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Le numérique permet un niveau d'échanges inédits pour les auteurs amateurs

- 13.01.2011

Tribune - numerique - echange - amateurs


C’est presque un lieu commun en France : un français sur deux se met à écrire un livre dans sa vie. Les éditeurs en reçoivent une proportion considérable en manuscrits, complets ou partiels, et n’en retiennent qu’une infime partie, devant trier, quand ils y parviennent, entre ceux qui sont appropriés à leur positionnement éditorial, ceux qui sont d’une qualité suffisante pour être publié, même avec un accompagnement préalable et ceux, la très grande majorité, qui ne rentrent pas dans leurs critères. Parmi ceux-là, beaucoup aimeraient un soutien, un espace de dialogue, un retour sur leurs écrits dont ils ont bien conscience de l’imperfection.

Karim Wadye Oumoussa,
fondateur et dirigeant d’eBookPulp
Il est donc nécessaire de créer des espaces d’expression, d’échange d’expérience et de dialogue en amont. En outre, avec l’avènement et le succès croissant des services de publication en ligne en autoédition, ce besoin est encore plus crucial pour hausser le niveau global des œuvres proposées.

En ces temps où de mauvais augure s’apitoient sur la baisse de qualité du français écrit et les déficits de lecture de nos contemporains, il faut considérer comme un signe extrêmement positif l’ensemble des contenus originaux proposés en ligne et réaliser que ceux qui restent dans des tiroirs représentent une masse encore plus considérable que leurs auteurs, s’ils le souhaitent, peuvent raviver et donner à découvrir. Il suffit de voir parallèlement le nombre de blogs sérieux qui donnent à mesurer l’expertise et les qualités rédactionnelles de leurs auteurs, loin d’être tous édités et adoubés par des maisons d’édition, pour voir que l’internet a permis une considérable libération de la parole écrite, enrichie et complétée le cas échéant par l’insertion d’images ou d’éléments multimédia.

Avant de s’autoéditer ou de tenter l’aventure d’un éditeur traditionnel, il manque très clairement des espaces dédiés à la critique constructive, à la relecture, à l’échange d’expériences, sans que cela se limite à un site d’informations pratiques, un annuaire d’adresses d’éditeurs ou un catalogue d’offres pas toujours honnêtes ni transparentes. Les réseaux sociaux, où les internautes postent leurs contributions, commentent et recommandent tel ou tel article, représentent un modèle pertinent pour un espace d’expression exigeant et dynamique, renforcé par des outils pertinents d’annotations, de messagerie, de renvois vers ses autres activités communautaires en ligne (blog, réseau social, forum…), et de lecture bien sûr.

Tout cela n’a d’intérêt ni d’efficacité que dans l’animation et la dynamique indispensable que doivent accompagner les auteurs plus ou moins chevronnés. Il faut les informer, les soutenir, les accompagner au long cours et créer des rendez-vous, des rencontres, qui justifient le temps, par définition important, que requièrent la lecture, l’assimilation, l’analyse et la formulation de la critique d’un texte. Il est important d’aller à la rencontre des publics qui semblent les mieux disposés pour s’y investir, associations locales d’écriture, seniors disposant de temps libre et amoureux des livres, étudiants en sciences humaines intéressés par l’expérience ? etc.


Alors que le succès critique et populaire des polars scandinaves, dont plusieurs sont le résultat de cours d’écriture prodigués par des auteurs et écrivains confirmés, est salué partout, il est assez curieux, pour ne pas dire regrettable, qu’en France, la tradition de l’écrivain « pur », n’usant d'aucuns artifice et grand ordonnateur de son œuvre, limite l’ouverture à ce genre non seulement d’initiatives, mais de nouveaux métiers. Or c’est manifeste, les auteurs amateurs sont en demande, tant de s’exprimer que de confronter leurs écrits. En une formule, d’apprendre à mieux penser leur rapport à la chose écrite.

Pour finir sur une note prospective, nous avons la certitude qu’une fois les communautés d’auteurs/lecteurs/relecteurs consolidées et significatives, les acteurs de l’édition traditionnelle investiront davantage dans ces espaces où, sans aucun doute, à condition de jouer le jeu correctement, ils collecteront des avis, retours et critiques précieux, ainsi qu’un lien renforcé avec de possibles clients. La question étant, se limiteront-ils à leurs propres prés carrés, afin avant tout de promouvoir les titres de leur catalogue, ou encourageront-ils leurs auteurs et leurs cadres à s’ouvrir aux auteurs en devenir, à se mettre à leur niveau, entendu que leurs successeurs demain seront peut-être issus des sites communautaires des amoureux des lettres ?