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“Si nos soignants tombent malades, s’ils meurent, nous allons mourir.”

Auteur invité - 06.04.2020

Tribune - soignants coronavirus - danger virus économie - Macron virus hôpitaux


Cathy Galliegue a signé deux romans, en mars 2017 chez Albin Michel, La nuit, je mens et Emmanuelle Collas, Et boire ma vie jusqu’à l’oubli (octobre 2018). Son prochain livre doit sortir au Seuil. Mais ainsi qu’elle l’explique, elle a connu plusieurs vies professionnelles : préparatrice en pharmacie, éducatrice spécialisée, responsable de publications scientifiques, gestionnaire de pharmacovigilance ou encore attachée de presse indépendante. 

La situation sanitaire la met en colère. Ce qui ce conçoit bien, s'énonce aisément. Et les mots pour le dire viennent aisément. Hélas.


rottonara CC 0
 

J’ai exercé de nombreux jobs dans ma vie avant de la vouer à la littérature. 

Certains matins, en fonction du job, je n’avais pas du tout envie d’y aller. Mais jamais, jamais, je n’ai eu peur d’aller travailler. 

Même quand je bossais à la pharmacie de l’hôpital, dans les premières années SIDA, je n’avais pas peur. Et pourtant, j’ai vu tant de patients mourir, vite, certains étaient des amis. On testait les premiers protocoles AZT en double aveugle. Au début, on avait dit à la population que le SIDA était le cancer des gays. Fête du slip pour les hétéros. 

Puis, il y a eu le sang, puis il y a eu tout le monde, tous ceux qui avaient des rapports sexuels ou partageaient une seringue. 

C’est à ce moment-là que j’ai commencé à bosser à l’hôpital. C’était une hécatombe. 

Parce qu’entre le moment où la consigne était « si vous n’êtes pas gay, pas de problème » et le moment où on a compris que cette saloperie touchait tout le monde, il a fallu que les gens y croient, qu’ils acceptent de changer de comportement, ça a pris du temps. Ça a pris beaucoup de vies. Énormément. 

Ensuite, on avait beau dire qu’on pouvait embrasser, prendre dans ses bras, serrer la main, les gens avaient peur désormais, alors qu’il n’y avait aucun risque, qu’il n’y avait de risque que par le sang et le contact sexuel.
Alors je me demande comment ils font, nos soignants, face à des postillons, face au contact de la peau, parce que là, on le sait, c’est le mode de transmission, et il n’est pas facile de soigner sans avoir ce genre de contacts. Et si ces contacts ne sont pas protégés, ou protégés avec les moyens du bord, nos soignants vont mourir. 

D’où ils tirent ce courage, comment ils se débrouillent avec la peur ? 

Je pense à la chair à canon qu’on envoyait au front, « pour la patrie » qu’on leur disait, et on leur donnait toute la gnole qu’il faut pour anesthésier la peur. Ils sortaient des tranchées en titubant, la plupart n’en revenaient pas. 
 

Mais là, comment font-ils, chaque matin, après chaque garde à durée illimitée, comment font-ils pour braver la peur ? Je ne suis pas du tout certaine qu’à leur place j’y retournerais. Ça mérite bien plus que des applaudissements aux balcons, ça mérite que le gouvernement, enfin, leur donne les moyens d’aller au front et qu’ils en reviennent vivants.

Si nos soignants tombent malades, s’ils meurent, nous allons mourir. Ce qui se passe aujourd’hui est le résultat d’années d’ignorance des pouvoirs publics aux demandes des soignants, de l’hôpital, d’années de sourde oreille. L’État est généreux pour l’armée, bien plus que pour l’enseignement, bien plus que pour l’hôpital. 

Nous sommes en guerre, a dit le Président. 

Hé bien, maintenant, que l’État se démerde pour combattre un virus avec des chars !


PS : Je ne parle pas ici, évidemment, que des personnels soignants, mais aussi de tous ceux qui n’ont pas prêté serment, les femmes de ménage, le petit personnel des hôpitaux, qui sont bien obligés d’aller bosser pour manger et qui sont au plus près des malades.
 
Cathy Galliegue



Commentaires
Comme elle le fait à chaque fois qu'elle prend la plume, Cathy Galliègue sait utiliser à la perfection la langue française, appuyer là où ça fait mal, et susciter l'émotion. Dans ce cas précis elle exprime avec humanité, force et discernement, ce pourquoi nous devrions tous militer.
Machisme crasse d'Yves Calvi, ce gros bouffon capillaire.
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