L’un des principaux acteurs de l’industrie du livre en situation d’extrême fragilité

Auteur invité - 07.05.2018

Tribune - auteurs Etats généraux - rémunération auteurs revenus - fragilité auteurs situation


Les auteurs et les autrices de textes et d’images assurent la vitalité de tout un secteur culturel, puisqu’ils·elles sont à la base de la chaîne du livre. Ils·elles représentent l’un des principaux acteurs de l’industrie du livre, au même titre que les maisons d’édition, les imprimeurs, les diffuseurs, les libraires, les bibliothèques... 



Florence Hinckel
 
 

En produisant des ouvrages raisonnés et éclairés, chacun de ces acteurs, à son niveau, participe à un monde meilleur. Mais la situation sociale des auteurs et des autrices reste largement méconnue.
 

Je tiens à mieux faire connaître cette situation, principalement en littérature jeunesse parce que c’est le secteur que je connais, par solidarité parce que je le peux, parce que j’ai cette voix possible, puisque j’ai la chance de faire partie de cette mince frange d’auteurs et d’autrices qui gagne bien sa vie, pour le moment... Mais aussi par anticipation puisque des réformes à venir risquent de nous impacter tous et toutes durement... sauf si l’on élève la voix pour qu’au contraire un véritable statut pour les auteur·rice·s voie le jour à cette occasion.
 

C’est un long article, assez pédagogique, mais que je juge indispensable justement parce qu’il fait la somme de ce que nous vivons au quotidien et qui nous épuise bien souvent, et parce qu’il résume les inquiétudes à venir. Je serais reconnaissante à tous les acteurs du monde du livre qui travaillent avec nous – éditeurs, éditrices, libraires, enseignant·e·s, bibliothécaires, gestionnaires, diffuseurs... — de prendre connaissance des responsabilités de chacun et chacune, listées en deuxième partie de cet article, afin que la population des auteurs et des autrices garde vitalité et créativité... et tout le secteur culturel du livre à sa suite.

 

Qui sommes-nous ?

 

Comment nous sommes rémunéré·e·s par les maisons d’édition

 

Pour chaque livre, l’auteur ou l’autrice signe un contrat avec sa maison d’édition. Il ou elle touche le plus souvent un à-valoir, versé en plusieurs fois, soit une avance sur les droits d’auteur qui lui seront versés dès l’année qui suit la parution. S’il·elle ne dépasse pas l’à-valoir, ce dernier lui reste acquis (mais défalqué sur les droits d’auteur qu’il·elle percevra ensuite sur l’ouvrage en question). Les droits d’auteur sont un pourcentage sur le prix de vente hors taxe fixé par l’éditeur. En France, la moyenne des pourcentages est de 10 %.

Mais en littérature jeunesse, pour des raisons historiques et culturelles (l’argument économique est souvent avancé aussi par les maisons d’édition, pour les albums dont la fabrication coûte cher), les pourcentages sont moindres. Ils sont de l’ordre de 5,2 % d’après le dernier baromètre SCAM /SGDL. À partager entre les auteur·rice·s des textes et des illustrations, en cas d’ouvrages illustrés. C’est presque moitié moins que la moyenne globale...
 

À signaler que, même sans raison économique valable, ce pourcentage reste toujours bas, en littérature jeunesse (romans non illustrés, par exemple).
 

Pour information, ces temps-ci, en littérature jeunesse, on considère comme étant un succès un ouvrage qui se vend à 10 000 exemplaires l’année, environ. Cela signifie que la grande majorité des ouvrages se vend moins. Je vous laisse à vos calculettes pour dégager une fourchette de revenus pour les auteurs et autrices jeunesse qui peuvent sortir une à deux nouveautés annuelles chacun·e, rarement davantage, leurs livres coûtant entre 3 et 17 euros, environ.
 

Rappelons enfin que les auteur·rice·s ne bénéficient pas d’un régime semblable à celui des intermittent·e·s qui, s’ils·elles ont fait suffisamment de cachets (étant ainsi considéré·e·s comme professionnel·le·s), voient leur précarité entre deux contrats compensée par l’assurance chômage. Rien de semblable pour les auteur·rice·s, et leur temps de création n’est en aucune façon rémunéré.

Certes nous percevons le plus souvent un à-valoir et davantage de droits d’auteur si nous dépassons l’à-valoir, mais actuellement cette avance est calculée par les maisons d’édition en anticipant sur les ventes à venir, à partir du premier tirage escompté, et rarement en fonction du temps de travail de l’auteur·rice, hélas.  
 

Les auteurs convoquent les États Généraux du livre


La Marche des auteurs - Salon du Livre de Paris 2015
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

Une population fragile et forte à la fois

 

On comprend avec ce petit préambule pourquoi 40 % des auteurs et autrices professionnel·le·s touchent moins que le SMIC, d’après une récente étude CNL/Ministère de la Culture. Certes, ce taux reflète des cas très différents : il y a par exemple des auteur·rice·s qui choisissent de ne pas faire de leur activité d’écriture ou de dessin un métier. C’est un à côté qu’ils ou elles souhaitent faire uniquement pour le plaisir avec une totale liberté financière. C’était mon choix pendant plusieurs années au début de ma carrière, je le comprends donc entièrement.

Mais il y a aussi tous ceux et toutes celles qui sont à l’orée du succès ou qui l’ont déjà rencontré et qui pourtant ne parviennent pas (ou plus) à exercer le métier d’auteur·rice à plein temps malgré leur grand désir, pour cause de revenus trop faibles.
 

Certes aucun·e auteur·rice, même exerçant à plein temps, ne va mourir de faim, comme j’ai pu le lire ça ou là dans certaines communications, et il serait indécent de nous comparer aux plus démuni·e·s de la société.... Nous sommes des professionnel·le·s qui avons le plus souvent fait des études, et qui avons de multiples compétences à notre arc. Nous avons très souvent démarré notre vie professionnelle avec un autre métier (en tout cas je parle là de la population de romancier·ère·s jeunesse que je connais le mieux, sans doute est-ce différent pour les illustrateur·rice·s ou les auteur·rice·s BD, par exemple).

Aujourd’hui, être auteur·rice nécessite des compétences de communication, de passation, administratives, fiscales, juridiques, de recherche d’informations, et bien d’autres encore qui seraient très utiles dans d’autres secteurs. Si un jour je ne parviens plus à vivre de ce métier, j’en trouverai un autre, moins intéressant sans aucun doute, mais je ne me laisserai pas mourir de faim, ne vous inquiétez pas pour moi. Inquiétez-vous cependant pour notre profession, et pour tous les romans de qualité qui ne seront pas écrits, et pour tous les magnifiques albums qui ne verront pas le jour. 
 

Si la très grande majorité des auteur·rice·s se trouve en situation de ne plus pouvoir créer, et surtout de ne plus pouvoir le faire en prenant le temps qu’il faut, étranglé·e·s par les injustices, aberrations et trop grandes légèretés que je vais lister dans cet article, alors c’est tout un marché qui va se trouver fragilisé. Et tout un pan de la culture qui va se trouver en danger. 

 

Les responsabilités de chacun



Quand j'étais professeuse des écoles, j'apprenais aux élèves à exercer chacun·e une responsabilité pour que le microcosme de la classe tourne correctement et que chacun·e y vive bien... (source : BDRP)
 

 

La responsabilité de l’Etat (attention, paragraphe un peu long et technique, mais essentiel !)

 

En tout premier lieu, il faut évoquer l’exception culturelle française, qui repose sur l’idée que la création culturelle ne constitue pas un bien marchand comme les autres et, par conséquent, que son commerce doit être protégé par certaines règles autres que celles de la seule loi de marché. L’exception culturelle est bien présente pour les autres acteurs de l’industrie du livre, mais qu’en est-il des auteur·rice·s ? Alors que la TVA du livre est à 5,5 %, les auteur·rice·s ont vu la TVA sur les droits d’auteur passer de 7 % à 10 % en 2013...

 

Ce n’est qu’un indice de plus qui illustre à quel point L’Etat ne nous considère pas, nous les auteur·rice·s, comme faisant partie intégrante de l’industrie du livre. Certes il nous aide via des bourses d’aide à la création, via les subventions accordées aux autres acteurs de cette industrie et dont nous bénéficions plus ou moins directement, mais cette vision biaisée de l’Etat, quels que soient les présidents qui se succèdent, se répercute de façon grave sur notre situation sociale et fiscale.

 

L’Etat s’occupe en effet peu de nos spécificités, il est avare en informations, et notre (absence de) statut ne rentre pas dans les clous. Nous sommes constamment confronté·e·s à un agent du Trésor public ou des impôts qui ne sait rien de notre cas spécifique. Même les comptables spécialisé·e·s dans les droits d’auteur ont du mal à dénicher les bonnes informations pour nous conseiller.
 

Notre rémunération en droits d’auteurs est très spécifique et le régime dont nous dépendons ne tient pas compte de cette spécificité. La mutation du régime des auteur·rice·s, via la réforme en cours, est l’occasion de définir un véritable statut pour qu’enfin nous soyons pris en compte dans notre singularité sociale et fiscale.

 

Petit tour d’horizon des points sur lesquels réfléchir pour définir un véritable statut d’auteur·rice :

 

Le plan du gouvernement – le saviez-vous ? —, est de supprimer les cotisations chômage et maladie pour les salarié·e·s. Cela se fera à l’automne. C’est la raison pour laquelle la CSG a été augmentée, car elle englobe désormais chômage et maladie. L’idée n’est pas bête en soi : la CSG touchant tout le monde et pas seulement les salarié·e·s, l’assiette est beaucoup plus large, ce qui permet à chacun·e de payer moins, et de voir son pouvoir d’achat augmenter.

Des compensations sont prévues pour les salarié·e·s de la fonction publique et les indépendant·e·s, qui ne sont pas concerné·e·s par les cotisations chômage et ont leur propre caisse maladie. Ces compensations sont connues et en train d’être mises en œuvre... mais pas pour les auteurs et les autrices... qui n’ont jamais eu jusque-là de cotisation chômage à payer puisqu’ils·elles n’en bénéficient pas.
 

Via la CSG, les auteurs et autrices contribuent donc désormais aussi au chômage, sans pouvoir en bénéficier... Une compensation a été promise aux associations d’auteurs à l’automne dernier, mais à ce jour, rien n’a été mis en place et nous en sentons déjà la perte nette.
 

Autre point fort de la réforme, celle sur la sécurité sociale des artistes-auteurs et autrices : actuellement une branche de la sécurité sociale, l’AGESSA, est dévolue aux écrivain·e·s, et une autre, la MDA, aux illustrateur·rice·s, or AGESSA et MDA vont voir le transfert des services collecteurs directement à l’URSSAF. L’AGESSA offrant un service peu satisfaisant (voir la liste des responsabilités à la fin de cet article), ce n’est peut-être pas une mauvaise chose. Mais le licenciement programmé de 80 % de ses salarié·e·s doit nous alerter, outre notre compassion pour ces salarié·e·s maltraité·e·s : avec moins de personnel, le service pourra-t-il être meilleur ? Il est permis d’en douter.
 

Avec moins de personnel, pourra-t-on espérer enfin une meilleure communication envers nous et envers tous les acteurs qui entourent notre profession ?
 

Avec cette fusion de l’AGESSA et de la MDA, un changement majeur va advenir : les assujetti·e·s (ceux et celles qui gagnent moins de 8 784 euros par an de droits d’auteur) cotiseront aussi pour la retraite dès le premier euro, comme les affilié·e·s. Jusque-là, ils ou elles cotisaient déjà pour le reste... mais sans bénéficier des droits associés. L’injustice était grande. On peut se réjouir si cette réforme leur permet enfin d’accumuler des points pour la retraite dès le début de leur activité, et il faut l’espérer puisque leur pouvoir d’achat va être très entamé. Mais, de façon très inquiétante, aucune garantie n’a été donnée à ce jour sur ce point.
 

Lettre ouverte : les auteurs, leurs droits, et la justice, un désamour ?
 

Les auteurs bientôt tous à poil
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

Autre point : le rattachement de revenus provenant d’activités accessoires aux revenus d’activités artistiques doit être largement révisée et simplifiée dans le cadre de cette réforme du régime social des artistes auteurs et autrices. Que cela signifie-t-il exactement ? Qu’est-ce que cela va changer ? Aucune information à ce sujet. 

Une réforme de la formation professionnelle continue est aussi annoncée par le gouvernement pour 2018. Les spécificités du droit d’auteur (absence de référence horaire pour l’acquisition du compte personnel formation, cotisation très majoritairement à la charge des auteurs…) seront-elles prises en compte ? Aucune information à ce sujet.
 

Notre retraite complémentaire va aussi être révisée (RAAP). Complémentaire, mais obligatoire. Personnellement, je trouve que ce système est très performant puisque financé à moitié par la Sofia. Voilà un avantage que nous ne devons pas perdre ! Mais certains sont étranglés par une trop forte cotisation. Dans quel sens va aller cette révision déjà entamée ? Aucune information à ce sujet.
 

Comme tout le monde, nous allons passer au prélèvement à la source des impôts. De par notre statut fiscal hybride (possibilité de déclarer en traitements et salaires donc d’être précomptés, ou de déclarer en BNC donc dispensés de précompte), comment sera calculé l’impôt prélevé ? Les diffuseurs se chargeront-ils du paiement ? Ou bien les auteurs seront-ils prélevés mensuellement sur la base de leurs revenus de l’année précédente ? Alors quid de l’irrégularité de leurs revenus ? Aucune information à ce sujet.
 

Tant de questions qui n’ont encore aucune réponse, pour une réforme en cours, déjà entamée...

 

Mais cette absence temporaire de réponses est l’occasion d’en donner de véritables, afin de créer un statut adapté à notre situation.

 

La responsabilité des autrices et auteurs

 

Elle est faible et difficile à s’approprier, mais elle existe néanmoins : nous avons le devoir de nous informer sur notre situation et nos droits.
 

Ce n’est certes pas aisé du tout. Comme dit plus haut, nous manquons cruellement d’informations et nous ne bénéficions pas d’un véritable statut ni d’un régime adapté, par conséquent il est très difficile de savoir quelles démarches entreprendre pour exercer en tant que professionnel·le. Les associations d’auteur·rice·s font ce qu’elles peuvent pour informer, mais elles sont limitées, et quand un·e auteur·rice publie son premier ouvrage, aucune maison d’édition ne va l’informer sur leur existence (ou sur toute autre façon de connaître ses droits, comme tout·e travailleur·se peut l’attendre). 
 

Et, même quand nous parvenons à obtenir des informations, elles paraissent inappropriées à notre cas. 

J’ai une pensée toute particulière pour les assujetti·e·s qui sont les grand·e·s oublié·e·s du système. Jusque-là ils·elles cotisaient sans que ça leur apporte quoi que ce soit. 
 

La réforme aurait pu prévoir de ne plus faire payer de cotisations aux assujetti·e·s puisqu’ils et elles ne sont pas considérées comme des professionnelles et qu’ils et elles ne bénéficient pas des droits associés à ces cotisations. D’ailleurs les assujetti·e·s vivent en général d’un autre métier, ce qui est tout à fait normal vu le peu de revenus qu’ils·elles tirent de leur activité d’auteur. Mais l’inverse a été choisi : leur faire payer davantage de cotisations, autant que les affilié·e·s.
 

Cela signifie-t-il que les assujetti·e·s sont désormais aussi considéré·e·s comme des professionnel·le·s avec les droits afférents ? Avec moins de 8 784 euros de revenus par an ?
 

Quant aux affilié·e·s, c’est aussi difficile pour celles et ceux qui gagnent peu (une grosse majorité des affilié·e·s ne gagne pas plus de 20 000 euros par an, souvent beaucoup moins) ; les cotisations paraissent trop importantes. Certes, mais portons notre regard plus loin : nous payons déjà beaucoup moins de cotisations que la plupart des actifs·ive·s... parce que notre couverture sociale est faible. Heureusement que l’on paye au moins des cotisations maladie, par exemple, cela nous permet de recevoir des indemnités si on est malade, de profiter des congés maternité ou paternité ou adoption, et de participer aux remboursements sur les médicaments, et de services médicaux gratuits. C’est un droit que nous devons défendre.
 

Journée du droit d'auteur :
l'UNESCO paye les fournitures, pas les auteurs

 

Plume pas mon auteur
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

Mais alors que l’on ne nous traite pas de saltimbanques. Nous payons des cotisations comme tous les professionnel·le·s, nous devrions donc bénéficier d’un statut de professionnel·le·s.
 

Il est important aussi, malgré notre isolement (heureusement réduit grâce aux réseaux sociaux, désormais), de nous informer sur ce que peut valoir notre travail, l’à-valoir et les taux de droits d’auteur que nous pouvons demander, suivant nos situations particulières (notoriété, ventes, etc.), afin de ne pas travailler au rabais. Je ne suis pas de celles qui considèrent que tous les auteurs et toutes les autrices ont le droit inaliénable de pouvoir vivre de leur travail, c’est impossible évidemment, je considère cependant que même si on vend peu il est légitime de ne pas se voir proposer des pourcentages irrespectueux de son travail, et lorsqu’on vend bien ses ouvrages et qu’on a un rythme de publication régulier (qui souvent nous amène à exercer notre métier à plein temps), il est légitime d’en dégager une rémunération décente. 

 

La responsabilité des maisons d’édition

 

Pour éviter tout malentendu, sachez que lorsque je parle des maisons d’édition je les dissocie des personnes avec qui nous travaillons sur nos textes ou images (travail que personnellement je juge passionnant et essentiel). Ce sont le plus souvent des salarié·e·s qui ont des prérogatives de salarié·e·s.
 

Les maisons d’édition, donc, ne doivent-elles pas prendre en compte nos difficultés sociales, si elles ne souhaitent pas que nous disparaissions totalement et elles avec nous  ? Connaissent-elles la réalité sociale qui précarise tant d’auteurs et d’autrices, et qui font qu’ils·elles ont cette demande forte d’être mieux pris·e·s en compte ? Merci aux éditeurs et éditrices qui sont en train de lire cet article qui va les aider à être mieux informé·e·s sur ce que vivent celles et ceux avec qui ils·elles travaillent chaque jour.

 

Voici les points sur lesquels une discussion pourrait s’engager avec des effets bénéfiques sur la situation des auteurs et autrices largement décrite dans cet article (et donc sur l’ensemble de la chaîne du livre derrière eux·elles) :

 

  • En vue de la retenue à la source mensuelle de nos revenus, les maisons d’édition ne pourraient-elles pas désormais verser nos droits d’auteur en début d’année au lieu d’attendre avril, au mieux, ce qui fait tirer la langue à beaucoup d’entre nous en attendant ? (ce système fait que nous percevons les droits d’auteur sur les romans vendus en janvier plus d’un an et demie après leur vente...). Les maisons d’édition ne connaissent-elles d’ailleurs pas dès le 1er janvier le montant qu’elles vont nous verser dans l’année ? Ne nous prélèvent-elles pas déjà une provision sur retour assez importante pour prévenir les retours faits après le 1er janvier ? La raison de cette situation m’échappe, je dois humblement l’avouer...

 

  • Peut-être serait-il aussi envisageable de mensualiser désormais les droits d’auteur, ou alors au moins les verser à une fréquence plus régulière ? Pourquoi tant de « secrets » sur nos ventes avant la fameuse reddition de compte annuelle ? Les maisons d’édition des autres pays proposent par exemple un espace adhérent où les ventes sont disponibles pour les auteurs et les autrices, ce qui apparaît tellement logique... Au XXIe siècle, il semble normal de dissiper cette opacité.

 

  • Plus globalement, les maisons d’édition ne devraient-elles pas enfin tenter avec un peu plus de zèle de limiter la surproduction ? La surproduction est le problème majeur clairement identifié, désormais, elle nous fait du mal à cause de la baisse des ventes de chaque livre qui s’ensuit mécaniquement. Le rythme de création que cela impose à la majorité des auteurs et autrices, à cause de pourcentages et à-valoir souvent trop faibles tout aussi mécaniquement induits, encore davantage. Les maisons d’édition s’en sortent certainement avec cette masse de parutions (a fortiori si elles ont aussi la casquette de distributeurs, puisque leur rémunération est liée aux flux des livres...), mais l’auteur ou l’autrice qui ne bénéficie des ventes que d’une seule nouveauté à la fois en pâtit beaucoup.

 

  • Les maisons d’édition ont aussi la responsabilité de rester dans les clous, concernant les droits d’auteur, qui nous sont propres, afin de ne pas les dévaloriser. Le droit d’auteur, c’est pour les auteur·rice·s, ou pour les directeur·rice·s de collection uniquement s’il s’agit d’auteur·rice·s effectuant un travail de direction littéraire. Il est illégal d’être rémunéré en droits d’auteur lorsque l’on n’effectue pas un travail d’auteur. Que des éditeur·rice·s soient payé·e·s en droits d’auteur est aberrant, sans compter que, le plus souvent, les maisons d’édition imputent les pourcentages des directeur·rice·s de collection sur la part des auteur·rice·s : c’est donc l’auteur·rice... qui paye le·la directeur·rice de collection. Les correcteur·rice·s ont déjà dénoncé les pratiques illégales des maisons d’édition les poussant à accepter d’être rémunéré·e·s en droits d’auteur, au lieu de leur proposer un contrat de travail... Le droit d’auteur est la prérogative des auteur·rice·s, qui correspond à une construction historique et philosophique. 

 

  • Enfin les maisons d’édition ne devraient-elles pas dialoguer davantage, faire preuve de plus de transparence en ce qui concerne nos droits (d’auteur, de cession, d’adaptation, de traduction...), en somme, nous considérer comme des acteurs économiques qui se trouvent sur le même plan qu’elles, avec la même importance qu’elles, afin que chacun entende les difficultés des autres, pour tenter de trouver des solutions face à un marché parfois inquiétant (par exemple, l’année 2017 n’a été folichonne pour personne...) ? 

 

La responsabilité des distributeurs

 

C’est en discutant avec des éditeur·rice·s que j’ai appris la responsabilité des distributeurs, notamment à cause des coûts qu’ils imposeraient aux maisons d’édition... et qui se répercuteraient sur nos droits d’auteur. J’écoute toujours avec beaucoup d’attention les difficultés des maisons d’édition, je comprends très bien que nos droits d’auteur doivent être en rapport avec leur réalité économique, mais tout de même ce serait bien que nos droits d’auteur ne soient pas toujours considérés comme la variable d’ajustement...

C’est parce qu’actuellement en effet c’est bien le cas pourtant que je me vois contrainte d’évoquer ici la responsabilité des distributeurs. Il faut savoir que pour les auteur·rice·s, le fonctionnement des distributeurs est très opaque. Nous ne sommes en contact qu’avec les représentant·e·s (celles et ceux qui sont chargé·e·s de présenter les livres des maisons d’éditions dans les librairies, dans chaque région), mais jamais avec leur hiérarchie. Aussi j’aurais bien du mal à dégager la responsabilité réelle des distributeurs, ignorant presque tout de leur fonctionnement, leurs contraintes, etc... Je ne peux que constater que ce sont eux qui prennent la plus grosse part sur la vente d’un livre, et peut-être en effet y a-t-il là un effort à faire. 

 

Pour mieux comprendre tout cela, nous gagnerions beaucoup, là aussi, à davantage de transparence, à des discussions entre maisons d’édition, distributeurs, auteur·rice·s. Une fois encore, tout le monde y gagnerait beaucoup si les auteur·rice·s étaient considéré·e·s pour ce qu’ils·elles sont : un acteur économique de l’industrie du livre avec qui il faut dialoguer. Tant que ce ne sera pas le cas, incompréhension et frustrations ne cesseront pas de s’immiscer dans nos relations professionnelles. 
 

Pas d'auteurs, pas de livres :
les créateurs “dans une urgence absolue”

 

 


 

La responsabilité de certains établissements scolaires, ou collectivités, ou municipalités + de l’Agessa + de la sécurité sociale

 

Des bâtons dans les roues pour travailler légalement, voire pour travailler tout court

 

Le plus souvent les rencontres scolaires se déroulent à merveille et sont l’aboutissement d’un très gros travail des élèves et des professeur·euse·s. Le tarif de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse pour ces rencontres est une aide non négligeable pour nous aider à améliorer notre revenu annuel (mon expérience m’a prouvé qu’il ne peut cependant s’agir que d’un revenu complémentaire, même en s’épuisant en multiples déplacements dans l’année ; il ne peut absolument pas se substituer à des pourcentages de droits d’auteur décents, d’autant moins que nous effectuons ainsi un travail de promotion des ouvrages). 

 

Mais parfois, la partie administrative est beaucoup moins idyllique que les rencontres elles-mêmes. 
 

Connaissez-vous une autre profession que la nôtre qui a besoin, incessamment, d’expliquer comment elle doit être rémunérée par ceux qui l’emploient ? Connaissez-vous une autre profession que ses employeurs incitent à travailler au noir, parce que ça les ennuie de faire les démarches légales/de s’informer/de prendre le temps/d’ajouter une case dans le logiciel pour lui assurer une couverture sociale satisfaisante ? Je parle de ces situations vécues plusieurs fois, autant en tant qu’affiliée au précompte que lorsque j’étais assujettie, quand on m’invite pour des rencontres scolaires. Et je suis loin d’être la seule.
 

Certain·e·s comptables d’établissements scolaires ou de collectivités refusent de s’inscrire à l’Agessa par ignorance ou manque de temps et donc enlèvent toute chance aux assujetti·e·s de se professionnaliser, et compliquent la vie des affilié·e·s au précompte (parfois même ces établissements choisissent au final de ne pas employer les auteurs ou autrices qui insistent pour travailler légalement...). Ces comptables et gestionnaires participent à la précarisation des auteurs et autrices en refusant de faire cet effort. Ils et elles les placent dans l’illégalité quand ils ou elles les emploient et les rémunèrent de la sorte, ainsi que la structure pour laquelle ils et elles travaillent.
 

Pourquoi sommes-nous confronté·e·s à une telle résistance face à notre droit de travailler et de travailler légalement ? Parce que ni l’Etat, ni l’Agessa, ni la Sécurité sociale ne fournissent une information suffisante sur notre statut à tous les acteurs qui traitent nos dossiers.
 

Et puis lorsque nous signalons à l’Agessa que nous avons été payé·e·s en brut quand nous aurions dû être payé·e·s en net (on peut le signaler quand on est affilié·e au précompte, lors de notre déclaration annuelle via un logiciel préhistorique qui nous en fait voir de toutes les couleurs), certes l’Agessa nous prélève à nous les cotisations non versées par le diffuseur (cela, ce n’est pas oublié), mais a-t-elle déjà contacté un diffuseur pour lui taper sur les doigts ? Pour lui rappeler la loi ? Pour récupérer la part contributive de 1,1 % obligatoire ?

Je n’ai jamais entendu parler d’une telle intervention, ce qui participe au sentiment d’impunité de certain·e·s comptables ou gestionnaires persuadé·e·s que ce sont les auteur·rice·s qui abusent en leur demandant du travail « en plus »... 

 

Un droit de prêt qui nous passe trop souvent sous le nez

 

D’autres gestionnaires d’établissements scolaires omettent de déclarer à la Sofia les ouvrages achetés pour les CDI qui offrent au prêt plus de 50 % de leur fonds, ce qui fait perdre aux auteurs et autrices une rémunération importante : celle du droit de prêt. Leur argument : « on n’a pas le temps »... Les professeurs et professeuses documentalistes peuvent aussi faire cette déclaration, mais là aussi le manque d’information est criant : peu savent qu’ils ou elles peuvent/doivent le faire, et quelle en est la conséquence pour les auteurs et autrices s’ils ou elles ne le font pas. Toutes les informations peuvent être trouvées ici pour celles et ceux qui souhaitent s’informer.

Je tiens à préciser que beaucoup de comptables et gestionnaires ne nous opposent aucune difficulté. Je ne pointe pas toute une profession, loin de là, seulement des individus qui refusent de prendre en compte la situation sociale des auteurs et autrices, ou qui l’ignorent tout simplement.

 

La responsabilité dorganismes qui souhaitent valoriser le livre/la lecture/le droit d’auteur

 

Il faut faire la différence entre deux situations qui s’offrent à nous, auteurs et autrices :

— un ou une journaliste nous propose un article ou un passage à la radio ou à la télévision. C’est de la promotion pure qui peut nous offrir une belle visibilité et un accroissement des ventes. On ne demande évidemment aucune rémunération.

— un organisme/une association/une école nous demande d’intervenir pour mettre en valeur une manifestation ou un événement littéraire. Table ronde, ateliers, rencontres avec le public : c’est du travail, à destination d’un public précis et restreint en un lieu donné. Cela nécessite une expertise, une expérience, et c’est cela qui est recherché.

Cela requiert une rémunération, exactement comme pour tout professionnel qui fait une conférence, comme pour les hommes ou femmes politiques qui interviennent dans les grandes écoles, etc. Si à cette occasion on parle de nous dans les médias ou les réseaux sociaux c’est une plus value pour nous, mais aussi pour l’événement littéraire. 

Parfois de gros organismes qui œuvrent pour la défense du livre et/ou des droits d’auteur proposent à des auteurs et des autrices jeunesse d’intervenir gratuitement dans le cadre d’événements littéraires, pour des ateliers ou des tables rondes, pensant que la visibilité que cela leur offrira, de par la notoriété de l’organisme en question, leur suffira... Or non, la visibilité promise reste collatérale et incertaine, et surtout ce n’est pas normal de nous demander de travailler sans rémunération. 
 

Rendons hommage au Salon Livre Paris qui l’a bien compris et a choisi de rémunérer les auteurs et autrices suite au mouvement #PayeTonAuteur. Ce choix est emblématique. Merci à eux.
 

Rappelons que la plupart des organisateurs et organisatrices de salons du livre, les agences régionales du livre, les établissements scolaires, les professeurs et professeuses, les bibliothécaires font des pieds et des mains pour trouver les budgets afin de nous rémunérer au tarif de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, quand ils nous demandent d’intervenir. Je les remercie personnellement chaleureusement. Je salue à cette occasion les maisons d’édition qui parfois aident les organisateur·rice·s en payant le trajet ou l’hébergement des auteur·rice·s. 

 

La responsabilité des librairies

 

Nous sommes aussi les premiers et les premières, nous les auteurs et autrices, à défendre les librairies, à comprendre leurs difficultés, à participer aux opérations de crowfunding pour sauver l’une ou l’autre. La plupart de ces libraires sont fabuleux·ses et défendent nos ouvrages avec une vraie passion. Sans ces libraires, nous serions morts depuis longtemps, j’en suis sûre ! Pourtant beaucoup dégagent une marge de misère, quand ils en dégagent une. Bref, je suis de tout cœur avec les libraires !
 

Je ne comprends pas pour autant certaines librairies qui ne déclarent pas les ventes de nos ouvrages aux CDI qui proposent à l’emprunt plus de 50 % de leurs fonds. Ce faisant, elles omettent de verser les 6 % obligatoires de ces ventes à la SOFIA. Et c’est encore un manque à gagner important pour les auteurs et autrices, en droit de prêt notamment comme je l’ai expliqué plus haut. Pourtant, nous sommes tous et toutes dans le même bateau.
 

Que dire également des libraires qui demandent notre présence assidue lors de week-ends entiers, voire les soirées après nos journées de rencontres scolaires, ce sans rémunération (ce que nous acceptons quand nous bénéficions de rencontres rémunérées en amont), mais en plus sans nous accorder une seule ristourne sur les livres que nous leur achetons ? C’est symbolique, mais ça a son importance. Ces librairies ont-elles conscience de notre condition, autant que nous l’avons de la leur ?

Si nous n’avions pas conscience de leurs difficultés, jamais nous n’accepterions de passer autant de temps à faire des dédicaces gratuitement. Cela ne nous rapporte pas grand-chose, vu le faible pourcentage que nous avons sur la vente de chaque ouvrage, hormis le plaisir de rencontrer notre public. Nous le faisons pour les libraires, le plus souvent. Lorsque très visiblement certain·e·s ne le comprennent pas, ça fait un petit peu mal.

 

La responsabilité des lecteurs et lectrices

 

Vous êtes notre public, c’est grâce à vous qu’on vit, merci d’aimer nos livres à ce point, ça fait chaud au cœur ! Mais celles et ceux qui téléchargent gratuitement nos ouvrages sur le net se rendent-ils compte que cela ne rémunère en aucune façon notre travail et fragilise toute la chaîne du livre ? Que cela risque de faire disparaître ces livres qu’ils et elles aiment tant lire ? Que dire de celles et ceux qui proposent nos ouvrages aux sites de piratage, réclamant ensuite des remerciements en commentaires (cela, particulièrement, me laisse sans voix...) ?

 

En conclusion

 

Voilà toutes les petites et grandes choses qui, cumulées, nous rendent la vie difficile, voire très difficile pour certains et certaines, à cause d’une vision biaisée de la réalité sociale des auteurs et autrices jeunesse, dont peu d’acteurs du livre avec qui nous avons affaire ont conscience, car notre travail est souvent encensé (merci !), et la vitalité de la littérature jeunesse est souvent louée...
 

Si nous ne sommes pas vigilant·e·s tous et toutes ensemble, non seulement la condition des artistes-auteurs et autrices va se dégrader encore davantage, mais en plus l’ensemble des autres professions risque de s’y aligner peu à peu, puisque la tendance actuelle est de prendre le modèle le moins satisfaisant comme exemple ultime pour participer au redressement économique de la France... On ne peut laisser aucune profession dans cet état, c’est un devoir moral, civique et politique.
 

Si l’on veut préserver la vie culturelle de notre pays, il faut absolument que le statut social des auteurs et des autrices soit plus digne, que le régime dont ils·elles dépendent soit mieux adapté et davantage discuté et pris en compte. Demandons la création d’un statut spécifique. Ceci est l’affaire de tous et toutes.

 

Sous le mot d’ordre #auteursencolère, pour dialoguer sur l’avenir du statut social des auteurs et autrices, ainsi que sur les modèles économiques dans le secteur du livre, le 22 mai 2018 auront lieu les « États Généraux du Livre » à la Maison de la poésie à Paris (si vous aussi vous souhaitez que l’Etat nous prenne davantage en compte dans la réforme sociale et fiscale à venir, signez la pétition !).

 

Florence Hinckel, romancière

 

Je remercie la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, pour m’avoir fourni toutes les informations et les conseils nécessaires à la rédaction de cet article.

Je remercie toutes les associations et les syndicats d’auteurs qui se battent pour que la situation des auteurs et autrices s’améliore, et qui font un gros travail d’information qui ne leur est normalement pas dévolu, et ce avec très peu de moyens.




Commentaires

- Limiter la surproduction : donc est-ce que pour vous ça veut dire que certains auteurs ne devraient pas être publiés pour que vous, vous puissiez vivre de l'écriture ???

- une profession qui doit expliquer comment être rémunérée à ceux qui l'emploient : les assistantes maternelles je pense

- Pas normal de travailler sans être rémunéré ? Donc chaque fois qu'un professionnel vous fait un devis (plombier , artisan, électricien, garagiste ...) vous le rémunérez pour ce travail évidemment ^^

- Vous n'êtes pas rémunérée quand un journaliste fait un article sur vous ? Ce serait plutôt à vous de le rémunérer car c'est du travail pour lui et c'est vous qui en bénéficiez, non ?
Cher sb, point par point :

- Limiter la surproduction aiderait au contraire bien d’autres que moi et une poignée à vivre de l’écriture (parce que moi, ça va, je vis déjà de l’écriture, merci pour votre sollicitude).Quelques notions d’économie simples amènent rapidement à cette conclusion.

- j’ai employé des assistantes maternelles et j’ai eu toutes les infos nécessaires pour les rémunérer, infos que j’aurais recherché si je ne les avais pas obtenues facilement, parce que c’était mon rôle d’employeuse. Mais si d’autres professions connaissent les mêmes difficultés que nous, et c’est possible, je les soutiendrais.

- les auteurs et autrices font aussi des devis pour chacune de leurs interventions, sans être rémunéré·e·s, évidemment puisque ce n’est... qu’un devis.

- je pense que vous avez souhaité très fort me voir écrire l’inverse mais j’ai bien dit qu’il était normal de ne pas être rémunéré·e quand un journaliste fait un article sur ses livres. Heureuse que vous et moi soyons si attentifs aux conditions de travail des journalistes et de la presse.

Merci à part cela pour votre contribution si éclairée, renseignée, constructive, d’une bonne foi exemplaire, et qui prouve combien vous portez aux condtions de vie des auteurs et autrices une attention soutenue et bienveillante.
Perso, je suis sollicité par une maison d'édition de renom pour publier mon premier manuscrit, mais je me réserve le droit (si les négociations autour du contrat sont décevantes) de me tourner vers Amazone et sa plateforme de publication en ligne... Le temps est venu de nous faire respecter au même titre que les autres maillons de la chaîne du livre.
Que la vie serait plus simple si vous étiez salariés des maisons d'édition...
Plus simple mais aussi libre ?
Oui, et commencer déjà par doubler les droits d'auteur dès le premier exemplaire vendu (20 %), engagement sur un seul livre, cession des droits numériques limités à 10 ans (contre 70 pour le papier) ...
Salariés de maisons d'édition, la panacée? Ça dépend comment!

Sachez que les lecteurs-correcteurs et les correcteurs sont des salariés des maisons d'édition... mais payés à la tâche, c'est-à-dire qu'ils vivent sur des montagnes russes avec des salaires extrêmement fluctuants et selon un tarif horaire dérisoire... Comme ils sont « salariés », ils payent des cotisations chômage mais n'ont droit à rien quand l'éditeur ne leur donne pas de travail. Ils sont en lutte depuis des mois pour l'amélioration de leur statut (mensualisation, droit au chômage, etc.). Solidarité avec les auteurs, évidemment, et convergence des luttes!

Bonne journée à tous.
Stupéfiant (je parle des efforts contre-productivement déployés par l'auteur pour mettre toutes les marques — ou plutôt presque toutes les marques — de l'écriture inclusive). Contre-productivement, disions-nous, car la lecture est un peu cahotante et raboteuse.

Nous aimerions savoir si l'auteur fait de même dans ses livres pour enfant puisque c'est dès le plus jeune âge qu'il faut, selon certains, éduquer les citoyens à l'inclusivité.

Stupéfait.

Cela dit, article généreux et plein d'infos intéressantes.
Je reconnais que j’aurais pu simplifier mon texte en le rédigeant exclusivement au féminin puisqu’en littérature jeunesse les femmes sont majoritaires, mais j’ai fait l’effort d’inclure aussi nos collègues hommes : auteurs, éditeurs, enseignants etc..., désolée que cette inclusion masculine rende la lecture moins fluide mais c’est par souci de n’oublier personne. Sinon merci pour vos compliments !
Votre article est superbe, claire et précis, il reprend tout ! Mais la dyslexique que je suis à beaucoup peiné pour arriver jusqu'au bout, et l'inclusion des sexe déborde malheureusement sur la lecture. Merci encore pour ce super article !
Je pensais à un monde de bisounours où les auteurs seraient salariés de leur maison d'édition à la fois en tant qu'auteurs (l'à valoir serait remplacé par un salaire mensuel qui les engagerait en contre partie à produire un certain nombre de pages par semaine ou par mois, à faire la réclame dans les festivals et autres salons). Mais ils toucheraient également des droits d'auteur. Solidarité avec les lecteurs-correcteurs sans lesquels mon manuscrit dormirait encore au fond de mon tiroir. wink
Votre article est très bien (je suis également auteure jeunesse, illustratrice et auteure de BD) en revanche, je vous en pris, faite nous l'impasse sur l'écriture inclusive dont l'ortho-typographie hasardeuse rend plus que complexe et désagréable la lecture de cet article. Merci de penser au 6 à 8
'les "autrices"': Dieu que c'est laid, et ridicule à souhait!
Les actrices, mon dieu que c'est laid et ridicule à souhait...

Non ? On a dû s'y faire, il faut croire.

Les intéressants travaux d'Aurore Evain montrent que ce mot est d'un usage ancien, et qu'il n'a pas innocemment été mis au placard. Lire l'article ici : http://correcteurs.blog.lemonde.fr/files/2012/10/Histoire-dautrice-A_-Evain.pdf



Par ailleurs, merci à l'autrice de cet article.
— À Lénon.

Le mot «autrice» me choque également, m'indispose; je serais né avec il ne me choquerait probablement pas. Il ne choquera pas un enfant qui connaîtrait le mot «auteur» et à qui on apprendrait que le féminin est «autrice».

Le mot a beau être ancien, il aurait beau avoir été utilisé par les meilleurs auteurs, il me choquerait quand même; peu importe qu'il soit correctement formé; et peu importe également que l'Académie, Larousse et Robert l'avalisent.

Comme on dit, ce sera sans moi, qui trouve qu'il est artificiel, forcé, inindispensable, un peu risible, et qui évite son utilisation.

Il m'agrée si peu qu'il ne me déplaira pas — l'idée m'en vient soudain — de m'en moquer en inventant la graphie «autrisse», qui fera connaître implicitement à mon lecteur ce que j'en pense et, comble de sournoiserie, ce sera sans guillemets ni italique.
Ma foi, les goûts et les couleurs... mais si vous vous épargnez la peine -un peu rageuse, il me semble- de l'orthographier de façon grinçante, il vous importunera peut-être moins à l'avenir.

Moi aussi, les premières fois, il crissait à mon oreille. C'est pour ça que j'ai découvert le travail de cette historienne. C'est justement à cause des raisons historiques - et fort politiques - qui l'enterrèrent ou tentèrent de l'enterrer en leur temps que je l'utilise aujourd'hui avec grand plaisir. L'égalité est aussi dans la langue française, une langue vivante qui évolue avec ses locutrices, et même ses locuteurs.

Avez-vous lu ou parcouru l'article d'Aurore Evain ?
— À Lénon

C'est bien une question de goût et de sensibilité, mais aussi plus que ça. En tout état de cause, le mot ne me plaît pas, j'ai envie de m'en moquer, je suis loin de m'en cacher.

J'ajouterai pour finir que «auteur» a une aura riche et méliorative, «gratifiante», comme auraient dit il y a encore quelques années les gens à la mode (les mêmes gens qui apprécient «autrice» aujourd'hui?*), mais «autrice» n'a pas d'autre aura que celle de la militance féministe, parfois brouillonne, il n'a pas de connotations riches de culture, et on peut comprendre que certaines femmes préfèrent l'appellation «auteur». Idem pour «le secrétaire perpétuel de l'Académie» (plutôt que «la»), que préfère la sémillante et sympathique Mme d'Encausse.

L'ancien sens d'«autrice» semble d'ailleurs avoir une aura péjorative si je m'en tiens à l'exemple donné par Charles Pougens dans son «Archéologie française, ou Vocabulaire de mots anciens tombés en désuétude et propres à être restitués au langage moderne»**, t. I p. 42-43.

* Je plaisante, bien sûr.

** Téléchargeable ici sur Gallica.bnf.fr : http://bit.ly/2yZKcXb
Lire ici pour trouver toutes les références qui passionneront tous ceux et toutes celles qui s’ intéressent à ce mot : http://florencehinckel.com/tranche-de-vie-2-moi-autrice/

Des recherches universitaires pour savoir de quoi on parle. Spoiler : le titre d’aucune de ces recherches n’est « esthétique et aura », mais j’avoue que ça aurait de la gueule.
Bien envoyé. Merci pour cet article aussi, il n'y a pas que des pdf de 9 pages sur le sujet en effet.
Merci aussi Lenon pour votre vigilance et vos réponses. On voit qu’il faut encore faire preuve de pédagogie, dans ce domaine aussi. La France est quand même un pays sacrément en retard sur bien des notions intellectuelles importantes.
L'astérisque "je plaisante" était valable pour la phrase entière, j'imagine ? Il eût peut-être mieux valu la placer en fin de paragraphe ?

On peut toutefois imaginer qu'autrice, en 2018 et au vu de l'histoire de ce terme (utilisé dès l'Antiquité, puis vilipend afin d'invisibiliser les femmes téméraires qui se risquaient à des activités considérées comme masculines) ait quelque connotation féministe, ou en tous cas égalitaire. Cela contribue, en ce qui me concerne, à lui donner un bel attrait.

Merci pour le lien vers Charles Pougens, et sa page 42 "autrice : celle qui est la première cause de quelque chose". Je n'ai pas trouvé l'exemple péjoratif (Brantôme?), bien qu'il cite Tertullien, auteur cité également, à côté de Saint Augustin, dès le début de l'étude d'Aurore Evain qui fourmille d'emplois nullement péjoratifs - du moins avant le IVeme siècle.

Mais je ne paraphraserai pas l'autrice de ces lignes, qui dresse un tableau passionnant de cette querelle auteur/autrice (notamment au XVIIeme) en seulement 9 pages. je remets donc le lien : http://correcteurs.blog.lemonde.fr/files/2012/10/Histoire-dautrice-A_-Evain.pdf

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