“La SF française engagée pour penser le contrat social de demain”

Auteur invité - 03.04.2018

Tribune - travail science fiction - ministre Travail Penicaud - science fiction travail


Le travail est-il une denrée rare ? La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a dernièrement fait savoir que, pour sortir de l’impasse où nous oriente la robotisation, il faudrait que la science-fiction se bouge. Et s’empare des thèmes du travail et de l’emploi, pour trouver des solutions. 


tabletop assistant
Matthew Hurst, CC BY SA 2.0
 

 

Un collectif d’auteurs et SF et d’éditeurs a manqué de s’étrangler. Dans un courrier adressé à ActuaLitté, ils déplorent la courte vue des politiques, et leur manque d’informations. Ils rappellent qu'à l’occasion de la 9e édition du Prix du Roman d’Entreprise et du Travail, qui se tenait le 29 mars dernier au Ministère du Travail, la surprenante sortie de la ministre : 

 

 

 

Qu’une institution censée penser et projeter les futurs possibles du travail, élément structurant de nos sociétés contemporaines, de nos vies collectives et individuelles, avoue être restée sourde aux récentes et nombreuses productions SF sur le travail est tout simplement consternant.
 

Pour rappel, entre 2016 et 2018, on trouve en France :

  • TREPALIUM : une série télévisée d’anticipation dédiée au travail créée par Antarès Bassis et Sophie Hiet, diffusée le 11 et le 18 février 2016 sur Arte.
  • WORKING PROGRESS : thème majeur de la 10e Biennale Internationale du Design de Saint-Étienne, dédiée en 2017 aux mutations du travail, avec au commissariat d’exposition les auteurs de science-fiction Alain Damasio et Norbert Merjagnan 
  • AU BAL DES ACTIFS/DEMAIN LE TRAVAIL, recueil de nouvelles paru aux éditions La Volte en février 2017 avec plusieurs rencontres et débats publics sur les mutations du travail tout au long de 2017 et 2018
  • LES UTOPIALES 2017, avec plusieurs tables rondes et rencontres autour de l’avenir du travail
  • 1000 JOURS EN MARS – LE FUTUR A ÉCRIRE DE NUIT DEBOUT : projet d’écriture initié par le collectif d’écrivains d’anticipation Zanzibar le 31 mars 2016.
  • Sans compter les multiples interventions d’auteur.e.s de SF dans les écoles, entreprises et think-tank français, de plus en plus attirés par les pensées créatives.


Dès ses origines, la SF française, échos des peurs et des espoirs collectifs et individuels, a embrassé la réflexion politique et sociale. « C’est la patrie de Jules Verne — et non l’Amérique — qui, il y a un siècle, inventa la science-fiction contemporaine », écrivait l’Express en 2009.
 

Depuis Paris au XXe siècle de Jules Verne (1894) jusqu’au recueil Au bal des actifs – Demain le Travail paru aux éditions La Volte en 2017, la SF française, de tout bord politique, n’a cessé d’interroger les mutations du travail et ses impacts sur la vie des personnes — sur l’humain, en somme — avec toujours l’ambition sous-jacente d’apporter des pistes de questionnement aux individus et institutions en place : Quel monde voulons-nous ? Quel monde ne voulons nous pas ? À quelles conditions demain pourrait-il être un monde habitable par tou.te.s ? 
 

Précisons également que, par-delà la robotisation, la science-fiction se pose aujourd’hui au cœur des réflexions relatives aux impacts de l’intelligence artificielle sur les mutations de l’emploi, de la notion de « valeur travail » et de la relation à l’autre dans le monde qui vient. Il n’y a qu’à se référer pour cela, encore une fois, au programme des conférences des UTOPIALES 2017, au projet « Bright Mirror » lancé le 15 février dernier, ou encore au prochain pop’Sciences Forum organisé par l’université de Lyon.
 

En 2018, la SF française s’engage plus que ne jamais pour penser et projeter le contrat social de demain.
 

Espérons que cet aveu d’ignorance ou d’impuissance de la part d’un ministère national soit suivi d’un approfondissement public du sujet, et d’une consultation d’ampleur du rôle que peuvent aujourd’hui jouer l’imagination et la créativité citoyenne dans les devenirs de notre société.

 

La lettre est signée par : Catherine Dufour, Li-Cam, Norbert Merjagnan, Sabrina Calvo, Davy Athuil des éditions Mü, Mathias Echenay pour La Volte, Anne Adàm pour la direction du recueil Au bal des actifs / Demain le travail, René-Marc Dolhen (co-fondateur de la Noosfere), Ketty Steward, Antares Bassis, Alain Damasio, Ariel Kyrou, Stéphane Beauverger, Laurent Kloetzer, Saint-Epondyle (blogueur), Rebecca Armstrong, #2050LePodcast, Sophie Hiet (scénariste et co-créatrice de la série TREPALIUM) Nicolas Matyjasik (politiste à Sciences Po Lille), Hugues Robert, (librairie Charybde), Marianne Loing (Librairie Charybde), Emmanuel Delporte, Patrice Lajoye (anthologiste), Marie Jouffre (Voltée) et Amaury Bernard (Volté), keny, Tiphaine Frajerman, Line (Voltée), Chrystel Laporte-Roy (Voltée), Catherine Jouffre, (psychanalyste).


Le Prix du roman d'Entreprise et du Travail est organisé par Place de la Médiation et Le Groupe Technologia, soutenu par le cercle Européen des DRH, et les partenaires sociaux tous représentés dans le jury, il est doté cette année par Klesia Mut’, également partenaire du Prix, avec l’ambition de récompenser l’auteur portant un véritable regard et parti-pris sur le monde professionnel d’aujourd’hui et de demain. 




Commentaires

N'importe quoi ! N'est ce pas son travail à elle ?
Je lui propose le dernier Mordillat "LA TOUR ABOLIE", c'est pas de la SF, c'est plutôt un roman réaliste qui donne à réfléchir sur la société actuelle...!!! Conditions de travail inhumaines ou déshumanisantes, patrons comploteurs, impitoyables et nombrilistes, vue à court terme, système et personnels au bout du rouleau, laissés pour compte féroces et sauvages... Une vision de la société par étages, avec les pauvres en bas et les riches en haut. C'est aussi un avertissement. A lire, Mme Pénicaud !
Si vous ne connaissez pas, jetez-vous sur Damasio, qui dépeint une société future tellement "democratique" qu'elle en devient dictatoriale, façon 1984. Un chef d'œuvre. Le thème du travail y est abordé, mais le sujet abordé est bien plus vaste.
Juste pour insister sur l'urgence absolue de lire Damasio. Pénicaud est bien ignorante de la vision développée par de nombreux auteurs, sinon elle aurait conscience que celle-ci est à l'opposée de ce qu'ils nous pro(im)posent.
C'est triste que nos ministres soient trop occupés pour avoir le temps de lire. Et que personne, dans leur entourage, ne les prévienne...

La manière dont la société peut évoluer sous l'effet des forces qu'elle engendre elle-même est souvent au coeur de nos histoires, de nos livres, films, séries, BD et j'en passe. L'évolution du rapport au travail et surtout à la redistribution de la richesse produite sans intervention humaine fait partie des problématiques que nous abordons depuis plusieurs années. On a des choses à dire, lisez-nous !
Même en faisant abstraction de l'énormité en question, on constate qu'une fois encore, la France est "trop bien" pour faire de la SF s'il n'y a pas de caution "sociétale" derrière pour donner une légitimité au genre.



Comprendre : l'imaginaire, c'est sale, c'est rien qu'à pour les enfants.

Raison pour laquelle ça fait des décennies entières qu'on se contente (presque) de décalquer 1984.



Quelle tristesse.
La propriété privée des moyens de production, et même la propriété privée lucrative, est devenue dans nos sociétés un "fait sans nécessité".

Comme l'a été en son temps la propriété féodale.

Il convient donc de le dépasser.

Nous avons commencé à le faire, en 1919 (les conventions collectives et les grilles de classification), 1936, 1946...

Il suffit de reprendre où lànous en étions.

La production de valeur économique ne se résume pas à la mise en valeur d'un capital.
Compte tenu de l’évolution de notre personnel politique, ce serait aussi important que les ministres s’intéressent à la science-fiction.

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.