Votre Divinité : "Toute entreprise bien conduite dispose d'un service après-vente"

Clément Solym - 16.08.2012

Tribune - divinité - service après-vente - maintenance


Elles sont grinçantes ou douces, elles nous parlent de nous, de notre société, c'est la rubrique estivale de ActuaLitté : les Lettres du Mont Moulin...

 

 

Votre Divinité,

 

Pardonnez-moi cette écriture empressée et peu experte, mais c'est bien la première fois que je m'adresse à vous.

 

Je sais que l'amour que vous nous portez à tous, avec un A majuscule est à la fois immense et infini (c'est du moins ce que l'on raconte), mais je dois convenir que je me sens parfois assez seul, presque abandonné, comme si votre existence était de l'ordre du mirage.

 

J'avoue n'avoir qu'assez peu de goût pour la prière, surtout à genoux, cette attitude m'occasionnant des crampes difficilement supportables. Aussi, je médite debout, sans pour autant ressentir l'abandon que l'abbé DUBOIS, l'aumônier du lycée m'avait souvent décrit autrefois, une manière de flottement mystique qui élèverait nos pensées d'environ un mètre au-dessus de l'autel, telle une brume de chaleur qui se forme l'été sur les rivières. Cette assimilation climatique du paysage aux effets de la prière me semble suffisamment pertinente pour être propagée. Je m'étonne encore que les nombreux prospectus à l'entrée des lieux de culte ne servent pas cette image, édifiante pour l'espérance et la joie.

 

Il m'est également arrivé de prier couché, posture qui assure un meilleur confort à la foi et autorise le rêve à s'y substituer, lorsqu'irrésistiblement la sieste gagne nos cœurs. Je doute toutefois, de l'efficacité de mes prières lorsque mes ronflements font monter vers les cieux leurs bruits de fureur déchaînée.

Souvent, mon esprit bat la campagne et, je ne peux alors m'empêcher de penser que vous n'existez pas. Pourtant, je vous désire. Cette passion un peu naïve a récemment pris une consistance toute particulière, quand le dimanche matin je m'étale les bras en croix, face contre terre sur le parvis de Notre Dame et parfois, dans la nef centrale. Vos

 

prêtres veillent à me chasser dès qu'ils me reconnaissent, car ils ne tolèrent pas une manifestation trop évidente de notre credo. Certains me surnomment déjà le marginal des basiliques.

 

Pourtant, je ne peux m'empêcher de penser qu'avant de faire le monde dans lequel nous vivons, à votre image, vous avez dû faire quelques expériences, histoire de vous faire un peu la main. J'aimerais bien en connaître l'aboutissement, car vu le résultat ici-bas, je m'interroge sur la qualité de vos précédents essais. Mais, peut-être n'étions-nous pour vous qu'une première tentative, une sorte d'ébauche de vos futurs travaux, alors qu'un monde un peu plus parfait s'esclaffe, dans une autre galaxie, du piètre résultat que nous offrons.

 

Je sais que l'homme a été très vilain (à qui la faute, quand on laisse un benêt jouer avec un serpent ?), mais est-ce une raison pour le laisser continuer à massacrer et à détruire tout ce qui l'entoure ? Dans toute entreprise bien conduite, il existe un service après-vente. Alors, pardonnez-moi d'insister, mais la maintenance n'est pas votre point fort. Vous deviez bien vous douter qu'après tout ce temps il y aurait quelques réparations à envisager, un coup de peinture pour rafraîchir le décor, quelques rectifications dans le réseau. Ici rien. Vos concessionnaires vous volent ouvertement et ils sont grassement payés.

 

À ce tarif-là, il n'est pas difficile pour vos prélats de vous faire de la publicité, c'est bien la seule chose qu'ils sachent faire. Mais ne pensez-vous pas qu'une petite visite de temps en temps s'imposerait ? N'hésitez pas à me faire signe à votre prochain passage, je connais les dossiers.

 

Votre serviteur attentif et dévoué.