un bicentenaire célébré en perspective, un titre non réimprimé parce que – je cite – « ça coûte des sous » (Perrin), un autre livre, gentiment étouffé dont j’ai pu, fait exceptionnel, reprendre les droits… Et, corollaire, les DA se sont évaporés. Alors, c’est vrai, je ne suis pas un « fan » d’Amazon, mais s’il me permet de publier mon travail, je serais bien stupide de mépriser cette solution. Et au diable, Plon-Perrin et quelques autres !
bla bla bla, bla bla bla et bla bla bla... Qui publie plus de 600 livres à la rentrée de septembre ? Amazon ? Qui noie le marché et tue l'édition sinon la voracité sans limite des éditeurs ? Si les gros éditeurs pouvaient faire comme Amazon ils ne s'en priveraient pas. Le problème c'est qu'ils doivent choisir entre deux modèles : un modèle historique de vertu qui les avantage honteusement et l'ouverture à la concurrence qui menace directement leur hégémonie "régalienne". Et qui sont les dindons de la farce comme d'habitude ...
Merci à Christian Thorel et à Actualitte pour cette publication. Le livre est un écosystème qui ne peut pas être réduit à sa - bien réelle - dimension économique et commerciale. Un nouveau compromis éditorial va se mettre en place : l'hyper concentration financière des grands groupes et l'imposition du modèle de l'économie des plateformes sont deux menaces qu'il nous faudra combattre.
Amazon n’est pas un acteur neutre et les éditeurs français ont tortt. Il n’est pas seulement question des librairies mais d’une domination sur la pensée comme je l’explique dans l’express https://www.lexpress.fr/culture/livre/edition-amazon-ou-le-triomphe-d-un-monde-sans-pensee_1956637.html.

Le salon du livre est justement un des moyens de lutter contre Amazon et il faut remercier pour cela le SNE et reprocher à nouveau aux éditeurs d’etre absents et tout particulièrement Hachette.

Hachette qui a signé un accord avec Amazon sur l’édition de livres auto edites. Le fossoyeur de l’édition française n’est pas celui que l’on croit dans cet article.
En somme, ce texte réclame des mesures d'ostracisme officiel et Actualitté n'y trouve rien à redire.

Toujours les mêmes ennemis des libertés, prêts à nous mener au pire sans s'en rendre compte.
Une nouvelle nous parvient du Relais des Ombrageux Livides de Toulouse : "Les maréchaux-ferrants ont demandé solennellement à l'organisation du Salon des Transports Publics l'exclusion de MM. Renault et Panhard."
Amazon serait donc votre concurrent direct ? Vous offrez donc la possibilité à tout un chacun de publier immédiatement, au format numérique, n'importe quel manuscrit, dès réception par vos services ? Vous disposez également d'un site Internet sur lequel on peut acheter n'importe quel livre (si on se cantonne à ce domaine), quelque soit l'éditeur et la langue, offrant la possibilité de le recevoir le lendemain dans sa boîte aux lettres ?



Vous êtes juste dépassés, et plutôt que de vous remettre en cause et de réinventez vos métiers et méthodes, vous préférez dénigrer et bloquer l'innovation. Où se trouvaient les éditeurs, quand on avait un *vrai* concurrent d'Amazon purement français nommé alapage ? C'était facile de le pilonner à l'époque, il n'avait que peu de moyens et même Orange n'a pas pu le sauver par la suite...
Oui nous avons tout cela aux Éditions du Net et nous sommes français. Le livre est diffusé en papier chez tous les libraires et aussi sur Amazon ainsi qu’en numérique. Selon la BNF nous avons publiés plus de livres qu’Amazon en 2018 et l’un de nos titres a dépassé les 25000 exemplaires.
"Innovation" ? "Dénigrement" ? Éléments de langage. Toute offre commerciale est donc à juger selon le critère d'une prétendue "innovation", sans jamais analyser la façon dont elle est construite ? Il faudrait une demie heure pour reprendre de volée les discours haineux, à côté de la plaque de trois sanguins auto-publiés (dans le style de l'inondation, pardonnez moi messieurs dames, mais la quantité est bien là. M'est avis que ceux là défendent leur petit canal de vente avec l'ardeur du désespoir. Amazon et ses rentes marginales de situation vous tirent leur chapeau pour votre productivité.) Qui a son temps à perdre le fera. Les raccourcis, au sens large, sont trop nombreux.
Il y a une confusion manifeste entre :



1) l'optimisation des ventes permise par le Internet qui sert les lecteurs et les éditeurs à petit tirage gagnant en visibilité (et il y a bien dénigrement insensé d'un concurrent à cracher sur ces aspects : le progrès en question se constate déjà très bien objectivement), et:



2) l'abus du pouvoir que donne une situation prépondérante qui est effectivement préoccupant chez Amazon, capable de retirer un livre des tablettes qu'ils propose à ses clients, et qui le fait allégrement à des fins de censure politique aux USA, ou d'imposer des prix comme les supermarchés font agriculteurs. Mais ce n'est pas spécifique à Amazon et appelle des mesures réglementaires interdisant de telles censures, rétablissant la concurrence et l'interdiction de refus de vente, ou de l'abus de position dominante, etc.



Or les libraires ne se sont jamais mobilisés que contre le premier aspect. ils sont même parvenus à faire voter une loi sur les frais de port, qu'Amazon a aussitôt fixés à un centime : la société a donc bénéficié d'une campagne de réclame énorme grâce aux sots, et d'un pactole d'argent de poche à raison d'un centime par livre écoulé. Bien joué les gars. Et pas une amélioration de leurs services pendant ce temps : autant faire le siège de la rue de Valois.



Car il y a aussi un problème à se plaindre de ces abus et à vouloir ostraciser une société commerciale donnée. C'est profondément liberticide et dessine une société corrompue, ou des apparatchiks flétrissent qui leur déplaît ou les gêne. La haine est bien du côté de l'oppression lamentable réclamée par ce libraire rouge de la ville rose, dont j'ai du mal à concevoir qu'il puisse lire autant de livres en comprenant si peu.
Pardonnez moi mais c'est faux. Des interventions, de libraires ou autres, qui dénoncent la concentration de pouvoirs que représente Amazon, il y en a plus d'une. Mais c'est une habitude très répandue, rassurez-vous, que le moindre post evoquant concomitamment "Amazon" et "librairie" soit envahi de commentaires de gens ayant l'air de tout savoir, mais ne sachant rien et expliquant tout à coups de sophismes. Qu'une belle âme se précipite à notre chevet de boutiquiers déplorables, pour expliquer aux deux ou trois valeureux défenseurs de la "liberté" qu'il y a une confusion de plusieurs étages dans leur mille feuille comiquement dressé en manifeste libertaire. sick
Non. Je ne vous pardonne pas, vous et vos "belles âmes", avec vos méthodes agressives d'ostracisme délirant, votre aveuglement tordu, et vos procédés réthoriques ad hominem et mal informés.
Avec le temps, les éditeurs passionnés et audacieux ont laissé la place à des moutons craintifs et paresseux. À force de dénigrer Amazon, on lui dresse la table. Il faut avoir du courage pour oser dire cela, alors qu'une quantité énorme d'auteurs - lisez de "créateurs" - pensent comme moi. Vous êtes un éditeur de la place de Paris ? OK. Réfléchissez plutôt au pourquoi et remettez-vous en question. Au lieu de vitupérer contre un géant qui se sert des nombreuses erreurs et failles d'un système, tentez de repenser ce système avec ses intermédiaires. D'autre part, force est de constater que LE PREMIER CLIENT des éditeurs se nomme : AMAZON... S'il faut boycotter Amazon, comme certains le demandent, c'est aux éditeurs à montrer l'exemple, mais on est loin de cela. Quant aux libraires indépendants, bon nombre d'entre eux revendent leurs livres via une e-boutique Amazon quand, dans le même temps, ils se plaignent de la concurrence de la plateforme américaine. Vous avez dit bizarre ?
Amazon devrait déjà payer l'intégralité de ses impôts en France comme le reste des éditeurs français (enfin une partie majoritaire, j'ai des doutes sur les gros loulou du secteur de l'édition), et on en reparle après de la présence au salon du livre d'amazon. De toute façon, vaut mieux faire vivre son libraire du coin qu'une multinationale question de PRINCIPE.
Encore un libraire victime du syndrome de Stockholm.



S'il était sain d'esprit et réfléchissais un peu, il se rendrait compte que la prostitution en littérature n'est justement pas pratiquée par les micro-éditeurs. Que contrairement à ses "amis", nous sommes prêts à l'aider à faire vivre son commerce plutôt qu'à le couler sous le poids de la "chaîne du livre" et celui de la fuite en avant de l'édition. Ceci en lui garantissant sa liberté de choix.



Comment appelez vous un commerce où l'on vous oblige a côtoyer bien plus de partenaires que vous ne pouvez en aimer ?
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