T411, outil pour auteurs : “Pas de bruit autour de votre livre ? Il meurt, asphyxié”

Auteur invité - 06.07.2017

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Quand des sites de partage/piratage ferment, les cris de désespoir et les hochements de tête satisfaits se mêlent. Perte d’accès à la culture pour les uns, manque à gagner pour les autres. Pour moi, c’est la fermeture d’un de ces comptoirs qui m’offraient gratuitement ce que Facebook et Google me font payer 50 euros par jour pour la même denrée : de la visibilité.

 
par Kane Banway

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nrkbeta, CC BY SA 2.0

 

Avant de me faire lyncher immédiatement par des confrères : non, je ne parle pas au nom d’un grand nombre. Pour une raison simple : je ne suis personne.

Je suis un petit auteur français qui s’autoédite à temps partiel, et écrit à temps complet. Heureux papa de huit nouvelles et sept romans, dans des genres aussi variés que la SF, la fantasy ou le thriller, en passant par le fantastique et l’horreur… en français, mais aussi en espagnol, anglais et italien avec essentiellement de bons retours. Jusqu’ici… tout va bien…

 

Or, c’est bien là le problème dans ce monde fantastique (et fantasmé) de la création : quand on est personne, on doit d’abord se faire connaître dans l’espoir infime de voir nos œuvres obtenir ce rayon de lumière qu’est la reconnaissance de notre travail, voir – sonnez trompettes – l’intérêt du public… Puis, si un alignement planétaire de buzz et de bouche à oreille se produit : un salaire.

Si cet ordre vous semble logique (visibilité=public=lectorat=ventes=salaire), il est pourtant mis à mal dans l’imaginaire de beaucoup, dont le premier réflexe est de dresser en étendard le fameux « tout travail mérite salaire ! ». Donc exit l’option de gratuité et encore plus l’idée du partage sur une plateforme, peu importe laquelle. 

 

Pourtant, à mes yeux d’auteur autoédité ou édité dans des petites maisons pour qui un « à-valoir » est synonyme de fin des haricots, ce salaire ne vient pas une fois que le livre trône fièrement dans les colonnes aussi scintillantes que virtuelle d’Amazon ou Kobo et consort. Il vient si et seulement si des lecteurs s’en emparent et en parlent. Pas de lecteurs, pas de salaire. Pas de bruit autour de votre livre ? Il meurt, asphyxié.
 

Alors comment faites-vous pour trouver ces lecteurs ? Comment attirer leur attention au milieu des 40 sorties quotidiennes en numérique ? Entre les grosses maisons d’édition dont le moindre post Facebook est liké 120 fois et partagé d’autant, les plus petites qui bataillent chaque jour pour s’assurer un lendemain non pas radieux, mais un lendemain tout court… et les autres autoédités qui font de leur mieux pour obtenir cette même denrée aussi rare qu’insaisissable : de la visibilité ?



 

Pour moi, qui ne suis pas un grand adepte des réseaux sociaux ou de la liste d’amis à rallonge, ma seule arme est mon écriture. Alors je l’ai offerte. Quand j’ai vu que mes livres étaient partagés sur certains sites, j’y ai laissé des petits mots : « Pas de problème pour le partage, mais si vous avez aimé (ou détesté !) n’hésitez pas à le dire ! Ce serait sympa ! » Mes premiers commentaires positifs viennent de ces sites. Et vous n’avez pas idée de ce qu’un avis enthousiaste peut avoir comme impact quand on débute à ce petit jeu…

À partir de là, j’ai compris que la gratuité était aussi un moyen d’être « vu » quand votre budget promotionnel se résume à une bouloche de poussière et un kleenex froissé. L’autre alternative étant… de payer. Des campagnes de publicité Facebook ou Adwords de Google pour un résultat incertain. Ou partager gratuitement vos écrits auprès de chroniqueurs… mieux, mais insuffisant. 
 

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Cela fait quatre ans que je publie sans jamais chercher à retirer mes livres d’un éventuel partage illégal. Les lecteurs qui se trouvent sur ces plateformes sont généralement de véritable « dévoreur de livres » qui, s’ils devaient acheter tous les ouvrages qu’ils lisent, nécessiteraient un compte en banque équivalent au PIB d’un petit pays dystopique…

Ils sont un des rouages nécessaires pour faire connaître mon écriture, et depuis quatre ans, certaines de mes histoires parviennent à « flotter » dans leurs classements respectifs. La gratuité et le partage ne sont pas signe d’une perte : c’est un investissement nécessaire. 
 

Les sites de partage comme T411 restent des outils : aussi capable d’homicides que de planter une graine qui donnera naissance à un arbre. Est-ce que tout est parfait et respectueux de tous les protagonistes ? Non, sans aucun doute. Mais pour les « petits » comme moi, c’était un moyen d’avoir ce que seuls ces grands qui se targuent de défendre mes droits possèdent : cette fichue visibilité.

 

K.

 

 

Né à Paris le 3 avril 1980, son père décide pour ses 12 ans de balancer sa collection de BD pour les remplacer par l’intégrale de Sherlock Holmes, ainsi qu’un curieux livre contant les aventures d’un nabot aux pieds velu nommé Bilbo.
 


 

De ce jour est né un grand amour pour l’imaginaire, l’évasion, le fantastique et les causes perdues (retrouver ses BD). Verne, Tolkien, Doyle, Zelazny sont rapidement devenus ses compagnons, bien plus que ses pauvres livres scolaires délaissés.

 

Pour des raisons indépendantes de sa volonté, un grand nombre de mondes sont restés emprisonnés, derrière les barreaux de ses multiples boulots liés à l’informatique. Jusqu’au jour où la nécessité de laisser sortir ses prisonniers s’imposa...

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